« Un titre raflé devant le Léo grâce à un succès épique 4-3 »

Ce 9 octobre a été épinglé dès la sortie du tirage par les Ucclois qui salivent déjà à l’idée de plonger dans le passé le temps d’un match. Ce Uccle Sport – Léopold va attirer la grande foule à la chaussée de Ruisbroek. Un parfum des années 70-80 régnera dans l’air. De nombreux anciens sont conviés pour partager cette tranche d’histoire avec la jeune génération. Les plus jeunes ignorent la grande rivalité qui lie les deux phalanges uccloises. La faute en incombe aux Merles qui ont vécu une chute des âges lors des 30 dernières années. Au plus fort de la tempête, ils ont évolué en Division 2. Un comble pour ce fleuron du hockey belge qui a empilé les titres comme Tom Boon empile les buts.

Si ce derby est très déséquilibré sur papier, il n’en fut pas toujours ainsi. Bob Maroye, figure emblématique du hockey ucclois et international en connaît un rayon sur ces deux géants du stick. À 68 ans, il a passé une moitié de sa vie à Uccle Sport avant de migrer durant l’autre moitié au Léopold. Cette forte tête reste plus passionnée que jamais quand le sujet concerne le hockey ucclois.

Tout a commencé comme la plupart des histoires. Il a suivi son papa… « Il était gardien à Uccle Sport. J’avais 9 ans quand je l’ai vu remporter le titre de champion de Belgique. » Habitant à un kilomètre de Forest National, il se rendait tout le temps dans les infrastructures uccloises en compagnie notamment de son frère. Avec la génération des Stoupel, Smeekens, Moreaux, De Saedeleer, Miserque ou encore Zembsch et Urbain, il a grandi avec le maillot bleu. Petit à petit, il a découvert la rivalité féroce qui liait les meilleurs ennemis ucclois. « Je me souviens des années 70, dit Bob Maroye. Le Léo raflait tous les titres. Il filait vers un 20e sacre. Avec Uccle Sport, nous leur avons piqué au terme d’un championnat exceptionnel. Le titre s’était joué à quelques journées de la fin du championnat à l’occasion d’un Uccle Sport – Léopold qui s’était soldé par un 4-3 d’anthologie. Le moment avait été grandiose. »

1975-1987, l’ère Uccle Sport

Ce moment avait aussi donné le coup d’envoi d’une ère Uccle Sport. Entre 1975 et 1987, Bob Maroye et sa bande de potes ont réalisé l’incroyable exploit de remporter 11 lauriers nationaux.

Les anciens ne cachent pas la nostalgie de ce glorieux passé. Un passé qu’ils pensaient éternel. La ferveur locale, la qualité du spectacle, la virtuosité des joueurs, tout était parfait. « On en parlait partout. Ce derby était super populaire. »

Malheureusement, la flamme s’est progressivement éteinte à Uccle Sport. L’incroyable génération des Merles des années 70 a vieilli. Les Maroye and co ont rallongé leur carrière pour assurer une transition avec la relève qui n’est jamais venue. « La génération qui a suivi n’était pas assez talentueuse, reprend Bob Maroye. Le club est resté sur ses acquis. J’ai joué jusqu’à 37 ans pour aider. En plus, les tout bons comme Cuvelier ou Muschs ont migré vers le Léo. L’équipe s’est affaiblie. »

S’en sont suivies des années sombres. Au début des années 2000, Uccle Sport est revenu dans la course au titre avant de s’enliser en D1. Le temps de remettre les comptes dans le vert et de moderniser les infrastructures, les Merles ont repris leur envol. Un signe qui ne trompe pas : les équipes jeunes d’Uccle Sport gagnent à nouveau des titres. Tout le mérite en revient à Alain et à son fils Robin.

L’arrivée de Bob Maroye au Léo : Le fruit du hasard

Malgré des up and down, le Léopold, quant à lui, a toujours gardé le contact avec l’élite. Le club a pris à temps le train de la professionnalisation. Depuis 25 ans, Bob Maroye assiste à l’évolution du club de l’avenue Dupuich. Son arrivée, perçue comme une bénédiction au Léo, est le fruit du hasard. « Durant les trois années qui ont suivi la naissance de mes jumeaux, je n’ai pas bossé », raconte celui qui habitait alors à Liège. Quand il est revenu, il a frappé à la porte d’Uccle Sport. « Mais, il n’y avait pas de place pour moi. Une semaine plus tard, le Léopold m’a contacté. » Ce professionnel du hockey a ramené le titre au Léo en moins de quatre ans, en 2002. En un quart de siècle, il a célébré quatre sacres chez les Rayés Rouge et Blanc dont le premier en battant en finale… Uccle Sport. « J’ai d’abord embrassé Alain Geens et Etienne Tys qui coachaient les Merles. Nous pleurions à trois. »

Tantôt entraîneur principal, tantôt T2 pour pousser Vincent Van Gucht comme T1, tantôt encore responsable de l’école des jeunes, Bob a les yeux partout. Il hante les travées du club en donnant une importance égale du plus jeune à Tom Boon. « J’ai toujours été un professionnel du hockey. Mon papa rêvait que je sois ingénieur. Mais, j’étais attiré par le sport. Il m’a obligé à passer tous les diplômes possibles dans le sport. Je suis professeur de tennis et de hockey. »

Aujourd’hui, il a fait un petit pas de côté pour laisser la place au tandem Corradini-Vanden Balck. « Bessel, Geens et Corradini sont des grands qui ont toujours bien géré. Je les laisse faire. L’équipe est bien charpentée. Elle joue le titre très clairement. Boccard a beaucoup apporté au milieu tout comme van Strydonck à l’arrière. Sans le Covid et l’affaire Monja, nous aurions pu remporter le titre. Sinon, je donne aussi un coup de main au duo Zimmer-Mommens, responsable de l’école des jeunes. »

Le Léo court derrière son 29e titre alors qu’Uccle Sport est encore loin de prétendre à un quatorzième. Dimanche, un fossé séparera les deux noyaux. « Non, je ne suis pas d’accord, coupe Bob Maroye. Je ne parlerais pas de formalité. Uccle Sport embête souvent ses adversaires. Je m’attends à un match difficile avec une grosse charge émotive et un public nombreux. Uccle voudra relever la tête après sa claque (9-0) à Waterloo. En plus, Robin Geens connaît par cœur les profils des joueurs. »

Geens : « C’est du 80-20 »

De fait, Robin Geens, qui a mené le Léo vers le titre en 2019, forme avec Sofie Gierts un duo de chocs au niveau du coaching. « Nous montons sur le terrain chaque dimanche avec la volonté de prendre trois points. Le rôle de victime consentante n’est pas fait pour nous, explique l’ancien T1 du Léo, passé à Uccle Sport il y a un peu plus d’un an. Le Léo est favori. Je parlerais d’un 80-20. Nous, les derniers, nous affrontons les premiers. Je peux expliquer à mes joueurs comment se démarque un Tom Boon. Après, il faut encore mettre la théorie en pratique avec nos moyens. » S’il veut l’emporter, Uccle Sport devra être très efficace dans les 25 adverses et soigner sa deuxième mi-temps. « Nos soucis en fin de match ne sont pas d’ordre physique. Nous manquons de maturité dans la gestion des émotions. »

Les émotions, elles seront justement de sortie à l’occasion d’un énième derby qui tournera à l’avantage du Léo. Mais ce grand retour présage que d’autres derbys seront encore disputés dans les prochaines années. Et qui sait, la roue tournera peut-être en faveur des Merles, comme dans les années 70 et 80.