Comment le pays qui vote le plus au monde gère le vote par correspondance

Keystone / Gian Ehrenzeller

En Suisse, on estime que plus de 90% des bulletins de vote sont envoyés par la poste, un chiffre qui n’a cessé d’augmenter au fil des décennies. Avec la pandémie, les votations du week-end dernier se sont-elles déroulées comme d’habitude?

Ce contenu a été publié le 06 octobre 2020 – 15:09 autres pays, les problèmes ici sont «de portée très limitée», souligne Uwe Serdült.

La fraude est rare, mais elle est déjà arrivée. L’année dernière, la police a interrogé un employé du bureau électoral de Genève, soupçonné d’avoir détruit certains bulletins de vote et d’en avoir ajouté d’autres. À Berne, 300 bulletins pour les élections locales de 2016 ont été déclarés nuls après que les enquêteurs ont découvert qu’ils avaient tous la même écriture.

Un autre problème possible est le «vote familial». Est-il fréquent que le chef de famille remplisse les bulletins pour tous les siens? Ou que quelqu’un ne bénéficiant pas du secret de l’isoloir soit contraint de voter d’une certaine manière? «Dans la culture politique suisse, nous partons de l’idée que cela n’arrive pas, même si cela arrive quand même parfois», note Uwe Serdült. «Mais c’est une question qui ne se pose pas, c’est-à-dire une inconnue.»

Les timbres sont une autre question, mineure mais récurrente. Alors que certains cantons envoient l’enveloppe retour déjà affranchie, d’autres laissent les électeurs payer eux-mêmes les frais postaux. Est-ce que cela en décourage certains? Il n’y a pas de preuves réelles, même si la question a été posée jusqu’au Parlement fédéral à Berne.

Et finalement, il y a le cas des expatriés, qui en l’absence de vote électronique, ne peuvent exercer leurs droits de citoyens que par correspondance.

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Ce contenu a été publié le 28 sept. 2020 Comment les Suisses de l’étranger auraient-ils voté ce dimanche? Cette fois encore, nombre d’entre eux n’ont pas pu le faire.

Le vote par la poste devient «de plus en plus dépassé», déclare Jézael Fritsche, porte-parole de l’Organisation des Suisses de l’étranger. Parce que les expatriés bougent beaucoup et parce que certains services postaux étrangers ne sont pas aussi fiables que ceux de la Suisse. D’où les nombreux cas de citoyens qui ne reçoivent pas leur matériel de vote, ou qui le reçoivent trop tard pour pouvoir participer. Ce qui équivaut à une discrimination «de facto», rappelle Jézael Fritsche.

Elle et son organisation continueront donc à faire pression pour l’introduction du vote électronique, actuellement gelé après la découverte de failles de sécurité dans les systèmes utilisés jusqu’ici.

À Oberwinterthur, on n’a pas ce genre de soucis. Les enveloppes portent déjà le timbre pour le renvoi, on n’a plus eu de cas de fraude depuis dix ans et Jürg Billwiller est satisfait du déroulement des opérations. Samedi après-midi, près de 7000 bulletins étaient déjà rentrés, ce qui signifie que la participation sera au-delà de 50% dans ce cercle d’environ 14’000 habitants. Les votes nuls sont rares, bien que le responsable soit de temps en temps appelé à trancher sur la lisibilité de telle ou telle écriture.

Alors, quel serait le plus gros problème qui pourrait se présenter? Jürg Billwiller réfléchit un moment, mais ne semble par trouver de réponse, lorsqu’un collègue arrive, la mine perplexe, brandissant un bulletin de la précédente élection, tenue durant l’été. Trop de démocratie, est-ce aussi déroutant?