Comment la Suisse se prépare à une éventuelle escalade nucléaire

Masques à gaz dans un abri de la guerre froide à Varsovie, en Pologne. Les combats autour des centrales nucléaires ukrainiennes et les menaces de la Russie d’utiliser des armes atomiques ont ravivé la peur de la guerre nucléaire en Europe, notamment dans les pays voisins de l’Ukraine. Copyright 2022 The Associated Press. All Rights Reserved

Alors que la guerre en Ukraine s’intensifie, le président russe Vladimir Poutine a menacé d’utiliser son arsenal nucléaire, alimentant ainsi les craintes de toute l’Europe. Pour sa part, la Suisse est bien préparée, mais ses bunkers ne feraient pas de miracles en cas de guerre nucléaire à grande échelle.

Ce contenu a été publié le 16 novembre 2022 – 10:00


rapportLien externe publié en 2019, sa commission avait déjà mis en exergue la qualité des infrastructures en Suisse, se référant notamment à la présence à Spiez, dans le canton de Berne, d’un laboratoire national d’analyse des menaces nucléaires, biologiques et chimiques. «Un atout», selon le rapport.

A cela s’ajoute un réseau d’abris antiatomiques à nul autre pareil en Europe et dans le monde. Il en existerait plus de 360’000, un record. Disséminés dans le pays, ceux-ci peuvent accueillir en cas de besoin l’ensemble de la population.

«Alors que plusieurs pays européens ont élaboré des plans d’intervention militaire et civile pour contrer un scénario catastrophe, aucun ne dispose d’autant d’abris que la Suisse », précise Stephen Herzog.

Dans des pays proches de l’Ukraine, plus exposés aux radiations, des sous-sols et des garages figurent souvent dans les inventaires. C’est le cas en Roumanie et en Slovaquie. «Des infrastructures insuffisantes pour protéger la population en cas d’accident majeur», note-t-il. Plus au nord, Suède et Finlande possèdent aussi un grand nombre d’abris, mais avec une couverture moins dense qu’en Suisse.

Une femme marche dans un tunnel d’accès à l’ancienne mine de sel de Turda, qui a été transformée en attraction touristique. La défense civile roumaine l’a désormais désigné comme un abri d’urgence potentiel en cas d’escalade nucléaire dans l’Ukraine voisine. Copyright 2022 The Associated Press. All Rights Reserved.

Un modèle perfectible

Pour autant, la Suisse n’est pas irréprochable et pourrait faire encore davantage. Les cantons suisses ne respectent pas tous l’obligation fédéraleLien externe de mettre à disposition de chaque habitant-e un abri situé à moins d’une demi-heure à pied du lieu de résidence. Les populations des cantons de Genève, Bâle-Ville et Neuchâtel sont les plus mal loties à cet égard. Un rapport Lien externede l’Office fédéral de la protection de la population a aussi relevé des manquements dans l’entretien des bunkers susceptibles d’accueillir la population civile. Près de 230 lacunes auraient été constatées.

état-major stratégiqueLien externe pour garantir une réaction rapide lors d’accidents nucléaires.

De telles mesures sont importantes mais pas suffisantes, estime Wilfred Wan, expert en armes de destruction massive à l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI). «Même si certains pays comme la Suisse disposent d’abris antiatomiques ou de procédures d’urgence suffisants, n’importe quel État serait dépassé par les conséquences dévastatrices des armes nucléaires», argumente-t-il. C’est pourquoi, selon l’expert, il est important de parler de prévention plutôt que de réaction.

Une étude Lien externeréalisée par les Nations unies suit le même raisonnement. Selon elle, ni les pays pris individuellement ni le système humanitaire international dans son ensemble ne seraient en mesure de réagir avec assez de célérité pour faire face à l’ensemble des conséquences d’un recours aux armes nucléaires.

«Sans parler de l’impact sur l’environnement, le climat, l’agriculture ou sur les migrations, entre autres conséquences directes ou indirectes», conclut Wilfred Wan. Selon ce rapport, pour contrer un tel événement, la prévention demeure la seule approche crédible humanitairement et en termes de santé publique.

Traduction: Alain Meyer

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