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JO 2026 – Curling : « On sent qu’ils se disputent davantage »… Les couples sont-ils vraiment avantagés ?

L’épreuve de double mixte a démarré le 4 février et se déroule à Cortina, où l’équipe de France ne s’est plus qualifiée depuis Vancouver 2010. Le couple norvégien, vice-champion olympique à Pékin en 2022, a terminé à la 6e place et a été éliminé du tournoi olympique de curling en double mixte.

De notre envoyé spécial à Cortina d’Ampezzo,

À 50 ans, si l’on n’a jamais couvert de curling en direct, cela peut sembler un échec, non ? Les avantages de l’expansion des sites de compétition pour les JO d’hiver de Milan-Cortina 2026 sont clairs : nous n’avons pas vraiment d’excuse pour encore ignorer ce sport, qui, même s’il reste relativement confidentiel, est devenu olympique depuis 1998. L’épreuve de double mixte a commencé le 4 février et se déroule à Cortina, le seul site accessible depuis notre hôtel d’Anterselva (1h30 de navette tout de même).

Lors de deux journées où l’absence de médailles françaises en biathlon se faisait sentir, nous avons donc plongé dans cet univers parallèle fait de balais, de pierres et de maisons. L’essentiel restait à faire : rédiger un article destiné au public français concernant les finales de ce mardi. Cela semblait simple : comment se comportent nos Bleus dans ce Stadio Olimpico del Ghiaccio ? En réalité, ce n’était pas possible, puisque l’équipe de France ne s’est plus qualifiée depuis Vancouver 2010.

Le Canada a remporté l'ultime match entre couples face à la Suisse, lundi dans la patinoire de Cortina.
Le Canada a remporté l’ultime match entre couples face à la Suisse, lundi dans la patinoire de Cortina. - D.J. Phillip/AP/SIPA

Le couple norvégien médaillé d’argent à Pékin

Cette forme de bonhomie entre les joueurs ? Ce n’est pas l’avis du curleur tchèque Vit Chabicovsky, qui réfute cette idée : « On n’a pas besoin d’arbitre, c’est ça l’esprit du curling. Notre communauté est sympa et fair-play, il n’y a rien de plus à en dire. » Pour préciser les choses, nous consultons le site de la fédération internationale de curling. Pour introduire le double mixte de Cortina d’Ampezzo, World Curling précise que les équipes de Suisse, du Canada et de Norvège sont composées de couples hors glace. Bingo !

Il s’agit donc du seul sport des JO permettant à six athlètes (sur 10 équipes en présence) de décrocher une médaille avec leur partenaire. C’est une performance qu’ont réalisée les Norvégiens Magnus Nedregotten et Kristin Skaslien, vice-champions olympiques à Pékin en 2022, et triple médaillés mondiaux. Les voir se hurler des consignes à 20 mètres l’un de l’autre pendant leur ultime rencontre remportée lundi face à la Corée du Sud (8-5) est d’ailleurs assez amusant.

Les Norvégiens Magnus Nedregotten et Kristin Skaslien, ici en action lors des JO de Milan-Cortina 2026, ne sont pas parvenus à confirmer leur médaille d'argent olympique obtenue en 2022 à Pékin.
Les Norvégiens Magnus Nedregotten et Kristin Skaslien, ici en action lors des JO de Milan-Cortina 2026, ne sont pas parvenus à confirmer leur médaille d’argent olympique obtenue en 2022 à Pékin. - F. Shbair/AP/SIPA

Des Suisses « avant tout coéquipiers sur la glace »

Les yeux rougis de Kristin et le visage fermé de Magnus, après une 6e place qui entraîne leur élimination, nous poussent à renoncer à l’interview. Nous préférons nous tourner vers l’équipe suisse, regroupant Yannick Schwaller et Briar Schwaller-Hürlimann. Est-ce une bonne chose de jouer aux JO aux côtés de son épouse ?

« Jouer avec Briar rend tout plus simple sur la glace, car nous nous connaissons par cœur, affirme Yannick Schwaller. Nous savons toujours comment communiquer au mieux. C’est tellement formidable d’atteindre un tel niveau de performance sportive avec celle qui partage votre vie. Et nous veillons à ne pas ramener à la maison les tensions d’un entraînement ou d’un tournoi. » Briar Schwaller-Hürlimann partage cet enthousiasme, considérant leur relation comme un « réel atout » en compétition, même si l’équilibre peut parfois être fragile.

