Sport

JO 2026 : « Pas ce que j’ai envie de montrer »… Le ski alpinisme déçoit ?

Le Français Thibault Anselmet a remporté la médaille de bronze, ce jeudi dans l’épreuve du sprint de ski alpinisme, lancée pour la première fois aux JO. La Française Emily Harrop a reconnu être « un peu déçue » par sa médaille d’argent à Bormio.

De notre envoyé spécial à Milan-Cortina,

Les passionnés de montagne qui associent le ski alpinisme à la Pierra Menta ont dû se rendre compte de l’importance de la première olympique de cette discipline, ce jeudi à Bormio. En effet, il s’agissait d’un univers très éloigné de l’épreuve mythique d’Arêches-Beaufort (Savoie), qui impose un dénivelé positif de 10 000 m à réaliser en quatre jours devant des milliers de spectateurs.

Le Comité International Olympique a en effet choisi d’opter pour le format du sprint. Bien que celui-ci soit bien établi dans le calendrier de la Coupe du monde de ski alpinisme, il ressemble davantage à une course de kilomètre vertical, évoquant l’esprit des jeux télévisés, avec quatre obstacles à contourner, des skis à porter sur le dos pour passer des escaliers artificiels (l’esprit alpin est ici largement oublié), et enfin des peaux de phoque à retirer sous les skis (une manière d’élargir son vocabulaire en ski alpinisme).

Le Français Thibault Anselmet (à droite) a remporté la médaille de bronze, ce jeudi dans l'épreuve du sprint de ski alpinisme, lancée pour la première fois aux JO.
Le Français Thibault Anselmet (à droite) a remporté la médaille de bronze, ce jeudi dans l’épreuve du sprint de ski alpinisme, lancée pour la première fois aux JO. - M. Kappeler/DPA/SIPA

Une descente sans difficulté ni dépassement

Le tout conduit à une finale de descente à ski sur un petit tronçon de piste bleue (en étant optimiste), avec un petit saut au milieu. Ce final, dans un parcours global d’environ 3 minutes, ne correspond pas vraiment à l’esprit olympique. D’ailleurs, aucun dépassement ou changement majeur n’a eu lieu durant cette étrange partie de descente sans grand intérêt.

Victorieuse à quatre reprises de la Coupe du monde de ski alpinisme et titrée sur deux Pierra Menta, la Française Emily Harrop a également un « niveau élite de ski alpin » derrière elle, et tous ces athlètes sont habitués à des hors-pistes exigeants durant la saison. Grande favorite, elle a finalement décroché la médaille d’argent ce jeudi à Bormio et reconnaissait avant les Jeux olympiques sa « déception » de ne pas voir le format individuel (environ 1h30 d’épreuve) retenu.

« Le sprint et le relais sont courts, explosifs et très spectaculaires, mais l’individuel, c’est la course reine, expliquait-elle. Elle fait partie des racines de notre sport, c’est le ski de randonnée à l’état pur. » Cependant, à l’image de l’escalade, autre discipline intégrée aux JO depuis Tokyo 2021, les formats courts ont été favorisés.

Grande favorite du sprint féminin, la Française Emily Harrop a reconnu être « un peu déçue » par sa médaille d'argent à Bormio.
Grande favorite du sprint féminin, la Française Emily Harrop a reconnu être « un peu déçue » par sa médaille d’argent à Bormio. - M. Kappeler/DPA/SIPA

Rémi Bonnet, un Suisse très critique

« On travaille ardemment avec la fédération internationale de ski alpinisme pour que nous restions un sport additionnel aux JO 2030 en France, et nous espérons avoir une nouvelle épreuve avec l’individuel, un format emblématique du ski alpinisme », indique Alain Carrière, président de la Fédération française de la montagne et de l’escalade. Pendant que son compatriote Thibault Anselmet remportait le bronze en sprint masculin, Emily Harrop s’est exprimée avec enthousiasme sur France TV : « Le monde qu’il y a autour de nous, ça fait un bien fou. J’espère qu’ils ont adoré le spectacle. »

Il est clair que ce n’est pas nécessairement l’avis de tous. Dans un format court et cardio, les principales différences entre les athlètes se manifestent lors de leurs transitions pour déchausser/rechausser les skis et enlever les peaux de phoque, et non dans leur vitesse d’ascension, et encore moins de descente. C’est pour cette raison qu’une référence du ski alpinisme et du trail, le Suisse Rémi Bonnet, avait décidé de renoncer ces derniers mois à se préparer pour ces JO de Milan-Cortina 2026.

« Au départ, j’étais vraiment motivé car l’individuel devait être au programme. Mais en apprenant que seules le sprint et le relais mixte figureraient, il était clair que je n’allais pas y participer. Ce sont des disciplines très courtes du ski alpinisme, se déroulant dans un stade, et non sur une montagne hors des pistes. Elles sont arrivées tardivement et, pour moi, elles ont principalement été créées pour les Jeux olympiques. Je n’ai pas de passion pour cela et ce n’est pas ce que je veux montrer aux gens. »

Rémi Bonnet conclut en ajoutant : « On verra si c’est une porte d’entrée pour vraiment montrer le vrai sport par la suite. J’espère qu’en voyant cette épreuve olympique, les gens ne vont pas croire que le sport se résume à ces formats. »

Les JO, « une chance unique » selon Harrop

Thibault Anselmet met en avant les aspects positifs de cette nouvelle dimension olympique de son sport : « Suite à cette annonce du CIO, une dizaine d’athlètes sont devenus professionnels en France. Nous avons maintenant d’excellentes conditions grâce à la fédération et à l’Agence nationale du sport (ANS). Beaucoup de skieurs alpinistes des générations précédentes auraient aimé vivre cela. »

Pour lui, il n’est pas nécessaire de hiérarchiser les différentes disciplines qui composent le ski alpinisme. « Une course comme la Pierra Menta fait toujours partie intégrante de notre sport, tout comme ces épreuves olympiques. C’est cette variété qui rend le ski alpinisme attrayant », souligne le triple vainqueur de la Coupe du monde.

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« Je n’ai pas de préférence quant à ces formats. On ne dira pas en athlétisme que le 10 000 mètres est plus prestigieux que le 100 mètres, c’est similaire ici », conclut le Savoyard de 28 ans. « Cette entrée aux JO, c’est une chance unique dans une vie », confirme Emily Harrop. Nous donnerons tout de même une chance à l’épreuve du relais mixte d’environ 40 minutes samedi (ou pas).