Mondial 2026 : La « Team Meli » ne fédère plus les Iraniens.
Les États-Unis et Israël ont décidé d’attaquer la République islamique d’Iran à trois mois d’un Mondial auquel la Team Meli s’est qualifiée. Actuellement, rien ne permet de déterminer si les Iraniens auront la « chance » d’honorer leur participation à la Coupe du monde, ni dans quelles conditions les États-Unis pourraient accorder des visas à leur délégation.
Les considérations sportives en période de conflit ont peu de poids, mais la récente décision des États-Unis et d’Israël d’attaquer la République islamique d’Iran soulève inévitablement des interrogations sur le football, à trois mois d’une Coupe du monde pour laquelle l’équipe iranienne, la Team Meli, s’est qualifiée et doit jouer à Los Angeles et Seattle.
Actuellement, on ne sait pas si les Iraniens auront l’opportunité de participer à la Coupe du monde, ni dans quelles conditions les États-Unis pourraient délivrer des visas à une délégation considérée comme le reflet du régime en place, dont il ne reste qu’une ombre. Les perspectives semblent de jour en jour plus incertaines.
Les joueurs iraniens s’annoncent dans une période tumultueuse, bien qu’ils soient habitués à naviguer dans ces eaux, partagés entre un gouvernement exigeant une loyauté absolue et une population opprimée scannant leurs actes pour comprendre leur position.
« Le gouvernement iranien voit généralement l’équipe nationale de football comme un outil crucial de légitimité et d’unité nationale, plutôt que comme une menace, analyse pour *20 Minutes* Saeede Fathi, première femme iranienne à avoir été nommée rédactrice en chef d’un magazine sportif dans son pays. Les succès sportifs, notamment en football, le sport le plus prisé en Iran, permettent au gouvernement de véhiculer une image positive du pays, tant sur le plan national qu’international. Ainsi, les autorités attendent des joueurs qu’ils ne s’impliquent pas dans des controverses politiques ni ne critiquent le gouvernement. »
### Un lien distendu entre les opposants au régime et les sélections nationales de football
L’actualité récente l’a rappelé. En refusant de chanter l’hymne national lors de leur premier match de la Coupe asiatique en Australie, deux jours après le début des frappes israélo-américaines sur Téhéran, les joueuses iraniennes ont été qualifiées de « traîtres en temps de guerre » et de « summum du déshonneur » par un animateur de la télévision d’État.
Trois jours plus tard, lors de leur deuxième match de poule, contraintes, ces mêmes femmes ont finalement chanté l’hymne de la République islamique d’Iran, craignant des représailles. Bien que cinq d’entre elles aient demandé et obtenu l’asile en Australie, le reste de la délégation ignore quel accueil leur sera réservé à leur retour au pays.
Refuser de chanter l’hymne national est l’un des rares moyens pour ces sportives de manifester leur opposition au régime de Mojtaba Khamenei, nouveau Guide suprême de la République islamique d’Iran. Cependant, les risques qu’elles encourent les poussent souvent à changer de cap en cours de route. C’est une situation bien connue des joueurs iraniens, qui subissent le courroux d’une partie de la population face à ces retournements, vus comme une trahison par les opposants au régime. Saeede Fathi a observé que l’opinion vis-à-vis de la « Team Meli » a changé au fil des années.
