Goffin: « Sans confiance, je perds 100 places au classement en terme de qualité de jeu »

Actuellement confiné à Monaco où il vit depuis quatre ans, David Goffin s’est longuement confié à Eurosport.

Le n°1 belge a pu évoquer plusieurs sujets dans le podcast « Echange » de nos confrères français. A commencer par le coronavirus et le confinement. Il évoque notamment les contacts qu’il conserve avec les autres joueurs du circuit: « On se dit comment on s’occupe et on essaye d’avoir des informations sur ce qui se trame en coulisses. Certains nous représentent et cela se fait en bonne entente. Djokovic, par exemple, nous représente bien. Vasek Pospisil aussi. Tout le monde oeuvre dans l’intérêt du circuit. »

S’il n’a pas compris la manière dont Roland Garros s’est reprogrammé, il est plus en accord avec la décision de geler le classement ATP: « Il n’y avait pas vraiment de bonne décision à prendre. C’est injuste pour certains, mais c’était peut-être la solution la plus raisonnable. »

Trêve de confinement et de coronavirus, la discussion a rapidement tourné autour de la balle jaune. L’occasion pour le Liégeois d’évoquer ses débuts sur le circuit: « Au début, je n’avais pas vraiment l’ambition d’être très bon. Heureusement que dans ma dernière année junior j’ai terminé dans le top 10, sinon j’aurais peut-être misé sur les études supérieures. Je sentais que j’évoluais bien, au niveau du jeu et du classement. C’était assez régulier, jusqu’au moment où j’ai pu gagner ma vie. Mais j’étais prêt, si nécessaire, à tout remettre en question et basculer vers les études et un autre domaine. »

Il faut dire qu’adolescent, Goffin a souvent été mis en difficulté par son gabarit. Ce qui l’a forcé à développer des aptitudes pour palier à son manque de puissance: « Ma force, c’est de prendre la balle tôt, d’ouvrir le court et de jouer en avançant, en me servant de la géométrie du terrain notamment. Le problème, c’est que ça repose beaucoup sur la confiance et l’état de forme. Quand je suis moins bien, je peux perdre 100 places au classement en terme de qualité de jeu. Car si je me retrouve quelques mètres derrière la ligne de fond de court, c’est beaucoup plus compliqué. Quant à mon calme sur le court, parfois ça m’aide mais parfois ça me dessert aussi car ça ferait du bien de laisser sortir la frustration, d’extérioriser. Mais c’est comme ça, c’est mon caractère. »

Il fut ensuite question du big three et de son manque de réussite face aux trois géants du circuit, en Grand Chelem. « Déjà c’est plus dur, il y a un set en plus à prendre » explique Goffin. « Mais ils sont meilleurs en Grand Chelem car ils ont une expérience plus grande. Ils ont vécu des tonnes de matches de cette tension et à cette intensité. Ils sont préparés pour ça, ils développent toujours leur meilleur tennis dans ces moments-là. »

« Tout le monde m’a félicité d’avoir pris un set à Nadal, l’an passé à Roland Garros. Mais j’étais à des années-lumières de le battre »

Avant d’évoquer les trois ténors au cas par cas: « Federer c’est un adversaire plus difficile à appréhender que les autres, pour moi. Car c’est toujours spécial de l’affronter et donc il y a cette difficulté supplémentaire qui est de faire un bon match indépendamment de l’adversaire et de ce qu’il représente. La clé, c’est souvent le premier set. Si tu parviens à te relâcher assez tôt dans la rencontre tu peux prendre confiance. Contre Djoko, j’ai toujours eu beaucoup de mal. Parce qu’il fait tout comme moi… mais mieux que moi. Même quand je joue très bien, il parvient à être encore meilleur. J’ai réussi à le battre une fois sur terre battue à Monte Carlo. Ce n’est pas anodin, c’est une surface qui donne un peu plus de temps. Car Novak est typiquement le joueur qui enlève du temps à ses adversaires. Il m’est déjà arrivé de prendre 6-3, 6-2 contre lui en ayant pourtant l’impression d’avoir bien joué. »

Et puis, vient le cas de Nadal: « Tout dépend de la surface. A Roland, sur le court Philippe Chatrier, avec douze mètres d’espace derrière la ligne de fond, c’est très dur de lui mettre un coup gagnant. En fait, tu as parfois l’impression de ne pas être trop dépassé, d’avoir des opportunités. Mais au fil des points, tu te rends compte de la difficulté de le déborder. Il est là, en mode rouleau compresseur, et saisit chaque opportunité. Physiquement il est surpuissant. Et mentalement, il peut maintenir ça pendant des heures. L’année passée je l’ai joué pour la première fois à Roland Garros et en sortant du terrain, tout le monde m’a félicité de lui avoir pris un set. Mais en vérité, j’étais à des années lumières de pouvoir le battre. Les options tactiques ? Ne pas reculer car il va ouvrir le court et prendre son coup droit pour tuer l’échange. Il faut à tout prix rester sur sa ligne de fond et dicter le jeu. Je pense que c’est une erreur de se focaliser sur son revers, qui a nettement progressé. Il faut en permanence le faire bouger, prendre la balle tôt. »

Enfin, le podcast se conclut par un flash back sur la finale de Coupe Davis 2017, perdue face à la France. « Pourquoi je n’ai pas joué le double en finale ? On m’a souvent posé cette question. Mon souhait était de jouer avec Steve Darcis en double car j’ai toujours été meilleur avec lui. Mais il était un peu blessé au coude et il fallait le ménager pour le cinquième match. Et d’un autre coté, Ruben Bemelmans et Joris de Loore préparaient ça depuis des semaines. Ils étaient bons, s’entendaient bien. Le plan était que je me prépare à fond pour mes deux simples, qui n’étaient pas faciles. On a été surpris de voir Herbert et Gasquet en face. D’autant plus que Herbert avait très mal au dos une semaine avant, encore. »

L’ancien format de la Coupe Davis manque un peu à David Goffin, qui n’y avait connu que deux défaites en 24 rencontres: « Le nouveau format n’a pas trop fonctionné, je trouve. Cela dit, quand on voit que la plupart des joueurs du top 20 ne participaient plus à l’ancienne version, il fallait un changement. Mais peut-être fallait-il le faire en concertation avec les joueurs. »