Marathon de Paris : Pourquoi montre connectée, Strava et chrono officiel ne s’accordent jamais ?
Thibaut a enregistré un temps de 39’50 » sur son Strava, mais le site officiel de la course indique un temps de 40’13 ». Selon Quentin Auberger, expert montre connectée, le temps fourni par le site de la course elle-même fait foi.
Il est parfois nécessaire de modifier légèrement la réalité pour forger sa propre légende. Après avoir participé à un 10 kilomètres dans le 14e arrondissement en janvier, Thibaut* se vante auprès de tous d’avoir franchi la mythique barre des 40 minutes sur cette distance, un cap important pour tout coureur. Selon son compte Strava (l’application utilisée par les coureurs pour suivre leurs performances et leurs entraînements – mais aussi par les militaires), son temps est de 39’50 ».
Cependant, sur le site officiel de la course, son temps enregistré est de 40’13 ». Le fameux « sub 40 » n’a donc pas été atteint, bien que Thibaut continue d’y croire. « Strava est un site fiable et précis. Je l’ai fait », soutient-il.
**Seul le temps de la course fait foi**
Dès lors, qui croire ? Thibaut, son Strava et sa notoire mauvaise foi ou le site de la course ? Malheureusement pour lui, les règles sont limpides. Le temps fourni par le site de l’événement est celui qui compte, comme le souligne Quentin Auberger, expert en montres connectées et responsable du marché français de Coros.
La course fournit généralement deux types de temps : le temps pistolet et le temps puce. Le temps pistolet démarre au coup de feu du départ et s’arrête quand le coureur franchit la ligne, mais dans les grandes courses, tout le monde ne part pas exactement au même moment. En effet, certains coureurs sont plus loin dans le sas de départ ou partent à des horaires différents (10h30, 10h45, etc.) pour éviter des encombrements. Il est donc préférable de se référer à votre temps puce, qui démarre lorsque votre puce de dossard passe la ligne de départ, donnant ainsi un temps de course plus précis.
**Strava et ses arrêts automatiques**
Cependant, pour les records officiels ou les normes nécessaires à la participation à des championnats professionnels, seul le temps pistolet est compté. « D’où la compétition au départ pour être parmi les premiers, et les bousculades près de la ligne de départ », précise Auberger. En dehors de ces cas d’excellence, le temps « puce » peut être considéré comme le vrai chrono.
Attention, il arrive que la course vous communique rapidement, parfois par SMS, uniquement votre temps pistolet. Il est judicieux d’attendre un peu et de consulter le site de la course pour connaître votre temps puce, vous évitant ainsi toute déception quant à votre performance.
Mais pourquoi Strava ou votre application mobile ou montre connectée affichent-elles un temps différent ? « Strava s’arrête automatiquement lorsque vous arrêtez de courir, par exemple lors d’un ravitaillement. De plus, si l’application estime que le coureur ne progresse pas assez vite pour être considéré comme en course, elle peut se mettre en pause », explique Auberger. Cette pause automatique peut se déclencher dans de nombreuses applications, surtout lorsque le coureur adopte une allure proche de la marche sans s’arrêter, ce qui peut prêter à confusion, en particulier dans les marathons ou les trails où il arrive que des coureurs marchent longtemps.
**Ne pas arrêter la montre avant la fin de la course**
Une autre source de désaccord dans les temps : « une montre peut être déclenchée trop tôt ou trop tard par rapport au franchissement de la ligne de départ », précise l’expert. Cela ne concerne souvent que quelques secondes. En revanche, une erreur qui peut générer des variations de plusieurs minutes est le fait d’arrêter votre chronomètre lorsque votre montre/application indique avoir atteint la distance ciblée. On le rappelle : votre chrono ne s’arrête qu’une fois la ligne franchie, et non pas en fonction de ce que vous indique votre montre.
Cette donnée peut être particulièrement trompeuse. En effet, il n’est pas rare de dépasser la distance officielle en courant, en raison de manœuvres pour doubler d’autres coureurs ou de déplacements vers des points de ravitaillement. Sur un 10 kilomètres, vous pourriez ainsi parcourir plus de 10 km, sur un semi-marathon plus de 21,094 km, et sur un marathon plus de 42,195 km. Plus la distance est longue, plus les détours risquent de rendre la distance réelle imprécise. Il peut ainsi arriver que, sur un marathon, la distance dépasse 42,7 km, voire davantage.
**GPS douteux**
Contactée par *20 Minutes*, la communication de Strava reconnaît que :
« Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles des écarts peuvent apparaître entre le temps officiel enregistré par la puce lors d’une course et les activités enregistrées via un dispositif GPS. Ces différences peuvent notamment être liées à des imprécisions du signal GPS, aux variations entre les appareils et leurs paramètres d’enregistrement, à la densité de coureurs sur le parcours, aux variations de trajectoire ou encore à d’autres facteurs. »
La distance – ainsi que le rythme – peut alors devenir erronée, entraînant une narration aléatoire.
Dans une course officielle, il est donc fondamental de respecter une règle d’or : « toujours se référer au kilométrage de la course », rappelle Auberger, car chaque kilomètre est généralement clairement signalé, afin d’être conscient de vos temps de passage. Autant de conseils pour permettre à Thibaut, cette fois, de vraiment réaliser moins de 40 minutes (on y croit).
*Le prénom a été modifié (ainsi que son chrono de course, pour éviter que vous le recherchiez sur le site, mais ce n’est toujours pas sub 40).*