« Étant donné que nous sommes plus directs dans nos interactions que des curleurs qui n’ont que le statut de coéquipiers, ça peut parfois créer un peu de tension entre nous pendant un match. Mais nous avons beaucoup travaillé là-dessus ces quatre dernières années pour être avant tout coéquipiers sur la glace, afin de garantir une meilleure harmonie d’équipe. »

Pas de médaille pour les trois couples

S’en suit la question sur la raison pour laquelle leur couple (7e), tout comme celui des Canadiens Brett Gallant et Jocelyn Peterman (5e), ne concourra pas pour une médaille olympique ce mardi. « C’est simplement une coïncidence si les trois couples du tournoi s’arrêtent là, les matchs de curling mixte basculent souvent sur des détails », explique Yannick Schwaller, qui s’apprête à participer au tournoi masculin.

Avant ce nouveau chapitre aux JO de Milan-Cortina, les deux Suisses se sont longuement réconfortés sur la glace avant d’aller prendre des nouvelles de leur fils River. « Il ne comprend pas encore qu’on joue ensemble, il n’a que 18 mois, sourit son père. Il est parfois perturbé quand nous devons le laisser quelques jours pour participer à des tournois. C’était incroyable de pouvoir partager ces moments olympiques avec lui. Il n’a pas manqué un seul de nos neuf matchs. »

Eliminés du tournoi olympique de curling en double mixte, la Suissesse Briar Schwaller-Hürlimann et son mari Yannick Schwaller ont conclu leur aventure en s'embrassant sur la glace lundi.
Éliminés du tournoi olympique de curling en double mixte, la Suissesse Briar Schwaller-Hürlimann et son mari Yannick Schwaller ont conclu leur aventure en s’embrassant sur la glace lundi.  - F. Shbair/AP/SIPA

River Schwaller, alias « Curling Baby »

Par ailleurs, la presse suisse a abondamment couvert ces derniers jours cette belle histoire familiale en surnommant le petit River « Curling Baby ». Mais comment les adversaires de ces « lovecurleurs » perçoivent-ils cette situation ? Amusé davantage par ce sujet que par notre angle d’auto-arbitrage, le Tchèque Vit Chabicovsky répond avec plaisir.

« On sent qu’ils se disputent plus que les autres équipes quand ça tourne mal, mais je ne m’amuse pas à les taquiner ou à provoquer des tensions entre eux, déclare-t-il. Je pense qu’il y a du positif et du négatif à faire une carrière dans le curling de haut niveau avec sa partenaire. Une chose est certaine : si les Canadiens ont remporté une médaille olympique, c’est avant tout grâce à leur talent, et non parce qu’ils sont en couple. »

A 18 mois, River Schwaller, alias « Curling Baby », a visiblement apprécié sa semaine à Cortina, passée à soutenir ses parents durant leur tournoi olympique.
À 18 mois, River Schwaller, alias « Curling Baby », a visiblement apprécié sa semaine à Cortina, passée à soutenir ses parents durant leur tournoi olympique. - M. Apawu/AP/SIPA

Du bronze pour la fratrie suédoise ?

Nous avons également interrogé le Suédois Sören Gran, entraîneur de l’équipe italienne championne olympique en titre en double mixte, qui vise le bronze ce mardi. « Un avantage d’être en couple en curling ? Ça dépend, disons que ça peut être fantastique si c’est vraiment un couple heureux ! Si l’alchimie est là, cela peut s’avérer un atout majeur, oui », conclut le coach expérimenté.

Notre dossier sur les JO d’hiver 2026

Il ajoute : « C’est spécial d’avoir un tiers de couples dans la compétition, ainsi qu’un frère et une sœur pour la Suède [Rasmus et Isabella Wranaa, encore en lice pour la 3e place]. Mais il est important de comprendre que le curling est un petit sport dans le monde entier, sauf au Canada. Donc, lorsqu’un père joue, ses enfants sont susceptibles de s’y mettre aussi. Comme c’est une communauté qui passe beaucoup de temps ensemble, il est possible que ces couples se soient formés lors des compétitions. » Merci pour cette hypothèse, Sören, nous avons là un deuxième sujet à explorer sur le curling, à publier durant les JO 2030 en France.