Masters d’Augusta : dites-le avec des fleurs!

L’Augusta National est né de la volonté de Robert « Bobby » Tyre Jones, l’un des plus grands joueurs de l’histoire. Premier – et seul, à ce jour – champion à avoir remporter les quatre tournois du Grand Chelem la même année (en 1930), cet Américain dominait le golf sans partage, porté par son immense talent. Las de gagner les tournois auxquels il participait, ce Rimbaud du swing arrêta sa carrière à l’âge de 28 ans et se mit en tête de créer le parcours de ses rêves, l’ultime défi, le must absolu. Il acheta donc, au beau milieu de la Géorgie, le terrain d’un horticulteur belge – le baron Louis Mathieu Edouard Berckmans – et fit appel à Alister MacKenzie, l’un des meilleurs architectes de l’époque (déjà auteur de Cypress Point et du Royal Melbourne), pour dessiner les dix-huit trous d’un parkland aux allures de jardin botanique. Ainsi naquit, en 1932, au lendemain de la grande dépression économique, l’Augusta National Golf Club, suprême objet de ses désirs.

Ultra privé !

L’Augusta National est un club à nul autre pareil. N’imaginez surtout pas frapper à la porte du secrétariat pour solliciter, nonchalamment, un greenfee ou consulter la liste des départs. L’endroit est fermé à double tour, sauf pour ses 350 membres privilégiés et triés sur le volet. Et encore : plusieurs mois par an, le parcours est carrément fermé, pour entretien. Il faut en effet qu’il soit proche de la perfection, manucuré comme les doigts d’une jeune mariée, pour le Masters qui, chaque printemps, fait rêver la planète golfique entière.

Du paradis à l’enfer

Bobby Jones n’a jamais caché ses intentions. Il voulait que l’Augusta National oblige tout champion à jouer, sur chaque trou, le coup parfait sous peine de collectionner les bogeys sur sa carte. Le résultat est à la hauteur de ses espérances. Fût-il d’une improbable beauté naturelle, avec ses parterres de fleurs, ses mille et une couleurs et son beau gazon, Augusta se transforme volontiers en enfer pour le joueur avec ses fairways en pente, ses bunkers savamment placés, ses obstacles d’eau, ses petits ruisseaux d’apparence anodins et, surtout, ses greens illisibles et dantesques. Un peu comme si le diable en personne se cachait derrière ce petit coin de paradis…

Le rendez-vous des seigneurs

Depuis 1934, l’Augusta National accueille le Masters (initialement appelé « Augusta National Invitation Tournament »). C’est la seule épreuve du Grand Chelem qui se joue, systématiquement, sur le même parcours. Et personne ne s’en lasse. Parce que l’endroit n’a pas d’équivalent. Parce qu’il couronne systématiquement le meilleur, et rien que le meilleur !

Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter un œil sur le tableau d’honneur du tournoi. On y retrouve tous les grands noms du golf : Gene Sarazen, Byron Nelson, Sam Snead et Ben Hogan, bien sûr. Mais aussi Arnold Palmer, Gary Player et Jack Nicklaus, six fois lauréat. Et puis, plus près de nous, Sevariano Ballesteros, Tom Watson, Bernhard Langer, Nick Faldo, Fred Couples, Jose-Maria Olazabal, Phil Mickelson et « of course » Tiger Woods, cinq fois vainqueur dans ce coin bénit de Géorgie. Lors de son premier triomphe, en 1997, le « Tigre » avait joué sur un nuage et pulvérisé tous les records, terminant le tournoi à 18 sous le par avec 12 coups d’avance. Lors de son dernier sacre, en 2019, il avait signé l’un des plus improbables come-back de l’histoire.

Un terrain manucuré

Au fil des ans, le parcours de l’Augusta National a subi de nombreuses transformations. Il a été allongé pour répondre à l’évolution du matériel et des balles. Des bunkers ont été ajoutés (44 aujourd’hui contre 22 à sa naissance) pour corser le défi et des arbres ont été plantés aux retombées de certains drives. Mieux : le rough – totalement absent à la création du parkland – a fait une discrète apparition le long des fairways, toujours dans le dessein de rendre le challenge plus complexe. Ce n’est pas un hasard si, en général, le vainqueur du Masters éprouve souvent des difficultés à terminer sous le par…

Malgré ces évolutions, Augusta est toujours resté fidèle à la philosophie initiale de ses créateurs. Entretenu quotidiennement par…soixante jardiniers qui vont jusqu’à couper au ciseau les bords des bunkers, c’est le parcours de tous les superlatifs.

La «green jacket »

Le golf est un sport de tradition. Le vainqueur du Masters bénéficie ainsi de quelques privilèges. Il a le droit, d’abord, de choisir le menu du banquet qui sert de prologue à chaque édition et où ne sont priés que les anciens lauréats du tournoi. Il hérite également de la légendaire veste verte, réservée aux membres du club et que le lauréat précédent est tenu de lui passer lors de la cérémonie protocolaire. Seule exception : lorsque le vainqueur est le même que le tenant du titre. Dans ce cas, il a le droit de s’habiller tout seul. Dernier détail : cette « Green Jacket » ne peut être portée que dans l’enceinte du club sauf par le vainqueuyr durant un an. Mais pas question toutefois d’aller faire avec elle la java sur une piste de danse d’Atlanta!

