Des fioles de vaccins anti-Covid stérilisées par millions dans la campagne fribourgeoise

swissinfo.ch

Lonza est sous les feux des projecteurs depuis qu’elle a démarré la production à grande échelle du vaccin anti-Covid-19 de Moderna sur son site de Viège, en Valais. Mais d’autres acteurs suisses moins connus jouent un rôle crucial dans la chaîne complexe qui doit permettre de vacciner rapidement une grande partie de la population. C’est le cas de la PME fribourgeoise Medistri.

Ce contenu a été publié le 20 janvier 2021 – 10:43 En savoir plus sur l’auteur.e | Multimedia

A proximité immédiate d’Avenches, ancienne capitale de l’Helvétie romaine, et de l’aéroport militaire de Payerne, base principale des Forces aériennes suisses, le village de Domdidier compte à peine plus de 3000 âmes. Mais sa zone industrielle ressemble plutôt à celle d’une ville de taille moyenne. Usines, entrepôts et sociétés de transports ont remplacé en quelques années seulement des terrains autrefois utilisés pour la culture de patates ou de betteraves.

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L’autoroute voisine, achevée en 2001, et les efforts de la promotion économique du canton de Fribourg, ont permis d’attirer de nombreuses entreprises sur le site. Parmi elles, Medistri, une société familiale spécialisée dans la stérilisation au gaz de dispositifs médicaux et pharmaceutiques.

«Les produits que nous stérilisons sont acheminés par camions de toute la Suisse et des pays européens voisins. De plus, notre fournisseur de gaz se trouve juste en face, de l’autre côté de la route. Cet emplacement est donc assez idéal», explique Shoko Nilforoushan, fondatrice et directrice de la société.

Rapidité et flexibilité

D’origine iranienne, Shoko Nilforoushan est arrivée à l’âge de 19 ans à Lausanne pour étudier dans une école internationale. Elle s’est ensuite spécialisée dans le design industriel, en Suisse et aux Etats-Unis, avant d’entamer une carrière dans l’industrie pharmaceutique. En 2006, l’envie de voler de ses propres ailes la pousse à fonder Medistri. «Cela nous a pris deux années pour obtenir les certifications et qualifications nécessaires. C’est un processus très long dans la pharma et le médical».

«Notre rapidité et notre flexibilité sont des atouts décisifs pour nos clients, qui doivent déjà faire face à des processus de fabrication extrêmement longs.»

Shoko Nilforoushan, fondatrice et directrice de Medistri

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Dotée d’un capital de 2,5 millions de francs, Medistri a connu une évolution constante. Elle compte désormais plus de 65 employés et a récemment investi 8 millions de francs pour doubler les capacités de son usine. Malgré des coûts d’exploitation élevés et le franc fort, la société fribourgeoise a réussi à se faire une place dans un créneau déjà occupé par de grandes multinationales.

«Nous sommes évidemment plus chers que nos concurrents européens mais beaucoup plus flexibles et rapides. Ce sont des atouts décisifs pour des sociétés médicales qui doivent déjà faire face à des processus de fabrication extrêmement longs», souligne Shoko Nilforoushan.

220 millions de fioles à stériliser

PME jusque-là discrète dans l’écosystème foisonnant des Medtech en Suisse, Medistri a fait son apparition sur le devant de la scène avec le démarrage en ce mois de janvier des campagnes de vaccination anti-Covid à grande échelle à travers le monde.

L’entreprise fait tourner ses installations 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 pour stériliser des millions de fioles qui seront ensuite remplies de solutions vaccinales contre la Covid-19 dans les centres de remplissage européens.

En 2021, l’entreprise devrait ainsi stériliser près de 220 millions de contenants en verre. L’an dernier, en prévision de l’arrivée du vaccin anti-Covid, trois des cinq principaux fabricants de fioles en verre européens avaient déjà doublé leurs commandes auprès de Medistri. «Nous sommes les seuls en Suisse à pouvoir traiter de tels volumes», avance Shoko Nilforoushan.

Une société familiale

Si la stérilisation représente une bonne moitié des activités de l’entreprise, Medistri dispose également d’un laboratoire certifié par Swissmedic, où sont notamment effectués des tests de biocompatibilité et des contrôles de qualité sur les dispositifs médicaux et leurs emballages.

Malgré des offres de rachat qui se multiplient, la société reste pour l’heure solidement ancrée en terres fribourgeoises. «Nous n’avons pas créé cette entreprise pour la vendre, nous voulons la garder en mains familiales», assure Shoko Nilforoushan. En 2010, Ali Nilforoushan a rejoint sa sœur pour gérer les finances de Medistri. Le fils de Shoko Nilforoushan, Sean Ghafourian, s’occupe quant à lui du développement marketing de la firme.  

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Des idées pour le futur, la famille Nilforoushan n’en manque pas. Les parcelles adjacentes aux bâtiments de l’entreprise, qui occupe déjà une superficie de 6500m2, ont été rachetées en vue d’un éventuel agrandissement. «Une extension en Europe de l’Est a un temps été envisagée, mais nous avons finalement décidé de nous concentrer sur la Suisse avec le développement d’activités de laboratoire à haute valeur ajoutée», souligne Ali Nilforoushan.

Menace de pénurie

En cas de nécessité, Medistri se dit prête à augmenter rapidement ses capacités de traitement de l’ordre de 20%. Reste qu’à l’heure actuelle, les inquiétudes se portent plutôt vers les fabricants de conteneurs en verre moulé, qui font face à un défi industriel sans précédent.

On estime en effet qu’il faudra quelque 10 milliards de fioles supplémentaires en 2021 pour accueillir le vaccin anti-Covid, en sus des 25 milliards d’unités qui sont généralement utilisées pour contenir injections de médicaments ou de vaccins. «Certaines matières premières font défaut et la concurrence fait rage entre nations pour acquérir les précieuses fioles», relève Shoko Nilforoushan. 

Alors que la pénurie menace, la solution pourrait venir des fioles contenant plusieurs doses ou des fioles hybrides faites de verre et de plastique. Autant de dispositifs qui transiteront à n’en pas douter par le petit village de Domdidier.

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