Mondial au Qatar: un dernier coup de pression d’Amnesty sur la Fifa

À neuf jours du début du tournoi, l’ONG renouvelle une demande qu’elle avait déjà formulée en mai, conjointement à 24 autres ONG, dont Human Rights Watch, pour remédier aux « abus » dont ont souffert, selon elles, les ouvriers.

Les ONG affirment que de nombreux travailleurs étrangers, principalement d’Asie du Sud et du Sud-Est, ainsi que d’Afrique, ont été exploités et maltraités. Des travailleurs se sont plaints de mauvaises conditions de travail allant du travail forcé aux heures effectuées mais non payées, en passant par un nombre insuffisant de jours de repos.

Certains sponsors de la Coupe du monde comme Adidas, Coca-Cola et McDonald’s ont soutenu le premier appel, et l’équipe australienne de football a dénoncé dans une vidéo la maltraitance des ouvriers qui ont construit ou rénové les huit stades où se déroulera le Mondial.

« Silence remarqué de Gianni Infantino »

« Au milieu de cette clameur croissante, la voix la plus cruciale de toutes a gardé un silence remarqué : celle de Gianni Infantino », regrette la secrétaire générale d’Amnesty International, Agnès Callamard, dans la tribune. « Malgré les assurances privées et publiques de la Fifa, qui a affirmé ‘étudier la proposition’, Gianni Infantino, hormis quelques platitudes, a constamment éludé la question. Il n’a toujours pas répondu à notre lettre conjointe« , poursuit-elle.

Le président de la Fifa a récemment attisé la colère des associations de défense des droits humains en enjoignant aux 32 nations participant au tournoi de « se concentrer sur le football« , dans une lettre dont le contenu a été révélé par Sky News le 4 novembre. Infantino a également prié les équipes de ne plus « donner de leçons de morale« .

Si Callamard note qu’Infantino « avait […] présidé à un changement notable dans l’approche de l’instance dirigeante du football mondial en matière de droits humains« , elle qualifie la demande de l’Italo-Suisse de « tentative grossière et sans équivoque d’exonérer la Fifa de sa responsabilité dans ces atteintes aux droits humains et envers ces travailleurs ». « L’engagement de la Fifa à remédier aux violations auxquelles elle contribue est pourtant inscrit dans sa propre politique« , rappelle-t-elle.

Un « coup de pub », selon le Qatar

Le Qatar a rejeté les appels à une compensation financière, que le ministre du Travail qatari, Ali bin Samikh Al Marri, a qualifiés de « coup de pub » ce mois-ci auprès de l’AFP. Le ministre a affirmé que le pays du Golfe avait déjà mis en place son propre fonds d’indemnisation et qu’il avait distribué déjà des centaines de millions de dollars en compensation de salaires perdus ou non versés. Les critiques des ONG, a-t-il ajouté, relèvent du « racisme ».

« Tout ce que nous demandons à ce stade, c’est que la Fifa s’engage fermement à indemniser les victimes d’atteintes et financer des programmes de prévention, dont un centre où les travailleurs pourront s’informer sur leurs droits et obtenir une assistance et des conseils juridiques« , ajoute Agnès Callamard. « Il suffirait pour cela d’un simple trait de plume de Gianni Infantino. »