Ce qui attend la Suisse: les grands rendez-vous politiques de 2022

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Protection du climat, protection des animaux, protection de la jeunesse, protection du paysage: en politique intérieure, la Suisse se questionnera sur sa moralité l’an prochain. En politique extérieure, elle oscillera entre le glamour dans son rôle de médiatrice internationale et son isolement en Europe.

Ce contenu a été publié le 28 décembre 2021 – 10:18


et rejetées – en votation populaire en 2021, l’initiative contre l’élevage intensif divise les agriculteurs et agricultrices en deux camps: d’un côté celles et ceux, majoritaires, qui craignent une explosion du prix de la viande suisse en cas d’adoption de ce texte visant à établir un cahier des charges strict pour l’élevage des animaux de rente.

De l’autre côté, les paysans et paysannes engagés pour une agriculture plus écologique et soucieuse du bien-être des animaux. Ils et elles sont soutenus par des organisations environnementales, qui dénoncent l’aberration consistant à importer chaque année des centaines de milliers de tonnes de fourrage du Brésil, participant ainsi à la destruction de la forêt tropicale.

Enfin, le troisième projet d’amendement «écologique» de la Constitution fédérale, l’initiative contre le bétonnage du paysage, veut limiter les constructions hors des zones à bâtir. Chaque année, ce sont près de 2000 nouvelles constructions qui sortent de terre en dehors de la zone à bâtir, participant au «mitage» du territoire que dénoncent de longue date les associations de défense du paysage. Ces dernières jouent sur une corde sensible des Suisses. Le peuple avait en effet créé la surprise il y a près de dix ans en acceptant une initiative visant à freiner drastiquement la construction de nouvelles résidences secondaires.

Bataille pour le leadership à gauche

Les partis politiques affutent également leurs armes avant le grand rendez-vous des élections fédérales de 2023. La lutte pour le leadership à gauche devrait se durcir. Cinquième force politique du pays et crédité de 13,2% des intentions de vote dans le dernier baromètre électoral de la SSR, mais talonnant désormais de près le Parti socialiste (15,8%), le Parti libéral-radical (droite, 13,6%) et Le Centre (13,3%), le parti écologiste lorgne désormais ouvertement sur un des deux sièges de ses alliés socialistes au Conseil fédéral. Preuve de cette rivalité grandissante, le PS et les Vert.e.s ont annoncé le même jour de novembre le lancement d’une initiative pour la création d’un fonds en faveur du climat, au contenu quasi similaire.

Le Parti socialiste tentera de reprendre la main sur ses concurrents écologistes avec un de ses thèmes fétiches, les retraites. Il a d’ores et déjà annoncé son soutien au référendum lancé par les syndicats contre la dernière réforme en date de l’assurance vieillesse et survivants (AVS), qui prévoit une hausse de la retraite des femmes de 64 à 65 ans. La votation pourrait intervenir à l’automne 2022, soit tout juste un an avant les élections fédérales.

Solidement installée en pole position (26,6%) mais privée de son thème phare – l’immigration -, qui ne figure plus en tête de l’agenda politique, l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice) continuera de son côté à miser sur son opposition aux mesures sanitaires pour mobiliser sa base électorale. Et ceci malgré une situation tendue dans les hôpitaux et deux défaites dans les urnes ces derniers mois sur la loi Covid-19.

Le premier parti du pays repart aussi à l’assaut du service audiovisuel public et devrait lancer prochainement une initiative visant à réduire de près de moitié la redevance de radio-télévision. En 2018, l’UDC avait échoué devant le peuple avec son initiative «No Billag», qui visait la suppression pure et simple de ladite redevance. Mais le nouveau projet apparaît beaucoup plus dangereux pour la Société suisse de radiodiffusion (SSR) – dont SWI swissinfo.ch fait partie. Cette dernière ne bénéficie plus en effet du même soutien inconditionnel au sein des autres partis gouvernementaux qu’il y a quatre ans.

Le dossier européen en guise d’épouvantail

La constellation en matière de politique étrangère ne manque pas d’ironie. Alors que la Suisse se lance dans le grand bain diplomatique avec sa candidature au Conseil de sécurité des Nations unies et veut porter ses bons offices au cœur des tensions géopolitiques entre la Russie, la Chine et les États-Unis, elle est bloquée sur son dossier le plus important.

En 2022, la question européenne restera le nœud gordien de la politique étrangère suisse. En mai dernier, le Conseil fédéral a interrompu les négociations sur l’accord-cadre avec l’UE, qui duraient depuis sept ans. Il veut maintenant retourner à la table des négociations.

Mais le nouveau départ est d’ores et déjà raté. Après la rencontre mi-novembre entre le ministre suisse des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, et le vice-président de la Commission européenne chargé du dossier suisse, Maros Sefcovic, des désaccords sont apparus. L’UE attendait que la Suisse présente une feuille de route pour les négociations lors de la prochaine rencontre au Forum économique mondial de Davos (WEF) en janvier, une volonté qui fait défaut du côté suisse. Le fait que le WEF ait été repoussé à l’été – en raison de la pandémie – ne facilite pas les choses. La Suisse et l’UE ne parviennent tout simplement pas à s’entendre.

