JO 2026 – Biathlon : Éric Perrot suit sa médaille avec ses amis
Eric Perrot, actuel leader de la Coupe du monde, était venu en repérage avec sa famille dans le Sud-Tyrol un an et demi avant les JO d’hiver de Milan-Cortina 2026. Le père d’Eric Perrot, Franck Perrot, avait participé au championnat du monde de biathlon 1995 sur le même site d’Anterselva.
De notre envoyé spécial à Anterselva,
« Eric Perrot, laisse-nous chanter ton nom. Notre champion, notre fierté, pour nous tu vas gagner ! » Impossible d’échapper à ce chant si vous croisez la route d’Anterselva, où se trouvent quelques-uns des amis proches du nouveau médaillé d’argent olympique en biathlon individuel. Un an et demi avant les JO d’hiver de Milan-Cortina 2026, l’actuel leader de la Coupe du monde avait fait un repérage dans le Sud-Tyrol avec sa famille.
Pour s’imprégner de l’environnement de sa première véritable aventure olympique à 24 ans, mais aussi pour y réserver plusieurs appartements pour une trentaine de proches. Parmi eux, neuf amis d’enfance, dont Antoine Silvain : « Il est arrivé un jour au restaurant et il nous a dit : « J’ai tout réservé pour les JO, les places pour mes courses et les logements, vous n’avez rien à faire ». C’était incroyable, mais ça le définit tellement, c’est un garçon qui prend toujours le temps pour ses amis malgré les sollicitations ».
« La boule à Perrot » est dans l’air
L’intéressé expliquait sa démarche, ce mardi, avec une deuxième médaille olympique autour du cou en trois jours : « Ce sont mes amis de tous les jours et leur présence ici fait que cet événement sera quoi qu’il arrive dans une autre dimension, parce qu’il y a ce partage. Je prends beaucoup de plaisir à les voir, à savoir qu’ils sont là ». Ce mardi, il ne risquait pas de les manquer, près d’une belle bosse du parcours d’Antholz. En plus de leurs chants entraînants, ils portaient des dossards avec le visage d’Eric Perrot à moitié rasé et l’inscription « La boule à Perrot ». « Ce sont de vrais fous », s’exclame le biathlète à leur sujet.
Une référence à un pari qui avait coûté au jeune biathlète ses cheveux, rasés par Fabien Claude juste après son premier titre de champion du monde à Lenzerheide (Suisse) il y a un an. Ses amis de Peisey-Vallandry (Savoie), qui ont créé un fan-club qui compte aujourd’hui 160 membres, ont remis cette idée au goût du jour. « On a tous fait la coupe mulet après l’or au relais mixte, et ce soir, on aura « la boule à Perrot » s’il gagne l’individuel », plaisante Antoine Silvain (24 ans).

Son pote Gianni se souvient lui avoir « mis de belles raclées » sur les skis
De quoi vivre cette deuxième course de la quinzaine olympique avec encore plus d’adrénaline, à quelques mètres de la famille de son dauphin en Coupe du monde Tommaso Giacomel. À chaque passage de Perrot sur le pas de tir, la bande se prend par les épaules face à l’écran géant, comme s’il s’agissait d’une séance de tirs au but, vibrent pour chaque tir parfait, puis vont recharger leur stock de bières.
Un scénario de rêve, d’autant que le favori du jour « avale terrible sur les skis », comme ses amis aiment le rappeler. À une exception près, il a laissé une balle au tir debout. Cela a mis tout le clan Perrot sous tension jusqu’au bout de l’épreuve. Sans que cela ne les empêche d’évoquer des souvenirs.
« Je peux dire que j’ai mis de belles raclées à Eric sur les skis au collège, sourit Gianni Giachino, qui s’assure de maintenir une ambiance de type Tour de France/UTMB durant tout l’après-midi. Il avait un retard de croissance jusqu’en seconde, il était frêle, et ça faisait alors des différences énormes ». Les amis savoyards aimaient aussi se défier dans les cross de 3 km au collège, où « Eric a par contre toujours été le meilleur », comme ils s’accordent à le dire.
Le père d’Eric Perrot voit un déclic en 2019
Président de cet amusant fan-club, qui avait parallèlement organisé une fan-zone à Peizay-Vallandry, Matéo Mollaret oscille entre rire et émotion : « On rêvait de tout ça quand on était petits. Pendant nos entraînements de ski de fond, on se disait qu’un jour, nous serions tous aux JO. Eric est sur la piste et nous ne sommes pas loin pour le soutenir, c’est incroyable. Nous ressentons beaucoup de fierté. » Une fierté évidemment partagée par le père, Franck Perrot, qui avait participé au championnat du monde de biathlon 1995 sur ce même site d’Anterselva.

Il passe saluer le kop dédié à son fils, tout en rencontrant pour la première fois le père de Tommaso Giacommel. « Je me souviens qu’à l’époque où il était en U19, Eric avait terminé 31e du championnat de France et n’était donc pas qualifié pour la mass-start de sa catégorie. Mais il y a eu une défaillance, Eric en a profité et a terminé 11e de la course. Cela me donne encore des émotions de penser à ce moment car il a été déclencheur pour moi ».
« On ne va pas se plaindre quand même »
Durant cette même année 2019, Eric Perrot enchaîne un titre de champion de France U19 de biathlon d’été puis le sprint du Festival Olympique de la Jeunesse de Sarajevo. « Après cet enchaînement, je me souviens m’être dit qu’il pouvait le faire », explique celui qui est encore entraîneur de biathlon au comité de ski de Savoie. Sur la piste d’Antholz, la meilleure chance française est totalement à la hauteur du rendez-vous, comme c’est souvent le cas depuis un an.
Au point qu’avant l’ultime session de tir de Johan-Olav Botn, Gianni Giachino s’emballe : « Putain, on est tous chauves les mecs ». Le bluffant sang-froid du jeune Norvégien leur laisse un répit, en attendant le sprint, la poursuite et la mass-start. Pour moins de 15 secondes, Eric Perrot doit se contenter de l’argent ce mardi.
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Gianni, qui sent une forme d’abattement dans le groupe à l’arrivée triomphale de Johan-Olav Botn, lance : « Hey, on ne va pas se plaindre quand même : on fait la fête et on voit notre pote remporter deux médailles olympiques ». Pour les deux premières courses de sa carrière aux JO. Pas si mal pour ce jeune homme un peu frêle qui avait l’habitude d’être à la traîne sur les skis au collège.

