IRM : Peut-on vraiment se tromper de genou ? Vérification après les rumeurs sur Kylian Mbappé.
Kylian Mbappé, blessé au genou gauche, aurait été ausculté au mauvais genou, le droit, par le staff médical madrilène en décembre dernier. Selon Valérie Bousson, présidente de la société d’imagerie musculosquelettique, « normalement, [il ne est] pas possible de se tromper de genou lors d’une IRM ».
L’histoire peut faire sourire, mais le Real Madrid n’est pas sûr de lui. Selon des rapports de la presse espagnole et française, Kylian Mbappé, qui souffre d’une blessure au genou gauche, aurait été examiné pour son genou droit lors d’une consultation avec le staff médical madrilène en décembre dernier.
L’attaquant a démenti ces affirmations lors d’une conférence de presse mercredi, avant le match amical entre la France et le Brésil aux États-Unis. Toutefois, cet incident soulève une question technique importante : est-il réellement possible qu’un professionnel se trompe de jambe lors d’une IRM ? Pour répondre à cela, 20 Minutes a consulté Valérie Bousson, présidente de la société d’imagerie musculosquelettique (Sims).
Est-il possible de se tromper de genou lors d’une IRM ?
En principe, non. Pour réaliser une IRM du genou, on installe une antenne, qui est comme un manchon, autour du genou blessé. L’examen ne porte que sur le genou concerné, celui qui est douloureux. L’autre genou n’est pas visible.
Pour qu’une erreur se produise, il faudrait effectuer une exploration généralisée, ce qui n’est pas le cas lors d’une IRM du genou. Dans le cas où l’on recherche des lésions ligamentaires ou des atteintes des ménisques, une antenne spécifique est utilisée, centrée uniquement sur l’articulation à examiner.
Ainsi, si l’antenne est placée sur le mauvais genou, le patient va alerter l’équipe que le genou douloureux n’est pas celui sur lequel l’appareil est installé, mais l’autre. À moins de n’avoir vraiment pas la capacité de communiquer ou de ne pas comprendre ce que l’on fait. [Le joueur a lui-même admis être « peut-être responsable indirectement » en reconnaissant qu’il n’avait « pas communiqué. »]
Je ne comprends pas comment une telle erreur pourrait survenir, que ce soit pour un sportif de haut niveau ou pour n’importe qui.
Et si une IRM des deux genoux avait été réalisée ?
Si l’examen avait concerné les deux genoux parce que le patient avait subi une blessure des deux côtés, on aurait réalisé une IRM sur un genou avec l’antenne dédiée, puis on aurait utilisé la même antenne sur l’autre genou. Ce sont deux examens distincts. L’imagerie pour rechercher des lésions des ligaments croisés, des ligaments collatéraux, des ménisques ou des fractures osseuses se fait avec des antennes spécifiques centrées sur chaque genou.
Les IRM modernes sont des appareils d’une grande performance. Elles permettent des coupes millimétriques, très précises, pour analyser toutes les structures et peuvent déceler les moindres contusions osseuses ou microdéchirures ligamentaires. Ce sont des examens d’une grande sensibilité, que les radiologues savent interpréter avec expertise.
Dans le cas d’un problème de communication, un radiologue se rendrait-il compte de l’erreur ?
Supposons qu’une IRM soit réalisée sur le mauvais genou. Lors de l’acquisition des images, on peut immédiatement identifier si c’est le côté droit ou gauche, car un genou droit n’a pas la même apparence qu’un genou gauche. Les appareils produisent des images avec un repère spatial, comme si le patient était devant le radiologue. Ainsi, si l’on indique à un radiologue de vérifier tel ou tel genou, il devrait s’en rendre compte si ce n’est pas le bon côté. Une telle confusion est quasiment impossible, surtout pour un patient comme Mbappé, où une équipe médicale complète se souviendrait de sa blessure.
Le radiologue aurait également pu être alerté par l’absence totale de lésions sur le genou qui était censé être blessé. Pour ces types de traumatismes, tous les ligaments croisés, antérieurs et postérieurs, ainsi que les ligaments collatéraux (médial et latéral), les ménisques, les os, et toutes les parties molles doivent être examinés pour déceler des dommages liés à la blessure. En général, pour une entorse au football, on s’attend à trouver au moins un léger épanchement, et à ressentir qu’il y a eu un traumatisme, même en l’absence de lésions ligamentaires. Un genou apparaissant totalement normal laisse perplexe. Le radiologue aurait donc été en droit de s’interroger. Ainsi, l’affaire Mbappé est assez singulière.
Est-il grave de continuer à jouer sans un bon diagnostic ?
Je n’ai pas suivi de près le dossier de Kylian Mbappé, mais d’après les informations disponibles, il a subi une lésion du ligament collatéral latéral du genou gauche. Pour ce type de blessure, il y a trois catégories : entorse légère, modérée et sévère. Une entorse de grade 1 ou 2 n’est pas traitée de la même manière qu’une rupture complète.
Si son équipe a permis qu’il reprenne la compétition, cela signifie que cliniquement, la situation n’était pas alarmante. Un bon médecin du sport est capable de déterminer, lors de l’examen clinique, si son patient a une lésion grave ou non. Dans le cas de Mbappé, le fait qu’il ait continué à jouer indique qu’il avait sans doute une blessure relativement mineure.

