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Euro 2026 de handball : « On est rentrés dans le rang »

L’équipe de France a terminé troisième aux Mondiaux 2025 et a été éliminée dès le tour principal de l’Euro, après une défaite face à l’Allemagne. Jérôme Fernandez, meilleur buteur de l’histoire des Bleus, a signalé un risque de déclassement par rapport à d’autres nations telles que le Portugal, l’Islande et l’Allemagne.

Le handball possède un atout indéniable : en alternant les championnats d’Europe et les Mondiaux chaque année, les équipes nationales ont la possibilité de reprendre rapidement du souffle après une contre-performance. En théorie. Cependant, depuis deux ans, l’équipe de France est entraînée par une descente inexorable et peine à retrouver la surface. Après avoir été éliminée en quart de finale lors des JO de 2024, les Bleus ont terminé à la troisième place des Mondiaux 2025, avant de sortir, mercredi, dès le tour principal de l’Euro, le dernier titre qu’ils détenaient.

Suite à une nouvelle défaite face à l’Allemagne, lors d’un match crucial, les Bleus ont dit adieu à leur objectif de début d’année, laissant les Danois, Allemands, Croates et Islandais se disputer le titre continental. Une situation impensable il y a quelques années, lorsque les Barjots-Costauds-Experts-Indestructibles imposaient leur domination sur le handball mondial, s’adjugeant tous les titres avec un appétit insatiable.

La situation est désormais bien moins reluisante et ceux qui étaient habitués à un triplé entrée-plat-dessert se retrouvent à présent sur leur faim. « Nous sommes rentrés dans le rang. Le problème, c’est que pendant des années, on a considéré que la norme était que la France soit championne dans toutes les compétitions, estime Alain Aubard, président de Limoges Handball en Starligue. Champion olympique, champion du monde, champion d’Europe… Le fait de ne plus l’être devient rapidement catastrophique. »

La France a perdu son avance

Le bilan aurait pu être encore plus sombre si Elohim Prandi n’avait pas inscrit un but décisif face à la Suède à l’Euro 2024 juste après le buzzer, ou si Luka Karabatic n’avait pas marqué le but qualificatif en demie lors des Mondiaux 2025 sur le gong. Il est légitime de se demander si la France n’est pas en train de chuter sur la scène du handball, redevenant une nation « comme les autres », alors que ses internationaux jouent dans les meilleurs clubs européens.

« Il y a un risque de déclassement, avertit Jérôme Fernandez, meilleur buteur de l’histoire des Bleus. Des pays comme le Portugal, l’Islande, l’Allemagne progressent, tandis que nous stagnons. Même la Croatie, qui semblait en perdition, a atteint la finale du Mondial l’année dernière et les demi-finales cette année. Autant de nations qui étaient derrière nous et nous ont dépassés. »

Dika Mem a tout tenté face à l'Allemagne, en vain.
Dika Mem a tout tenté face à l’Allemagne, en vain. - Sina Schuldt/DPA/SIPA

Longtemps, le Danemark n’était que le faire-valoir des Bleus. Aujourd’hui, ils ont l’opportunité de détenir tous les titres internationaux, après leur victoire aux JO de 2024 et leur sacre mondial en 2025. « Le Danemark, que nous avions dominé pendant des années, a beaucoup réfléchi et a progressé, ajoute David Degouy, entraîneur de Nîmes en StarLigue. Aujourd’hui, les contre-performances de l’équipe de France ouvrent des opportunités pour être plus fort demain. »

Un problème de sélectionneur ?

C’est un peu le refrain de Guillaume Gille, le sélectionneur des Bleus, qui parle sans cesse de « reconstruction ». « Pour moi, le problème est de savoir comment reconstruire cette équipe et avancer dans cette dynamique, car cette équipe est en construction, reprend David Degouy. Nous avons beaucoup de talent, maintenant il s’agit de savoir comment agglomérer ces talents. Il est possible que certaines générations aient été moins talentueuses, mais étaient beaucoup plus soudées. »

Pour sa part, Jérôme Fernandez refuse d’évoquer la notion de « reconstruction », alors que la base de l’équipe de France a déjà plusieurs années d’expérience commune :

« Cette équipe est “armée” pour obtenir des résultats. Actuellement, nous sommes dans l’optimisation de cette génération. Il faut que le jeu de cette équipe progresse avec le temps. Or ce n’est pas le cas. Je ne sais pas s’il faut changer de sélectionneur. Ce qui est certain, c’est que le choix de remplacer Erick Mathé par Yohann Delattre dans le staff n’a pas apporté de solutions sur le plan tactique et de progression. Nous avons vu les limites de cette équipe. Face à une forte adversité, il n’y a pas de solutions claires. Et quand nous affrontons des techniciens comme Alfred Gíslason (Allemagne) ou Jordi Ribera (Espagne) qui posent des problèmes, nous ne réussissons pas à y répondre. Nous ne sommes pas capables de nous adapter. »

Cette incapacité du sélectionneur, en poste depuis 2020 sans expérience préalable, à modifier le système défensif lors du match contre l’Allemagne, où les Bleus, bien regroupés devant leur zone, n’ont jamais su contrer les tirs longue distance de Knorr ou Grgic, est également révélatrice. De même que le choix d’emmener un seul demi-centre de métier à l’Euro après la blessure de Nedim Remili. « De plus, sur le plan offensif, nous avons marqué beaucoup de buts, mais principalement en jeu rapide. Nous avons eu des difficultés en attaque placée, reprend Jérôme Fernandez. 

Une remise en cause globale du handball français ?

Interrogé par beIN Sports sur son avenir après l’élimination des Bleus, Guillaume Gille a été évasif. « Nous sommes pointés du doigt, tout comme Didier Deschamps ou Claude Onesta. Les responsabilités sont partagées. Il nous faut tous nous remettre en question pour améliorer nos processus et notre fonctionnement entre les clubs professionnels et la fédération. C’est crucial pour l’avenir de notre sport, afin d’attirer des droits TV plus lucratifs et pour que notre équipe de France puisse à l’avenir remporter des titres. Cela doit être une dynamique collective. »

Ces désillusions successives des Bleus pourraient-elles avoir des retombées encore plus significatives sur l’ensemble du handball français ? Nos trois experts sont sceptiques. « Être moins performant actuellement, à court terme, je ne pense pas que cela affectera particulièrement les clubs, assure Alain Aubard. Il n’y a pas eu de répercussions positives quand nous avons remporté des titres. » « Je suis plutôt confiant sur le fait que cela n’entraînera pas non plus des conséquences négatives graves. Enfin, même sur le plan médiatique, cela sera difficile d’en parler moins. »

« Je ne crois pas que la popularité ou la dynamique du handball s’arrêtent à une ou deux compétitions, conclut l’entraîneur de Nîmes. La force de notre sport repose aussi sur la dynamique féminine. Nous avons encore obtenu une très belle médaille de bronze aux Mondiaux. » La femme, l’avenir de l’homme, c’est une affirmation bien connue.