L’Italie ne torpille pas le rapport de Roberto Baggio.
L’équipe nationale italienne a manqué sa troisième Coupe du monde d’affilée en ne parvenant pas à battre la Bosnie en finale de barrage du Mondial 2026. Alessandro Del Piero a déclaré : « L’Italie est désormais la risée du football international. Manquer trois Coupes du monde d’affilée est tout simplement impardonnable. »
Tout semble se perdre dans un monde devenu chaotique. Alors que nous pensions avoir épuisé nos réserves de moqueries à l’égard de l’équipe nationale italienne, notre éternelle rivale, l’équipe que l’on aime détester de génération en génération, nous avons ressenti une petite larmichette de tristesse sur notre joue, mardi soir, après le nouveau désastre de la Squadra Azzurra. Incapables de battre la Bosnie lors de la finale de barrage pour le Mondial 2026, les Italiens vont donc manquer leur troisième Coupe du monde consécutive l’été prochain. Une hérésie, pour ne pas dire une honte, dans ce pays où l’on parle encore avec les mains mais où l’on joue de moins en moins bien avec les pieds.
Quand la fédération ignorait Roberto Baggio et son rapport
« L’Italie est désormais la risée du football international. Rater trois Coupes du monde d’affilée est tout simplement impardonnable. Nous avions autrefois des joueurs de classe mondiale, mais aujourd’hui, les joueurs sont très moyens », a reconnu la légende Alessandro Del Piero, ce génie du ballon, une espèce en voie de disparition de l’autre côté des Alpes.
« Le problème ne date pas d’aujourd’hui, ça fait une quinzaine d’années que les choses se présentent ainsi et que le problème est connu », souffle Emanuele Gamba, journaliste et suiveur de la Nazionale pour La Repubblica. « C’est un problème de culture footballistique en Italie. On ne se donne pas les moyens d’y arriver, tout simplement. Il n’y a pas assez d’argent investi par la fédération et par les clubs pour la formation des joueurs, nous n’avons pas de centre fédéral comme vous avec Clairefontaine. »
Si seulement quelqu’un, disons, une autre légende du football italien comme Roberto Baggio, avait accompli un travail monumental pour mettre en lumière les manquements du football italien et proposer des solutions pour sortir de cette impasse… Mais attendez, il l’a fait ! Le problème, c’est que personne ne l’a écouté. Engagé en 2010 par la Fédération italienne (la FIGC) après l’élimination prématurée de l’Italie lors du Mondial sud-africain, qui annonçait des désastres bien plus graves à venir, le beau Roberto avait pris sa tâche très au sérieux et élaboré un rapport de 900 pages regorgeant de bon sens et de bonnes idées.
« Personne ne l’a écouté… »
Ce rapport recommandait de privilégier la formation des jeunes joueurs, en mettant l’accent sur un travail technique plutôt que sur un bourrage de crâne tactique et une obsession pour les résultats immédiats. Il proposait également de réformer la formation des éducateurs en les incitant à quitter les salles de classe pour fouler le terrain et initier les jeunes au jeu. Baggio suggérait aussi de créer une Masia nationale, une sorte de Clairefontaine à l’italienne, et de revoir en profondeur la politique de scoutisme fédérale.
« Le rapport est resté dans un tiroir. Personne ne l’a écouté, c’est triste mais c’est la réalité », s’attriste Emanuele Gamba. « Il faut dire qu’en Italie, nous n’avons pas de projet fédéral à moyen ou long terme, nous ne vivons qu’au jour le jour. Et puis je pense que c’était aussi une question de politique. Écouter Baggio aurait signifié faire de profonds changements de méthodes, mais aussi de personnel, et cela, pour les dirigeants en place, était hors de question. À la Fédération, ce que veulent les responsables, c’est rester au pouvoir. Le reste… »

Déçu de constater que ses efforts avaient été vains, l’homme à la chaînette en or et à la coupe mulet emblématique des années 90 décidera de « tirer les conséquences » de cet affront en prenant la porte par lui-même, laissant les décideurs de la fédération dans leur égoïsme à court terme. Résultat, rien n’a changé dans un pays où l’on ne jure encore que par le système en 3-5-2, désormais abandonné par le reste du monde, et où l’on a l’impression d’avoir pris un champignon hallucinogène dès qu’un joueur réussit une passe aveugle après avoir dribblé trois adversaires.
« Il y a sans doute un problème de qualité, on ne peut pas le nier », acquiesce notre confrère de La Repubblica. « Nous avons effectivement un gros problème sur le plan technique. Il n’y a quasiment plus de bons joueurs en Italie. Dans les équipes de jeunes, l’accent est toujours mis sur la tactique. Si l’on regarde la meilleure équipe italienne de ces dernières années, l’Inter, il n’y a pas un seul joueur italien capable de dribbler ou de bien comprendre le jeu, c’est terrible. »
Révolution fédérale en vue, de gré ou de force
Maintenu à son poste en 2022 malgré la non-qualification de la Squadra Azzurra au Mondial au Qatar, contrairement à ses prédécesseurs qui avaient eu l’honnêteté de démissionner après de telles déconvenues, Gabriele Gravina, le président de la FIGC, devrait avoir du mal à éviter les critiques cette fois-ci.
Mercredi, lors de l’annonce dans un calme olympien de la tenue d’un simple conseil fédéral pour « faire un bilan », il a eu le désagrément d’entendre le ministre des Sports italien, Andrea Abodi, demander sa démission. « Il est évident pour tous que le football italien doit être refondu, a-t-il écrit dans un communiqué. Ce processus doit passer par un renouvellement au sein de la direction de la FIGC. »
En espérant que le prochain président prendra la peine de fouiller dans les tiroirs de la fédération pour y retrouver le rapport de Roberto Baggio, s’il est encore bien conservé. On ne sait jamais, il pourrait y découvrir quelques idées intéressantes. Et le plus tôt sera le mieux, car given the state of Italian football, quatre années de dur labeur ne seront pas de trop en vue de la qualification pour la Coupe du monde 2030. Peut-être que d’ici là, le Mondial comptera 96 équipes.

