Constance Schaerer parle de sa vie après l’Everest et les sept sommets.
En mai dernier, Constance Schaerer est devenue, à 26 ans, la plus jeune Française à atteindre le sommet de l’Everest. Près de 1.500 personnes sont attendues dans la célèbre salle parisienne du Grand Rex pour la projection du film de son ascension, ce jeudi soir.
En mai dernier, Constance Schaerer est devenue, à 26 ans, la plus jeune Française à atteindre le sommet de l’Everest. Ce n’est pas son premier exploit, car l’Alsacienne avait déjà escaladé le Kilimandjaro en Afrique, l’Aconcagua en Amérique du Sud et le Denali (ou Mont McKinley) en Amérique du Nord. La jeune femme s’est engagée dans le défi de conquérir les plus hauts sommets de chaque continent, afin d’exaucer un vœu de son père Marc, décédé d’un cancer du pancréas alors qu’elle n’avait que 9 ans.
En attendant de compléter sa collection avec l’Elbrouz (Europe), le massif Vinson (Antarctique) et le Puncak Jaya (Océanie), elle présentera ce jeudi soir au Grand Rex le film de son ascension du Toit du monde.
Près de 1 500 personnes sont attendues dans la célèbre salle parisienne, un succès remarquable pour elle, qui a débuté sur une page blanche en 2021. Depuis, elle a fondé son association « 7 sommets contre la maladie », qui soutient des enfants dont un parent est atteint de cancer ou qui ont perdu un parent. Sébastien Loeb, Fabrice Amédéo et Mehdi Zidane, le neveu de Zinedine Zidane, sont les parrains de l’association, et de nombreuses personnalités ont déjà exprimé leur soutien. Constance Schaerer, qui compte désormais près de 100 000 abonnés sur Instagram, partage avec nous cette incroyable aventure qu’elle considère « encore à ses débuts », assure-t-elle.
*Ouverture des portes ce jeudi soir à 18h30. Il reste des places.
Que représente pour vous cette soirée au Grand Rex ?
C’est un accomplissement et une belle reconnaissance. Se retrouver au Grand Rex, alors que j’ai lancé un projet très personnel il y a quatre ans, c’est génial. C’est la plus grande salle de cinéma d’Europe, et probablement la plus belle également. L’objectif initial était de rassembler beaucoup de personnes autour de ce projet, et nous sommes en train d’y parvenir petit à petit. Même si la plus grande ascension, celle de l’Everest, est déjà derrière moi, ce n’est encore que le début de l’histoire. Ça va être génial et c’est gratifiant de se dire que nous pouvons réaliser des films et poursuivre nos rêves.
Vous imaginiez, avant l’Everest, que cela représenterait à ce point une bascule pour vous ?
Je savais qu’il y aurait des changements, car l’ascension de l’Everest est celle dont on parle le plus. Je savais aussi que si j’atteignais le Toit du monde, je serais la plus jeune Française à y parvenir, ce qui changerait un peu le cours de l’histoire. Ensuite, j’ai essayé de ne pas trop penser à la suite, à quels seraient les impacts, etc. C’était pour ne pas me mettre la pression pendant l’expédition et pouvoir vivre mon projet pleinement. De plus, si l’on envisage trop grand, cela peut engendrer une forme de déception. Donc, je me suis laissée porter, en me disant que nous verrions bien. Finalement, c’est formidable parce que les retombées n’ont pas cessé après un mois ou deux ; cela continue de croître, et nous avons beaucoup de projets en cours, des sollicitations qui m’intéressent énormément.
Vous avez rencontré de nombreuses personnes ces cinq dernières années, comme Mike Horn, Christine Janin ou Jacques Marmet. Qui vous a le plus marqué ?
Je dirais que Christine Janin m’a particulièrement impressionnée. C’est la première femme à avoir réussi le défi des sept sommets, la première Française à atteindre le sommet de l’Everest, et elle a également fondé une association [« A chacun son Everest »]. Elle a accompli beaucoup de choses et nous partageons de nombreuses similitudes dans nos parcours, notre détermination et notre envie d’aider les enfants. Néanmoins, chacun a été réellement inspirant. Au cours de ces quatre dernières années, j’ai beaucoup ressenti de solidarité et de soutien, des gens qui tenaient vraiment à être présents. C’est ce qui est le plus gratifiant aujourd’hui : vivre ces succès ensemble.

