Comment remédier à l’essoufflement de la vaccination en Suisse?

A few cantons have opened mobile vaccination centres in recent weeks, hoping to reach more people by bringing the shots closer to their doorstep. Keystone / Cyril Zingaro

Comme de nombreux autres pays, la Suisse peine à maintenir la dynamique de vaccination contre la Covid-19. Malgré l’augmentation des cas, les autorités sont réticentes à instaurer des mesures plus coercitives pour convaincre les indécis de se faire vacciner.

Ce contenu a été publié le 21 juillet 2021 – 10:26


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La fin du mois de juin a donné aux Suisses l’occasion de se détendre. Avec la fin de la plupart des restrictions sanitaires, de nombreuses personnes se sont rendues dans les bars pour regarder le Championnat d’Europe de football. D’autres ont fait leurs valises pour des vacances longtemps repoussées.

Virginie Masserey, cheffe de la section contrôle des infections à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), estime que certaines personnes n’avaient probablement pas la vaccination à l’esprit à ce moment-là. «Beaucoup ont pu penser qu’elles pouvaient simplement profiter de la vie, qu’elles étaient en sécurité puisque les chiffres étaient bas», note-t-elle.

Début juillet, le nombre de vaccins contre la Covid-19 était passé de 90’000 par jour à 60’000. À ce jour, un peu plus de 40% de la population est entièrement vaccinée. Les nouveaux cas, quant à eux, ont recommencé à augmenter après une baisse significative. Les chiffres quotidiens atteignaient 500 à la mi-juillet, et le variant Delta, plus contagieux, représente une proportion croissante de ces nouvelles infections.

Virginie Masserey, qui coordonne la campagne nationale de vaccination, est devenue un visage familier pour les Suisses puisqu’elle participe aux conférences de presse hebdomadaires sur la pandémie. Keystone / Peter Schneider

Virginie Masserey n’est pas surprise par l’évolution de la situation. «Nous avons également observé dans d’autres pays que la vaccination commence à ralentir lorsqu’on arrive à une couverture vaccinale de 50%», commente-t-elle.

Dynamiser les campagnes de vaccination

Alors que l’Organisation mondiale de la santé prévoit que le variant Delta deviendra bientôt la souche dominante du virus, de nombreux gouvernements intensifient leurs campagnes de vaccination. Israël, l’une des premières nations à avoir vacciné ses citoyens, a connu une forte augmentation des nouveaux cas en juin. Sa campagne de vaccination cible désormais les adolescents. En Europe, davantage de vaccins sont administrés à la suite de nouvelles campagnes aux Pays-Bas, en Norvège et en Espagne, rapporte Reuters.

Même si une enquête récente a montré que 25% des Suisses ne prévoient pas de se faire vacciner contre la Covid-19, Virginie Masserey se montre optimiste. «On peut voir les choses autrement: il est possible de convaincre 75% des personnes de se faire vacciner», dit-elle, ajoutant que si ce chiffre était atteint, cela représenterait une «très bonne» couverture.

Pour l’instant, environ 80% des personnes de 65 ans et plus sont entièrement vaccinées. Parmi les groupes plus jeunes, des données empiriques montrent qu’ils peuvent être convaincus, notamment par leurs pairs, constate l’infectiologue.

L’objectif de la vaccination n’est pas l’immunité de groupe, mais d’éviter autant de décès et d’hospitalisations que possible, souligne Virginie Masserey. «Nous vivons dans un monde connecté, il est donc impossible d’avoir pour objectif d’éliminer le virus», précise-t-elle.

Rien n’indique que les autorités suisses prévoient des incitations positives pour dynamiser la vaccination, à l’image des billets de loterie distribués aux États-Unis. Elles ne prendront pas non plus de mesures coercitives comme en France, où le président Emmanuel Macron a récemment annoncé une obligation de vaccination pour le personnel de santé.

«Pourquoi [cibler] le personnel de santé? Il est important que tout le monde soit vacciné, pas seulement eux», affirme Virginie Masserey. Elle note que certains hôpitaux ont déjà trouvé des moyens efficaces pour encourager la vaccination, notamment en invitant des experts reconnus à répondre aux questions du personnel. L’OFSP mise aussi sur le partage d’informations factuelles. Il distribue aux cantons, qui sont responsables de la vaccination de la population, des fiches d’information, des affiches et des vidéos qui présentent les avantages du vaccin.

Les campagnes de l’OFSP ciblent également des groupes de population spécifiques, notamment les jeunes femmes. Certaines d’entre elles expriment des inquiétudes liées à une fausse information circulant sur les réseaux sociaux, qui prétend que le vaccin affecterait la fertilité des femmes. Une théorie qui n’a aucun fondement scientifique. L’OFSP prépare également des messages pour rappeler aux personnes rentrant de vacances d’été de se faire vacciner.

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En Suisse, la Commission nationale d’éthique biomédicale a également déconseillé la vaccination obligatoire. Son président a déclaré à la radio publique suisse alémanique SRF que «ce ne serait pas la bonne chose à faire».

Se rapprocher des gens

La Suisse n’a pas encore exclu d’avoir recours à une autre méthode adoptée par la France: rendre le certificat Covid davantage obligatoire dans les lieux publics. Pour l’heure, les Suisses doivent présenter le certificat prouvant qu’ils ont été complètement vaccinés, ou ont fait un test Covid négatif, uniquement pour entrer dans une discothèque ou pour participer à un rassemblement de plus de 10’000 personnes.

«Si nous envisageons d’étendre cette mesure, ce serait pour réduire la propagation du virus plutôt que pour améliorer la couverture vaccinale», commente Virginie Masserey. «Bien sûr, cela aurait pour corollaire d’encourager davantage de vaccinations.»

La France a enregistré un pic de rendez-vous pour la vaccination – plus d’un million en l’espace de 24 heures – à la suite du discours d’Emmanuel Macron, qui a annoncé que la vaccination serait obligatoire pour les soignants et le pass sanitaire requis dans les cafés, restaurants, centres commerciaux, avions et trains.

Certains cantons suisses expérimentent d’autres stratégies innovantes. Argovie, Schwyz et Vaud ont tous ouvert des centres de vaccination mobiles ces dernières semaines. À Genève, une pharmacie qui a commencé à proposer des consultations sans rendez-vous début juillet a vu des personnes faire la queue pendant deux heures pour se faire vacciner, a relaté la Radio Télévision Suisse (RTS).

Pour se rapprocher des gens, il ne suffit pas de faire en sorte que le vaccin soit disponible près de chez eux. Il s’agit aussi de mettre les citoyens en contact direct avec des membres de confiance de la communauté scientifique. «Des médecins nous ont dit qu’il leur faut cinq minutes pour convaincre les patients qui viennent les voir parce qu’ils hésitent à se faire vacciner», raconte Virginie Masserey.

Une couverture vaccinale inégale

Le fait que chaque canton soit responsable de la vaccination a entraîné des disparités dans la couverture vaccinale à travers le pays. «Tous les cantons sont différents, il est donc logique que chacun conçoive des réponses et des interventions adaptées à sa population et à son contexte», estime Virginie Masserey. Le travail de l’OFSP consiste à encourager les responsables cantonaux à examiner les données au niveau local et à «voir où ils ont des poches de personnes non vaccinées qu’ils peuvent cibler».

(traduction de l’anglais: Katy Romy)

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