L’Amen Corner

Le fameux « Amen Corner » (trous 11, 13 et 13) – du nom du vieux blues « Shoutingg at Amen Corner » popularisé par le clarinettiste Milton Mezz Mezzrow – s’érige toujours en juge de paix pour le participant du Masters. En l’espace de trois trous, celui-ci est appelé à négocier un par 4 très étroit, un par 3 diabolique avec un green ceinturé d’eau et un par 5 d’une grande traîtrise. Combien d’illusions ne se sont-elles pas perdues dans ce coin sacré. A Augusta, chaque trou porte le nom d’une fleur. Mais sachez-le : les épines ne sont jamais loin…

Parfum de femmes !

Jadis, l’Augusta National était exclusivement réservé à ses membres masculins de race blanche. Grâce notamment aux succès de Tiger Woods, la barrière raciale est tombée au fil des ans. Et en 2013, sous pression, le club géorgien a enfin admis, en son sein, ses deux premières femmes : Condoleezza Rice, l’ancienne Secrétaire d’Etat, et Darla Moore, une célèbre businesswoman. L’endroit n’en reste pas moins ultra-privé et conserve ses us et coutumes d’un autre âge. Le Clubhouse est ainsi réservé aux membres et à leurs (rares) invités. Les règles y sont très strictes. Le membre est obligé d’y porter la « green jacket » qui, en aucun cas, ne peut quitter l’enceinte du club. Si elle doit être nettoyée ou s’il lui manque un bouton, c’est l’Augusta National qui s’occupe de tout !

L’arbre du général

Le club a toujours compté, parmi ses membres privilégiés, de grandes personnalités, à l’instar de Bill Gates ou Warren Buffett. Le Général Eisenhower, passionné de golf, fut l’un des plus célèbres et des plus réguliers sur les greens. Las de retrouver sa balle près d’un arbre sur le trou n°17, il proposa subtilement à la direction du club de… l’abattre. Il n’en fut évidemment jamais question jusqu’en février dernier où le fameux sapin a été détruit par un violent orage de grêle.

Trois Belges

Trois joueurs belges ont déjà participé au Masters. Flory Van Donck a terminé à la 32ème place en 1958. Nicolas Colsaerts a disputé l’épreuve en 2013 mais n’a pas réussi à passer le cut. Quant à Thomas Pieters, seul Belge présent cette année, il a signé une exceptionnelle quatrième place en 2017. Sans un bogey sur le seizième trou, l’Anversois aurait même pu prétendre à la victoire.

Des caddies immaculés

C’est une autre tradition : les caddies du Masters portent tous la même tenue : une combinaison entièrement blanche et une casquette verte portant le logo de l’Augusta National. Depuis 1983, les joueurs peuvent utiliser leurs propres caddies. Ce n’était pas le cas avant où ils devaient s’adjoindre les services des porteurs de sac attitrés du club, tous de race noire. Imaginez le contraste lorsque Tiger Woods remporta, en 1997, sa première victoire avec, derrière lui, un caddie blanc.

Les plus titrés

6 victoires : Jack Nicklaus (1963, 1965, 1966, 1972, 1975, 1986)

5 victoires : Tiger Woods (1997, 2001, 2002, 2005, 2019)

4 victoires : Arnold Palmer (1958, 1960, 1962, 1964)

3 victoires : Jimmy Demaret (1940, 1947, 1950)

Sam Snead (1949, 1952, 1954)

Nick Faldo (1989, 1990, 1996)

Phil Mickelson (2004, 2006, 2010)

Les vainqueurs les plus jeunes

Tiger Woods, 1997 (21 ans, 3 mois, 14 jours)

Seve Ballesteros, 1980 (23 ans, 4 jours)

Jack Nicklaus, 1963 (23 ans, mois)

Le vainqueur le plus âgé

Jack Nicklaus, 1986 (46 ans, 2 mois, 23 jours)

Les 20 derniers vainqueurs

2002 : Tiger Woods (USA)

2003 : Mike Weir (Can)

2004 : Phil Mickelson (USA)

2005 : Tiger Woods (USA)

2006 : Phil Mickelson (USA)

2007 : Zach Johnson (USA)

2008 : Trevor Immelman (Afrique du Sud)

2009 : Angel Cabrera (Argentine)

2010 : Phil Mickelson (USA)

2011 : Charl Schwartzel (Afrique du Sud)

2012 : Bubba Watson (USA)

2013 : Adam Scott (Australie)

2014 : Bubba Watson (USA)

2015 : Jordan Spieth (USA)

2016 : Danny Willett (Ang)

2017 : Sergio Garcia (Esp)

2018 : Patrick Reed (USA)

2019 : Tiger Woods (USA)

2020 : Dustin Johnson (USA)

2021 : Hideki Matsuyama (Jap)