Ce qui attend la Suisse: les perspectives économiques pour 2022

Keystone / Christian Beutler

Difficultés dans les chaînes d’approvisionnement, retour du plein emploi, risque d’inflation, franc à nouveau au plus fort, nouvelles formes de concurrence pour la pharma et les banques: dans cette sélection non exhaustive, les journalistes économiques de swissinfo.ch vous présentent sept évolutions majeures qui attendent l’économie suisse en 2022.

Ce contenu a été publié le 29 décembre 2021 – 10:17


prochain Saint Graal de la pharma.  

4) L’industrie retrouve son allant

Portée par la forte demande en provenance de Chine et des États-Unis, l’horlogerie suisse a définitivement oublié les confinements de 2020, qui lui ont fait subir l’un des pires chocs conjoncturels de son histoire. L’embellie devrait se poursuivre en 2022, même si les incertitudes sont encore nombreuses. La dynamique dépendra notamment de la rapidité de la reprise du tourisme international, essentiel à la bonne marche de l’industrie du luxe. Les spécialistes les plus optimistes tablent sur des exportations de l’ordre de 21 à 22 milliards de francs, proches du record absolu de 2014.

Moins connue et visible que l’horlogerie, mais bien plus importante en termes d’exportations et d’emplois en Suisse (320’000 postes de travail), l’industrie des machines, des équipements et des métaux (MEM) fait elle aussi preuve d’optimisme pour les mois à venir. Les carnets de commandes sont à nouveau pleins et les chiffres d’affaires en nette hausse dans ce secteur d’activité, qui a longuement souffert des effets de la pandémie.

Les principales inquiétudes concernent l’approvisionnement, avec des risques de pénuries et la hausse des prix des matières premières. La nouvelle hausse du franc face à l’euro semble quant à elle avoir été digérée par les capitaines de l’industrie MEM, qui ont profité de la crise pour innover et ainsi accroître leur compétitivité.  

5) Les banques face au risque de bulle immobilière

Une hausse des taux d’intérêt serait une bonne nouvelle pour les banques d’affaires, mais pas pour les propriétaires de biens immobiliers: le remboursement de leurs prêts hypothécaires pourrait devenir plus difficile. La Banque nationale suisse et l’autorité de surveillance des marchés financiers (FINMA) ont maintes fois mis en garde les banques sur le danger qu’elles couraient avec l’expansion rapide de leurs portefeuilles de prêts hypothécaires.

La FINMA oblige désormais les banques et autres sociétés financières à déclarer leur exposition aux risques climatiques. Les investissements durables promettent de nouvelles sources de revenus, mais seulement s’ils sont effectués correctement. Les organisations non gouvernementales seront vigilantes face à toute tentative de tromper les personnes qui investissent.

Keystone / Melanie Duchene

Enfin, les banques ne pourront plus ignorer les avancées technologiques dans le monde de la finance. Plusieurs banques numériques se sont déjà taillé une place de choix dans le domaine de la finance traditionnelle. Les nouvelles venues misent sur les cryptomonnaies et la finance décentralisée, qui automatise les transactions dans le but de supprimer les intermédiaires. Il est peu probable que la blockchain bouleverse la finance traditionnelle en 2022, mais les banques ont pris conscience que leur modèle d’affaires est remis en cause par cette nouvelle technologie.

6) Des multinationales sous pression

À partir de 2022, les grandes entreprises basées en Suisse devront rendre des comptes sur l’impact social et environnemental de leurs activités. Dès 2023, les entreprises des secteurs à haut risque, à l’instar de l’exploitation minière, seront également tenues de faire preuve de diligence raisonnable en ce qui concerne les risques liés au travail des enfants et aux minerais provenant de zones de conflit.

Les promoteurs et promotrices de l’initiative pour des multinationales responsables, rejetée de justesse en votation populaire en 2020, estiment que la nouvelle loi ne va pas assez loin et continueront à faire pression pour que les entreprises soient davantage tenues de rendre compte de leur impact à l’étranger. La Commission européenne devrait prendre en 2022 une décision très attendue sur les entreprises responsables, qui pourrait aller plus loin que la loi suisse.

Les multinationales seront également mises à l’épreuve dans d’autres contextes tels que la Chine et le Myanmar, où des violations généralisées des droits humains sont signalées.

7) Des finances publiques très solides

Des finances publiques saines sont aussi le signe d’une économie robuste. Après avoir plongé dans le rouge ces deux dernières années, le budget de la Confédération devrait retrouver une certaine normalité en 2022. Les dépenses extraordinaires de 40 milliards de francs engagées pour faire face à la crise sanitaire devraient être amorties en dix ans, sans que cela ne coûte un centime aux contribuables. Le gouvernement prévoit d’utiliser les excédents budgétaires et les bénéfices de la Banque nationale pour amortir la dette.

Les perspectives à long terme sont elles aussi très favorables. Malgré une hausse des dépenses de formation et des charges liées au vieillissement de la population, les experts de la ConfédérationLien externe prévoient que la dette publique de la Suisse (Confédération, cantons, communes) passera, dans le pire des scénarios, de 30% à 51% du PIB d’ici 2050.

À titre de comparaison, le taux d’endettement moyen dans la zone euro se situe, aujourd’hui déjà, à près de 100% du PIB. Ce gonflement de l’État ne devrait pas poser de problème à la Suisse, puisque la prospérité de la population va elle aussi connaître une «nette progression» durant cette période, estiment les économistes de la Confédération.

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