Les forçats de la route

Pour faire du cyclo-cross, il ne faut pas avoir peur de se salir. Musée national suisse / ASL

Voyage dans l’histoire du cyclo-cross. Cette discipline a connu son heure de gloire dans les années 1970 et 1980. Tombée par la suite dans un oubli presque total, elle connaît un certain renouveau.

Ce contenu a été publié le 14 janvier 2023 – 11:00


blog du Musée national suisseLien externe consacré à des sujets historiques. Ces articles sont toujours disponibles en allemand et généralement aussi en français et en anglais.

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Le cyclo-cross est apparu au tournant des XIXe et XXe siècles dans le sud de la France. À l’époque, les coureurs sur route passaient l’hiver sous le soleil de la Côte d’Azur. Là, ils se préparaient à la saison suivante en avalant les kilomètres, tantôt sur routes classiques, tantôt sur des pistes et autres chemins de traverse, n’hésitant pas, si nécessaire, à porter leur vélo sur l’épaule ou à gravir en courant les pentes les plus escarpées. Ainsi est née une nouvelle discipline, dont les premières courses ont eu lieu en 1902.

Le principe n’a pratiquement pas changé depuis: parcourir plusieurs fois de suite un circuit clairement balisé lors de courses de 20 à 60 minutes selon la catégorie. Les athlètes empruntent principalement des prairies, mais aussi des forêts et des champs. En cas d’intempéries, de neige ou de pluie, le terrain se transforme vite en un parcours du combattant dans la boue. En principe, l’itinéraire choisi est plutôt plat, mais il n’est pas rare qu’il soit entrecoupé d’obstacles (pentes raides, voire escaliers) obligeant à porter le vélo. Les vélos utilisés ressemblent beaucoup aux vélos de route, avec notamment le guidon recourbé si caractéristique. Leur structure, cependant, est plus stable, et leurs pneus plus profilés.

En Suisse, les premiers championnats de cyclo-cross ont eu lieu en 1912, sous la houlette de l’association romande de cyclisme, l’Union Cycliste Suisse. Quatre ans plus tard, le Schweizerisches Radfahrer-Bund (Fédération des cyclistes suisses), ancêtre de l’association Swiss Cycling, organise à son tour un championnat. Et à compter de 1924, les deux associations s’associent pour organiser les championnats de Suisse de cyclo-cross. Les Romands mènent la course lors des premières éditions, mais dès la fin des années 20, les athlètes de l’Oberland zurichois prennent la main, qu’ils conserveront longtemps.

Ferdy Kübler lors d’une course de cyclocross en 1940. Musée national suisse / ASL

Si les premiers tournois sont surtout remportés par des coureurs sur route proprement dits, on voit avec les années se multiplier les spécialistes qui se consacrent en priorité au cyclo-cross. Ce qui n’empêche pas les cyclistes de conserver leur polyvalence. Ainsi, Ferdy Kübler, premier Suisse à remporter le Tour de France, fut sacré champion de Suisse de cyclo-cross en 1945.

Albert Zweifel participant à une course sur route en 1976. Musée national suisse / ASL

De la même façon, Albert Zweifel, qui comptabilise le plus grand nombre de victoires de l’histoire du cyclo-cross suisse, prit le départ du Tour de Suisse à 16 reprises – un record! Il joua d’ailleurs un grand rôle dans la popularité du cyclo-cross en Suisse entre les années 1970 et 1990. Mécanicien de formation, cet enfant de Rüti (canton de Zurich) remporta au cours de sa carrière professionnelle (1973-1989) cinq titres de champion du monde, cinq autres médailles lors des championnats du monde, divers titres suisses et plus de 300 courses. Son principal rival, Peter Frischknecht, était Suisse lui aussi, mais dut souvent se contenter de la deuxième place. Comme pour Ferdy Kübler et Hugo KobletLien externe qui s’affrontaient sur route dans les années 1950, le public se divisait en deux camps, partisans de Zweifel d’un côté, ceux de Frischknecht de l’autre.

Même année, même équipe, même cycliste, mais autre discipline: course de cyclocross en décembre 1976. Musée national suisse / ASL

Dans les années 1970 à 1980, le public pouvait suivre régulièrement les actualités du cyclo-cross grâce à l’émission télévisée du dimanche soir – un rendez-vous hebdomadaire qui a sans doute beaucoup contribué à la popularité dont la discipline jouissait à l’époque. Le succès des athlètes suisses, cependant, n’explique pas à lui seul le nombre de reportages consacrés à ce sport. Il se trouve que les courses du dimanche se finissaient souvent l’après-midi et se déroulaient la plupart du temps dans l’Oberland zurichois: les journalistes n’avaient plus qu’à acheminer leurs pellicules jusqu’aux studios de Leutschenbach et à les développer, le dimanche soir, avant la diffusion du sujet consacré aux titres sport du week-end.

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