Anticiper la science pour le bien de l’humanité

Le radar du GESDA prévoit que, dans cinq ans, le progrès de l’intelligence artificielle (IA) pourrait permettre une analyse plus pointue des données cérébrales et donc une meilleure compréhension de la conscience humaine. Keystone / Salvatore Di Nolfi

Une fondation genevoise lance un outil cartographiant les futures percées scientifiques. Il vise à aider le monde politique et le public à anticiper leurs effets. 

Ce contenu a été publié le 14 octobre 2021 – 19:45


radar des percées scientifiquesLien externe» a été dévoilé lors du premier sommet de la fondation Geneva Science and Diplomacy Anticipator (GESDA) la semaine passée. Selon le radar, dans 25 ans, de puissants ordinateurs quantiques seraient capables de résoudre des problèmes aujourd’hui inaccessibles. Ils pourraient effectuer de complexes simulations chimiques permettant d’accélérer la découverte de nouveaux produits pharmaceutiques. Dans 10 ans, des entreprises privées pourraient être en mesure d’extraire de la Lune des métaux et minéraux manquant sur Terre. Dans cinq ans, le progrès de l’intelligence artificielle (IA) pourrait permettre une analyse plus pointue des données cérébrales et donc une meilleure compréhension de la conscience humaine. 

GESDA espère que le radar servira au multilatéralisme en encourageant l’inclusion de la science dans les discussions et négociations menées au sein des organisations internationales de Genève et ailleurs. Le radar sera régulièrement mis à jour pour refléter l’évolution de la science. 

Il est rare que les chercheurs tentent d’anticiper dans quelle direction la science pourrait aller, afin de permettre à la classe politique de se préparer et d’éviter une utilisation néfaste de la science, a souligné Patrick Aebischer, vice-président du GESDA, lors d’un entretien avec SWI swissinfo.ch. 

Un outil permettant d’anticiper le progrès scientifique répond aux besoins des dirigeants politiques, a déclaré Joseph D’Cruz, conseiller spécial au Programme des Nations Unies pour le développement. 

«Les choix que nous faisons aujourd’hui doivent en fait répondre à des événements qui se produiront dans trois, cinq ou 10 ans. Mais nous n’avons pas une bonne compréhension de ce qui se passera à ce moment-là», a expliqué Joseph D’Cruz dans un entretien avec SWI swissinfo.ch. 

Sommet du GESDA 2021

Plus de 100 intervenants et 900 participants se sont rassemblés en personne et en ligne lors du premier sommet du GESDA, qui s’est tenu à Genève du 7 au 9 octobre. Les discussions ont porté sur les futures percées scientifiques, leurs conséquences potentielles sur la société et les politiques nécessaires pour assurer que leurs bienfaits soient partagés et leurs risques minimisés.

Cette conférence de trois jours a été l’occasion pour la fondation GESDA de se présenter au public, deux ans après sa création en 2019 par le gouvernement suisse et le gouvernement cantonal de Genève. GESDA vise à créer des ponts entre les décideurs de la communauté internationale et les chercheurs travaillant à la pointe de la science, tout en tenant compte des préoccupations de la société civile et du secteur privé. 

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Lors du sommet du GESDA, la pandémie de Covid-19 a souvent permis d’illustrer non seulement la difficulté d’anticiper, mais aussi de garantir l’accès et la confiance vis-à-vis des progrès scientifiques.

Trop souvent, les résultats de recherche financée par des fonds publics sont publiés dans des revues scientifiques payantes. Cette connaissance est alors inaccessible à de nombreux chercheurs, décideurs politiques et au public, a déclaré Kamila Markram, cofondatrice et directrice générale de Frontiers, à SWI swissinfo.ch. La levée de ces barrières a permis le développement rapide des vaccins Covid-19. 

«Si nous voulons avoir des débats de société, sur des questions scientifiques importantes, qu’il s’agisse de l’urgence climatique, du Covid-19, d’édition génomique, nous devons d’abord avoir accès aux résultats scientifiques», a expliqué Kamila Markram.

Naledi Pandor, ministre des Relations internationales et de la Coopération d’Afrique du Sud, a souligné la difficulté pour certains pays africains de renforcer la confiance en la science lorsque «vous êtes le dernier dans la file d’attente pour obtenir un vaccin». 

Quel futur pour GESDA? 

GESDA est en train d’établir des partenariats pour travailler sur des solutions aux problèmes que le radar identifie. La fondation s’est associée à XPRIZE, un organisateur de compétitions, pour lancer une compétition visant à encourager le développement de l’informatique quantique. Les deux organisations prévoient de collaborer au lancement d’autres compétitions de ce type. 

Le «radar des percées scientifiques» servira également de cadre à une série de programmes d’éducation à la diplomatie scientifique anticipatoire qui seront lancés par 12 institutions suisses et mondiales, dont l’Université de Genève et l’École polytechnique fédérale ETH Zurich. 

Le deuxième sommet du GESDA aura lieu en août 2022. Une version actualisée du radar sera présentée ainsi que «deux, maximum trois» solutions, a déclaré Peter Brabeck-Letmathe, président du GESDA, lors de la session de clôture du sommet.

«Nous ne pouvons pas de manière crédible apporter une solution à tous les problèmes évoqués. Nous devons être très clairs sur le fait qu’en limitant nos ambitions, nous serons plus crédibles et efficaces», a déclaré Peter Brabeck-Letmathe. 

Malgré les discours sur l’inclusivité, la société civile et les acteurs privés sont restés sous-représentés au sommet du GESDA. Patrick Aebischer l’a reconnu lors d’une session au cours de laquelle il a déclaré que le GESDA espérait impliquer davantage d’entreprises privées l’année prochaine. Ceci est particulièrement important dans le cadre du débat sur la recherche en matière d’IA, où les entreprises privées, et non les états, sont en tête. En attendant, le radar offre la possibilité à quiconque de proposer ses idées, qui alimenteront les travaux du GESDA dans le futur. 

GESDA devra prochainement se représenter auprès du gouvernement suisse pour le convaincre de continuer à soutenir ses travaux lorsque la phase pilote de la fondation prendra fin en 2022.

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