« Il y a peu, l’équipe nationale de football était l’une des principales sources de joie pour les Iraniens. En cas de victoire, la population envahissait les rues pour célébrer. Le football pouvait alors dépasser les divisions et les pressions sociales et générer un sentiment d’unité nationale. Cependant, ces dernières années, ce lien s’est considérablement fragilisé. »
Elle, qui vit maintenant en exil en Autriche après deux mois dans les prisons iraniennes en 2021 pour avoir couvert le mouvement « Femme, Vie, Liberté », constate un fossé de plus en plus profond avec la population iranienne en lutte. « Beaucoup pensent que les joueurs de l’équipe nationale exploitent principalement leur notoriété à des fins personnelles et professionnelles, évitant de prendre position sur des questions socio-économiques ou de se ranger ouvertement du côté du peuple. »
Quatre ans plus tôt, lors de la Coupe du monde au Qatar, les joueurs avaient semblé prendre position en ne chantant pas l’hymne national lors du premier match contre l’Angleterre. « Certains y ont vu une preuve de solidarité avec les manifestants, tandis que d’autres l’ont jugé très insuffisant au vue de la situation en Iran à l’époque, confirme Raha Pourbakhsh, une journaliste sportive iranienne exilée à Londres. Lorsque plusieurs joueurs ont déclaré en conférence de presse qu’ils n’étaient pas là pour faire de la politique, cela a été perçu comme une tentative de se distancier du mouvement social plus large qui avait émergé après la mort de Mahsa Amini en 2021. »
« Lors des récentes manifestations en début d’année, où des dizaines de milliers de manifestants ont été tués, de nombreux membres de l’équipe nationale n’ont pas pris de position publique claire, ajoute Raha Pourbakhsh. Seuls quelques joueurs, comme Mehdi Taremi et Sardar Azmoun, ont exprimé des messages de condoléances ou de soutien au peuple sur les réseaux sociaux. Ce silence lors de moments cruciaux a conduit une partie de la société iranienne à ne plus considérer l’équipe nationale comme un véritable porte-parole du peuple ou une force d’opposition au gouvernement. »
### Une sélection étroitement surveillée par le pouvoir
Il n’est cependant pas facile pour eux de se positionner contre le pouvoir, sachant que leur délégation est étroitement surveillée par les autorités, qui n’hésitent pas à y insérer des agents infiltrés pour surveiller leurs faits et gestes lors des compétitions à l’étranger. « La surveillance des équipes nationales lors de déplacements est une pratique courante dans notre pays. Des personnes liées à des institutions de sécurité ou politiques sont intégrées aux délégations officielles sous des titres comme administrateurs d’équipe ou attachés de presse », précise Raha Pourbakhsh.
Ils subissent des menaces de représailles, s’adressant à eux et à leurs familles, comme cela a été le cas au Qatar. « Dès lors, il est difficile de juger de manière absolue les joueurs eux-mêmes, compte tenu des contraintes auxquelles les personnalités publiques sont souvent confrontées en Iran », conclut-elle.
Après la défaite de l’Iran face aux États-Unis en 2022, lors de leur dernier match de poule, où les joueurs ont fini par chanter l’hymne, certains Iraniens sont même descendus dans la rue en brandissant des drapeaux américains pour célébrer la défaite de leur propre équipe, souligne la journaliste en Autriche. Une attitude approuvée par l’ancien boxeur franco-iranien Mahyar Monshipour, opposant au régime, qui soutient totalement l’attaque des États-Unis et d’Israël, affirmant qu’il aurait « voté pour Donald Trump » s’il avait été citoyen américain.
« Je ne pense pas que l’administration Trump accorde des visas à la République islamique. Bien sûr que les joueurs ne sont pas responsables de ce qui se passe dans le pays depuis des années et que cela serait difficile pour eux, mais je considère qu’exclure cette équipe du Mondial serait un message fort. Car elle représente, quoi qu’on en dise, le régime en place », déclare-t-il. Si la question de la participation de l’Iran au Mondial semble secondaire compte tenu des événements récents, Saeede Fathi évoque le risque d’une escalade de tensions sur le sol américain.
« Il est peu probable que la participation de l’équipe nationale à la Coupe du monde véhicule le même sentiment de joie et d’unité qu’auparavant pour la majorité de la population, conclut-elle. Cela pourrait même aggraver les divisions politiques entre partisans et opposants à la République islamique et entraîner des tensions, voire des conflits, parmi les supporters dans les stades américains et à l’extérieur. » La Coupe du monde de football pourrait ainsi prendre une tout autre tournure.