En 2022, vous avez gravi le Mont-Blanc tout en écrivant votre mémoire de fin d’études. Le sujet était « quels sont les leviers qui permettent à l’homme de générer du sens dans la réalisation de sa vie ». Est-ce que vous l’écririez différemment aujourd’hui ?
Franchement, non, car cela m’a beaucoup aidée à comprendre sur quoi je devais me concentrer. J’essaie de me focaliser sur des actions qui auront un impact à long terme, plutôt que de réaliser des projets ponctuels. L’idée est de réfléchir sur l’année entière, à comment la structurer pour qu’elle ait le plus de sens possible, en accord avec mes valeurs.
La question était aussi de savoir si le sens que vous donnez à votre vie a évolué avec ce projet…
C’est intéressant, car lorsque j’ai rédigé ce mémoire, j’avais déjà en tête le défi des sept sommets. Je l’ai écrit justement pour essayer de déterminer quelle direction je devais prendre, car c’était un moment compliqué pour choisir. Je sortais d’une école de commerce, et j’aurais pu décrocher un super emploi dans une belle entreprise. C’est difficile de se dire « je quitte tout pour faire autre chose », surtout quand tes amies signent leurs premiers contrats. Ce sont des choix de vie difficiles à prendre.
Après avoir gravi l’Everest, est-il compliqué de se motiver pour repartir ? Ne ressentez-vous pas une certaine décompression ?
Je n’ai pas ressenti cela depuis l’ascension, mais aussi parce que je n’ai pas eu de moment de pause. Ça a été une course contre la montre depuis, avec très peu de temps pour réfléchir. La projection de jeudi sera justement le dernier chapitre de l’Everest, après quoi je vais me consacrer à un nouveau projet que nous annoncerons à cette occasion. Donc, pour l’instant, je n’ai pas eu ce moment de « down », mais cela finira par arriver, et c’est normal ; je ne peux pas vivre à 100 à l’heure en permanence.
Savez-vous à peu près quand vous partirez pour les trois sommets restants ?
Nous ferons des annonces jeudi, mais, en gros, l’objectif est de terminer ce défi d’ici mi-2027.
Pensez-vous déjà à ce que sera votre vie après cela ?
Oh, elle sera toujours aussi riche et intense, car je ne sais pas m’arrêter. J’ai toujours plein d’idées et de projets que je souhaite développer et créer. Ma vie après l’accomplissement des sept sommets se centrera autour de mon association, en continuant à aider ces enfants, en collaboration avec l’éducation nationale, les hôpitaux, les psychologues. Évidemment, il y aura encore de nombreux défis. J’aimerais adopter une position d’« aventurière française », en découvrant tous les sports liés à la montagne, ainsi que d’autres univers, comme la voile notamment.

Pensez-vous parfois à la vie que vous auriez connue si votre père était toujours là ?
Oui, j’y pense souvent. Il me manque énormément, et je souhaite qu’il puisse voir tout cela. Mais je me dis aussi que s’il était encore présent, il ne le verrait pas, car cela n’existerait pas. J’ai totalement accepté le décès de mon père et que la vie a pris ce tournant. Bien sûr, il y a toujours une grande tristesse et incompréhension, comme tous les enfants, en se demandant « pourquoi cela doit arriver à moi ? Pourquoi le cancer touche certaines personnes et pas d’autres ? » Cependant, je pense qu’il ne sert à rien de regarder en arrière. Le message que mon père voulait me transmettre, c’est de vivre à 100%, de vivre intensément et de réaliser de grandes choses.
Et votre mère, comment vit-elle tout cela ?
(Elle sourit) Ma maman n’a pas facilement tous les jours, car tout tourne souvent autour de mon père. Elle est extrêmement présente pour moi, se dévouant entièrement à ce projet et à l’association. Au début, je pense qu’elle n’y croyait pas vraiment, il y avait une certaine réticence. Maintenant, elle comprend ce qui se passe, l’enthousiasme qui entoure l’association. Lorsqu’elle voit les familles que nous soutenons, les échanges avec les parents et les enfants, il est impossible de rester indifférente. En tout cas, nous avons une très forte complicité ; elle me soutient à 1000% et essaie d’être là autant qu’elle le peut pour m’aider. J’ai une super maman.

