France-Croatie : Continuez à critiquer Deschamps, il adore ça, le bougre

De notre envoyé spécial au Stade de France,
A se demander pourquoi on s’échine, alors qu’on devrait savoir depuis le temps. D’abord des méchancetés à n’en plus finir dans nos colonnes et partout ailleurs, puis DD qui nous rabat le caquet trois jours après en sifflotant. Notez que le sélectionneur des Bleus est grand seigneur : alors qu’il pourrait en profiter pour distribuer les paires de claque, il renvoie vers les joueurs « qui ont tout le mérite » d’avoir produit une soirée pareille.
« Oui, on peut jouer à quatre devant »
Allez, soyons honnêtes, il a souri d’un air un peu supérieur quand notre confrère de la chaîne l’Equipe lui a déroulé le tapis rouge sur cette prestation emballante à base de quatre joueurs offensifs, avant de faire comme s’il n’y était pour rien. « Moi, si je pense que c’est mieux, je ne suis pas là pour… ». Pas là pour vous pourrir la vie ? Il l’a pensé mais il n’a rien dit, reprenant le fil du manager pragmatique qu’il vend à dessein depuis quinze piges : « J’ai pensé que face à cette équipe croate, c’était important de leur créer des problèmes, de mettre de la présence offensive. Et c’est vrai qu’on a réussi de très beaux enchaînements offensifs ». Le tout raconté comme un passage à la boulangerie.
D’ailleurs, et c’est là qu’il est malin, DD nous explique que tout ça se fait naturellement, et que si ça se trouve, cette soirée fondatrice aura une suite, dès le mois de juin contre l’Espagne, alors même que la réalité nous fait deviner un match à 18 % de possession à courir derrière le short de Pedri et compagnie : « Oui, oui on peut jouer à quatre attaquants, à partir du moment où a on a la capacité à faire des efforts, on a très bien fait les contre-pressings aussi, quand tout le monde est concerné, évidemment qu’on peut ». Et bam la petite allusion à un concept tactique dont certains de ses détracteurs pensent sans doute qu’il n’en a jamais entendu parler, toujours l’air de rien.
Répondre aux détracteurs sans avoir l’air d’y répondre
A croire que le patron du foot tricolore avait décidé de cocher toutes les cases de son anti-bingo dimanche. Moi, je ne fais pas confiance aux jeunes ? Et que je te balance Désiré Doué dans la marmite à la 70e, avec tir au but en prime, si ça ne suffisait pas. Lancé comme il était, DD attendait sans doute un petit cadeau de la profession sur ces fameuses séances de tirs au but qui commencent à tourner du bon côté, le nôtre.
Il aurait pu nous parler de loterie, petit rictus de satisfaction aux lèvres, mais comme la question n’est pas venue, il a choisi la modestie : « On aurait dû gagner avant cette séance qui nous a souri une nouvelle fois ». Une pierre dans le jardin de ceux qui lui reprochent de considérer l’exercice avec la vision de l’homme de Cro-Magnon : Deschamps s’en cogne, il laisse dire.
Et comme il était de bonne humeur, il a décidé de régaler tout le monde, quitte à en faire un poil trop. L’entrée de Doué, racontée comme l’apparition de Pelé au Maracana : « Je savais ce qu’il était capable de faire avec son club. Surtout, qu’il ne change pas, sur et en dehors du terrain. Il a vraiment tout, il est mature à 19 ans. Tout est bien cadré, ce n’est pas étonnant car beaucoup de jeunes français arrivent tôt et sont dans le milieu pro. Il y a d’autres jeunes qui ont du potentiel. Je les ai vus avec les Espoirs contre l’Angleterre ». Alors là, on est restés bouche bée. Deschamps, qui, sans qu’on l’y force, sous-entend que Cherki est dans ses petits papiers, c’est du grand art. Pour un peu, il se réconcilierait avec les supporteurs lyonnais, qui ne peuvent plus l’encadrer depuis le sort de banni réservé à Lacazette.
La carotte pour Mbappé
Mais Deschamps restant Deschamps, il faut l’écouter jusqu’au bout. Ainsi, sur la prestation XXL d’Olise : « À partir du moment où je considère qu’il y a du potentiel, même s’il y a eu des matchs plus ou moins bons avec son nouveau club, j’accompagne, je lui fais confiance et aujourd’hui il a été rayonnant dans ce rôle ». Mais, et c’est ce mais qui importe, « j’aurais pu le mettre au premier match, et ça n’aurait pas été la même ». Encore que, le double champion du monde n’a pas tout à fait vu le même match que nous à Split : « Même si c’était difficilement audible, il y avait déjà tout ce qu’il fallait avant le premier match mais on n’avait pas concrétisé ». Ce qu’il faut comprendre ? Olisé aurait pu faire partie du premier wagon pour Split, et on l’aurait crucifié place de Grève, pendant que le staff, lui, aurait vu les germes d’un grand match au retour. Les médias à courte vue, versus un staff à hauteur de vue.
C’est le sens, sans doute, du dernier message transmis par Deschamps avant de s’en aller comme un prince. Critiqué pour avoir donné le brassard à Mbappé plutôt qu’à Griezmann, ce qui doit y être pour quelque chose dans la retraite internationale du joueur de l’Atletico, le sélectionneur a sorti la pommade comme jamais pour réhabiliter son capitaine, apparu aussi volontaire que maladroit cette semaine :
« Kylian a été un formidable leader depuis le début de semaine, avec des prises de parole très justes sur le terrain et en dehors, beaucoup d’enthousiasme et de volonté, et il a été le leader pour préparer ce match aussi. Il a eu une période difficile, on ne va pas revenir dessus mais il a très bien pris le relais de Lloris et Varane après la Coupe du monde 2022. C’est un grand joueur et ça a été un formidable leader et capitaine sur ce rassemblement. » Une semaine comme une certitude : Deschamps ne sera plus là dans un an, mais n’allez pas le penser affaibli, bien au contraire.