1991, l’année où le dernier bastion masculin de Suisse est tombé

La journée historique: le 28 avril 1991, les femmes d’Appenzell Rhodes-Intérieures peuvent pour la première fois participer à la landsgemeinde. Seulement un an auparavant, les hommes avait rejeté le droit de vote des femmes. Keystone

En 1990 encore, les hommes d’Appenzell Rhodes-Intérieures refusaient aux femmes le droit de vote au niveau cantonal. Swissinfo.ch s’est entretenu avec des Appenzelloises sur les raisons de ce refus et l’évolution de la situation depuis.

Ce contenu a été publié le 22 janvier 2021 – 11:00 Landsgemeinde. Aujourd’hui, ces assemblées de citoyens ne sont plus organisées que dans deux cantons, les Rhodes-Intérieures et Glaris. Dans le canton voisin d’Appenzell Rhodes-Extérieures, la majorité des hommes avait approuvé le suffrage féminin en 1989. Ce vote a fortement ébranlé la confiance en cette forme originelle de démocratie directe qu’avaient auparavant les opposants au suffrage féminin et les défenseurs de la Landsgemeinde. Il a ainsi marqué le début de la fin de cette institution abolie à la fin des années 1990.

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Agathe Nisple a toujours dit ouvertement qu’elle était favorable au suffrage féminin. «Dans ma jeunesse déjà, les garçons se moquaient de nous dans les cafés. Ils disaient que c’était inutile, qu’on en avait pas besoin. Mais elle a toujours répondu aux provocations de manière constructive et avec des explications. «Parfois, je me demande si c’était la bonne chose à faire.»

Une Landsgemeinde pour les deux sexes

La première Landsgemeinde en présence des femmes s’est déroulée sans conflit en 1991. «J’ai été très surprise – mais aussi très heureuse», dit Agathe Nisple. Les femmes constituaient environ un tiers des personnes présentes, mais une seule d’entre elles a pris la parole. «On s’expose en le faisant», dit-elle. «Avoir une opinion différente demande de la force, mais cela fait partie du jeu.» Chaque argument présenté sur le podium peut faire basculer l’opinion. Aujourd’hui encore, Agathe Nisple aime ce rituel démocratique.

Dans le reste de la Suisse, beaucoup considèrent que la Landsgemeinde est un modèle dépassé. Comme elle a lieu à un endroit et en un jour précis, les malades et les absents sont exclus du vote. Et évidemment tout le monde peut voir ce que les autres votent. Une des conditions fondamentales pour le bon fonctionnement de la démocratie, le secret du vote, n’est donc pas garanti. «La dynamique de groupe a certainement joué un rôle dans le refus du suffrage féminin. Ce n’était pas ‘in’ d’y être favorable – qu’on soit une femme ou un homme.»

«C’était un rassemblement d’hommes seulement»: Gerlinde Neff-Stäbler. swissinfo.ch

Au début des années 1990, le forum des femmes s’est constitué en association. Des femmes sont devenues juges ou députées au Grand conseil. La carrière de Ruth Metzler l’a conduite jusqu’au Conseil fédéral – et elle reste la femme la plus connue issue du plus petit canton de Suisse. Mais comparée au reste de la Suisse, la proportion de femmes au parlement cantonal reste aujourd’hui encore extraordinaire faible.

Seules onze des 50 députés sont des femmes. Gerlinde Neff-Stäbler est l’une d’entre elles. Elle se souvient de son arrivée dans la rue principale d’Appenzell il y a une trentaine d’années. C’était un mercredi. «La vieille ville était pleine de fumée. Il y avait des hommes partout avec leurs pipes et leurs cigarillos qui vaquaient à leurs occupations: les agriculteurs, les marchands de bétail, les meuniers et les marchands de farine.» Des femmes aussi? «Aucune femme. Je débarquais de Stuttgart et je me demandais où j’étais. Un véritable attroupement d’hommes.» Gerlinde Neff-Stäbler venait de la grande ville allemande pour travailler comme infirmière en Suisse orientale. Elle a rapidement changé de métier pour exploiter une ferme d’alpage avec son époux, un Appenzellois.

Aujourd’hui, elle représente les paysans au Parlement cantonal. «J’ai un tempérament modéré et ne suis pas une combattante enflammée». Quand elle suit les débats du Parlement allemand, elle est contente que le ton soit plus amène dans celui de son canton. «Mais je suis convaincue qu’il faut des femmes qui sachent élever la voix.» Des revendications bruyantes à leur mise en œuvre, bien des choses se perdent en chemin. «On peut espérer que ce qui restera, ce sera l’égalité.»

Récemment, un homme lui a dit qu’il n’a plus participé à une Landsgemeinde depuis que les femmes ont le droit de vote. «Il y a toujours des hommes auxquels ça déplaît. Et il y a toujours des femmes qui n’y vont pas», dit Gerlinde Neff-Stäbler.