>> Notre portrait consacré au nouveau président de la Confédération Ignazio Cassis:

Reste que le temps passe. Et l’UE met la pression, en voulant traiter par exemple la Suisse comme un pays tiers dans le programme de recherche Horizon Europe. Pour sortir de l’impasse, la Commission de politique extérieure du Conseil national a émis l’idée en novembre d’attribuer un milliard de cohésion supplémentaire à l’UE. Un acte désespéré qui n’a pas obtenu le soutien de la majorité, mais qui illustre bien le désarroi du côté suisse. Le ministre des Finances, Ueli Maurer, a estimé qu’avec cette proposition, la Suisse allait plutôt se ridiculiser auprès de l’UE.

Le Conseil fédéral a désormais chargé l’ancien secrétaire d’État à la migration Mario Gattiker d’analyser les différences juridiques autour de la libre circulation des personnes et de sonder quels rapprochements du droit suisse avec le droit européen seraient susceptibles de recueillir une majorité au niveau national. C’est un indicateur de la stratégie du Conseil fédéral, qui veut désormais clarifier les questions litigieuses séparément pour chaque accord sectoriel, une stratégie qui ne devrait probablement pas trouver grâce aux yeux de Bruxelles.

Glamour et paillettes sur la scène internationale

Au-delà de la politique européenne, l’année mettra la diplomatie helvétique sous le feu des projecteurs. Au mois de juillet, la Suisse accueillera le sommet sur l’Ukraine à Lugano, rejoignant ainsi Londres et Toronto sur la liste des pays organisateurs. Ignazio Cassis veut notamment recevoir le chef d’État ukrainien Volodymyr Zelensky dans son canton d’origine. C’est aussi une occasion pour le nouveau président de la Confédération de redorer son image, à un an des prochaines élections fédérales et alors que sa popularité est toujours au plus bas dans les sondages. L’événement, qui doit soutenir le processus de réforme en Ukraine et son indépendance, est toutefois placé sous des auspices incertains depuis que la Russie a déplacé des troupes à la frontière entre l’Ukraine et la Russie à la fin de l’année.

La candidature de la Suisse au Conseil de sécurité de l’ONU s’apparente à une simple formalité: en juin, l’Assemblée générale de l’ONU à New York élit cinq des dix membres non permanents pour les années 2023 et 2024. Outre celle de la Suisse, il n’y a plus qu’une autre candidature pour occuper les deux sièges vacants qui reviennent aux États occidentaux et le projet a déjà franchi les obstacles de la politique intérieure. Seule l’UDC s’oppose à cette candidature lancée il y a dix ans déjà. Le parti de la droite conservatrice déplore une violation de la neutralité suisse.

Reste que la répartition des compétences sur le plan intérieur doit encore être discutée. Le fait que le Conseil fédéral décide seul s’il se joint à une sanction – ou même à l’autorisation d’une intervention militaire – est contraire aux processus de décision prévus par la Constitution, dans lesquels le Parlement et le peuple ont une voix forte. Mais selon la position officielle, cela ne pose problème que dans des situations exceptionnelles, car la Suisse peut dans la plupart des cas s’appuyer sur des positions établies. Et sinon, une abstention serait toujours possible.

Le Conseil fédéral veut faire tester les voies de décision à l’automne. Si une décision doit être prise rapidement, il souhaite informer au minimum les présidents des commissions de politique extérieure des deux chambres. Cette constellation ne manque pas d’ironie: en effet, le président de la commission de politique extérieure du Conseil national pendant la période en question sera l’UDC Franz Grüter, l’un des plus virulents détracteurs de la candidature suisse au Conseil de sécurité de l’ONU.

Le coronavirus, la Chine et une porteuse d’espoir

En 2022, le coronavirus continuera de déterminer l’agenda des organisations internationales à Genève. En premier lieu, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui poursuit ses efforts pour sortir le monde de la pandémie tout en étant confrontée à de fortes demandes de réforme interne. En mai, une réunion importante des États membres doit ouvrir la voie à un nouveau traité sur la pasndémie.

L’Organisation mondiale du commerce (OMC) est également un acteur central dans la lutte contre la pandémie. C’est en effet au cœur de cette institution qu’ont lieu les discussions sur les renonciations aux brevets pour les vaccins et les traitements qui sauvent des vies dans les pays du Sud.

Les droits humains restent une préoccupation centrale à Genève. Comment le Conseil des droits de l’homme va-t-il réagir à la situation alarmante en Afghanistan, au Myanmar et en Syrie? Et les gouvernements européens oseront-ils exercer davantage de pression sur Pékin? La présidente du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet, attend toujours que Pékin lui accorde un rendez-vous pour une visite dans la province du Xinjiang, alors que le gouvernement chinois continue de nier l’existence des camps de rééducation et du travail forcé imposé à la minorité ouïghoure.

Enfin, le Comité international de la Croix-Rouge, la plus célèbre organisation humanitaire de Suisse, a nommé pour la première fois une femme à sa présidence. Mirjana Spoljaric Egger prendra ses fonctions en septembre 2022.

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