Comment conjuguer l’humanitaire et la coopération au développement

Un enfant blessé reçoit des soins médicaux après le tremblement de terre de 2010 en Haïti. Keystone / Michael Fichter Iff

La Suisse réunit l’aide humanitaire et l’aide au développement. Or, les aides urgentes ont rarement besoin d’être justifiées, les projets de développement presque toujours. Avec cette convergence organisationnelle, la tradition humanitaire de la Suisse est-elle mise sous pression?

Ce contenu a été publié le 19 janvier 2022 – 10:47


construction parasismiqueLien externe, mis à la disposition des autorités haïtiennes différents types de bâtiments scolaires et formé des maçons.

Comme le montre cette présentation du DFAE:

évaluation externeLien externe réalisée en 2019 a recommandé à la DDC d’adapter son organisation au changement. Contrairement à cette recommandation, la DDC ne fusionne toutefois pas les crédits-cadres de l’aide humanitaire et de la coopération au développement.

Selon la DDC, l’alignement de l’aide humanitaire sur la coopération au développement se fait dans les bureaux de coopération de la Suisse sur place. «Avec la nouvelle directrice, Patricia Danzi, la collaboration de l’aide humanitaire dans les crises de longue durée et de la coopération au développement doit également être réunie institutionnellement à la centrale à Berne, précise Léa Zürcher. Par exemple, les programmes de l’aide humanitaire et de la coopération au développement au Mali seront coordonnés à partir d’un seul poste à Berne». Ce qui doit permettre d’utiliser les instruments de la coopération internationale en fonction des besoins et sans interfaces, l’objectif étant de répondre au mieux aux besoins sur place.

Explosif en raison de la différence de réputation

La réorganisation (avec les changements de personnel correspondants) n’est pas seulement une source d’inquiétude au sein de la DDC, elle est aussi politiquement explosive. Les deux types d’aide à l’étranger jouissent en effet d’une image très différente.

Dans les pays bénéficiaires, l’aide humanitaire est perçue comme plus neutre que la coopération au développement, qui pose des conditions aux États bénéficiaires et veut changer les structures politiques et sociales. Si les deux registres sont mélangés, le risque existe que des parties belligérantes refusent l’accès à l’aide humanitaire.

Dans les pays donateurs, l’aide humanitaire est nettement plus populaire auprès des partis de droite que la coopération au développement. «L’aide humanitaire est utilisée à court terme et dans des situations aiguës, c’est pourquoi elle est peu contestée en politique intérieure», explique l’historien Konrad Kuhn. En revanche, la coopération au développement et son efficacité sont souvent remises en question.

En témoignent les critiques de la parlementaire UDC Barbara Steinemann. Les autorités suisses auraient perdu de vue les priorités de l’aide au développement: «Nous versons des milliards de francs à l’étranger pour des projets douteux et des États corrompus, pour des conférences internationales et des programmes de genre dans l’agriculture géorgienne.»

C’est justement l’aide humanitaire, si appréciée de la droite, qui est probablement en position de faiblesse dans cette fusion par rapport à la coopération au développement. Ce que montre le Corps suisse d’aide humanitaire, un service de milice. Une partie du personnel spécialisé – comme les spécialistes ingénierie civile, en construction hydraulique ou les spécialistes médicaux – est engagé pour une durée limitée. Selon une évaluation externe, ce groupe de secouristes, qui intervient en cas de tremblement de terre, aurait même dû être supprimé, car il n’est pratiquement plus utilisé (pour le moment, la Suisse a décidé de le maintenir).

Selon le DFAE, il est déjà courant aujourd’hui que les collaborateurs et collaboratrices de la DDC occupent en alternance des postes d’aide humanitaire et de coopération au développement. S’il est vrai que deux cultures sont réunies, la collaboration est déjà étroite aujourd’hui et la réorganisation permettra d’augmenter encore les synergies.

Reste à savoir si, dans le cadre de la fusion, la coopération au développement «reprend» pour ainsi dire l’aide humanitaire. Dans l’affirmative, la coopération internationale serait encore plus attaquée par la droite qu’elle ne l’est déjà.

Ne pas opposer les formes de l’aide

Les partis de gauche, traditionnellement bienveillants à l’égard de l’aide au développement, voient les choses différemment. Pour la parlementaire des Verts Christine Badertscher, qui siège au conseil de la Fondation suisse pour la coopération au développement Swissaid, tous les domaines de l’aide à l’étranger sont importants et ne doivent pas être mis en concurrence. «C’est comme une cascade. L’aide humanitaire est importante après une catastrophe, mais elle n’agit qu’à court terme. La coopération au développement aide à mettre en place des structures à plus long terme, de sorte qu’il n’y ait plus de catastrophe.»

En d’autres termes, l’aide humanitaire est un service de secours. Elle intervient rapidement, de manière aiguë et là où elle est nécessaire. Pendant ce temps, l’aide au développement est comparable à la physiothérapie. Elle travaille selon un plan, sur le long terme et en accompagnement du processus. Pour retrouver la santé, il faut les deux.

La DDC parle d’ailleurs d’une «boîte à outils»: les instruments des différents types d’aide doivent s’imbriquer de manière optimale et être utilisés simultanément en fonction du contexte. Car, pour reprendre les termes de l’ancien collaborateur de la DDC Markus Heiniger, «du point de vue des personnes concernées, peu importe à quel titre elles sont soutenues, l’essentiel est qu’il se passe quelque chose.»

Différentes formes d’aide à l’étranger

L’aide humanitaire doit sauver des vies et soulager les souffrances de manière impartiale lors de catastrophes, de guerres ou de crises. En voici quelques exemples: rechercher des survivants après un tremblement de terre, distribuer des vivres lors d’une crise alimentaire ou traiter médicalement des blessés lors d’une guerre.

La coopération au développement vise à éradiquer la pauvreté par le développement économique et à promouvoir les droits humains et la démocratie. Exemples: former des apiculteurs et les aider à vendre leur miel sur le marché local; collecter des données pour réduire la prescription d’antibiotiques aux enfants ; programmes d’alphabétisation, promotion des femmes ou projets de protection du climat.

La coopération économique au développement vise à stimuler l’économie en collaboration avec le secteur privé local et suisse. Le Secrétariat d’État à l’économie (Seco) est compétent en la matière. Exemples: octroyer des crédits à des PME locales; lier l’attribution d’un contrat à une entreprise suisse à l’étranger à la formation d’apprentis.

La coopération avec les pays de l’Est ou l’aide à la transition promeut une économie sociale de marché , l’État de droit et la démocratie dans les pays de l’ex-Union soviétique ainsi que dans les Balkans. Exemples: formation d’employés communaux, conseil aux administrations financières publiques ou réformes dans le secteur pénitentiaire.

La promotion de la paix vise à lutter contre les causes des conflits et à protéger les individus de la violence, de la guerre et de l’arbitraire. Dans certains domaines, ce travail se confond avec la diplomatie. En voici quelques exemples: élaboration de directives internationales, observation d’élections, bons offices ou accompagnement des processus de justice transitionnelle.

Source : DFAE

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