Équipe de France de handball : Talant Dujshebaev, légende du terrain devenu coach
Talant Dujshebaev a été nommé mardi au poste de sélectionneur de l’équipe de France, en remplacement de Guillaume Gille, après la 7e place lors du dernier Euro. Son palmarès inclut quatre Ligues des champions et 30 titres nationaux, acquis notamment avec Ciudad Real (2005-2013) et Kielce (depuis 2014).
Pour ceux qui s’intéressent un peu au handball, le nom de Talant Dujshebaev est forcément connu. Peut-être en rapport avec l’époque des Barjots, lorsqu’il a mené l’équipe éphémère du CEI à la victoire olympique en 1992, après la dissolution de l’URSS. Ou peut-être pour son rôle en Espagne au début des années 2000, alors qu’il continuait à briller sur les terrains internationaux, même après 30 ans.
Quoi qu’il en soit, Talant Dujshebaev est une figure marquante, un talent qui le place parmi les légendes du handball.
« Électrochoc »
Sa nomination en tant que sélectionneur de l’équipe de France mardi, remplaçant Guillaume Gille, qui a connu des échecs consécutifs (7e au dernier Euro, 8e aux JO de Paris), marque un véritable tournant. Il est rare qu’un entraîneur étranger prenne en charge une équipe aussi emblématique du sport français, un événement qui n’était pas survenu depuis l’Allemand Bernhard Kempa en 1958. « Nous avons besoin d’un électrochoc », a déclaré Philippe Bana, président de la FFH. « Nous ne voulons pas croire que l’équipe de France est moins performante qu’auparavant. »
Il est vrai que l’équipe ne manque pas d’individualités – Dika Mem, Ludovic Fabregas, Nedim Remili, pour n’en nommer que quelques-uns. Cependant, sa force collective s’est affaiblie ces dernières années, une réalité indiscutable. La France est capable de se hisser sur un podium mondial (2023, 2025) comme de connaître une chute inattendue lors d’un événement crucial (2024) ou de subir une humiliation à l’Euro (2020). En d’autres termes, elle est « arythmique », comme l’a justement souligné Bana. Talant Dujshebaev doit remédier à ce problème.
La Fédération l’a choisi pour son statut de « numéro 1 incontesté mondialement ». Jérôme Fernandez, ancien capitaine des Bleus (390 sélections), souligne que c’était une bonne décision, affirmant sa connaissance approfondie de l’entraîneur hispano-kirghiz, avec qui il a joué à Ciudad Real (2008-2010). Contacté mercredi matin, il ne tarit pas d’éloges :
« Son parcours lui a permis de comprendre toutes les cultures de jeu au monde. Tactiquement, il est extrêmement minutieux. À Ciudad Real, nous faisions une heure de vidéo chaque jour, que ce soit pour analyser le match ou préparer les prochains. Il ne laisse aucune place au hasard. De plus, c’est un meneur d’hommes exceptionnel, capable de gérer un vestiaire et les ego. »
Ce trait est essentiel. Dujshebaev est un entraîneur très charismatique. « Physiquement et psychologiquement, il impose beaucoup », ajoute Fernandez, qui précise aussi qu’il n’hésite pas à secouer ses joueurs si besoin. « Oui, il est exigeant et parfois colérique, mais cela se fait de manière appropriée. C’est pourquoi il est respecté par tous ceux ayant joué sous ses ordres. Il a un tempérament fort, et il est constamment concentré sur l’attitude des joueurs, leur rendement à l’entraînement, leurs performances, etc. Et il met l’accent sur la réussite collective plutôt que sur l’utilisation individuelle des joueurs. »
L’ancien demi-centre, né à Frounzé pendant l’ère soviétique (aujourd’hui Bichkek, au Kirghizistan), a utilisé sa riche expérience en tant que joueur pour façonner l’entraîneur qu’il est aujourd’hui. Son succès en club est incontestable. Ses mandats en Hongrie (2014-2016) et en Pologne (2016-2018) sont moins impressionnants, mais son palmarès avec Ciudad Real (2005-2013) et Kielce (depuis 2014) en dit long : quatre Ligues des champions, autant de finales et 30 titres nationaux.

« Quand on n’a pas été dans son vestiaire, on ne peut pas comprendre pleinement qui est Talant Dujshebaev en tant qu’homme, son caractère et ce qu’il peut apporter au handball. Mais son expérience parle d’elle-même », explique Fernandez. De plus, l’homme est « un amoureux de la France », ayant nommé l’un de ses deux fils (internationaux espagnols) Daniel en hommage à Daniel Constantini, souligne Philippe Bana.
Avec près de quarante ans d’expérience dans le milieu, le champion du monde de 1993 connaît parfaitement le secteur. Il sait comment les choses fonctionnent, avec qui discuter, et comment aborder les sujets. Cela peut s’avérer précieux. « Il est très respecté par les instances. Quand il exprime une insatisfaction, cela a du poids », conclut l’ancien capitaine des Bleus, impatient de voir l’avenir avec cette nouvelle direction.
Des joueurs comme Nicolas Tournat, Dylan Nahi, Benoît Kounkound ou Théo Monar connaissent déjà Dujshebaev pour avoir joué sous ses ordres en club. « Pour les autres, ça va être un vrai choc culturel. Ils devront s’adapter à ce que Talant demandera », prévient Fernandez. En tout cas, un nouveau souffle se prépare pour une équipe qui en avait grand besoin.

