Comment le Qatar a tenté de blanchir sa réputation depuis Genève

Illustration Helen James / swissinfo.ch

Le Qatar a choisi Genève pour lancer une vaste campagne de relations publiques dans le but d’obtenir la Coupe du monde de football et d’imposer sa vision du sport. De là, l’émirat a accès à la FIFA, aux institutions des Nations Unies, aux chefs d’État et aux diplomates. SWI swissinfo.ch a enquêté sur les liens entre le Qatar et la ville suisse.

Ce contenu a été publié le 10 novembre 2022 – 09:00


The GuardianLien externe révèle qu’au moins 6’700 employés migrants ont perdu la vie au Qatar entre 2010 et 2020. Beaucoup d’entre eux seraient morts d’épuisement, de la chaleur et des conditions de travail généralement dangereuses.

Sous la pression notamment de la Confédération syndicale internationale basée à Genève et de l’Organisation internationale du travail, le Qatar a annoncé des réformes sept ans après avoir remporté la candidature à la Coupe du monde. L’émirat a notamment prévu d’interdire le travail en extérieur à la mi-journée durant les mois d’été, d’autoriser les employés à quitter le pays sans la permission de leur patron et d’instaurer un salaire minimum. L’ONG Human Rights Watch indique toutefois que ces mesures ont été «terriblement inadéquates et mal mises en œuvre».

Des enquêtes sur le processus d’attribution de la Coupe du monde de football 2022 ont aussi été lancées. Fin 2021, le département américain de la justice a déclaréLien externe que plusieurs responsables de la FIFA avaient reçu des pots-de-vin pour voter en faveur de la candidature du Qatar en 2010. En France, une enquête est en cours sur une rencontre qui a eu lieu quelques jours avant l’attribution de la Coupe du monde 2022 entre l’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, l’ex président de l’Union européenne des associations de football (UEFA) Michel Platini et l’émir du Qatar. La justice soupçonne que des avantages économiques ont été obtenus en échange d’un vote français. Aucune mise en examen n’a été prononcée à ce jour.

À moins d’un mois du lancement de la Coupe du monde, l’émir du Qatar, Tamim ben Hamad Al-Thani, a décrit l’événement comme «une opportunité humanitaire majeure» lors d’un discours devant le Conseil de la Choura, l’organe législatif du pays. Il a condamné les critiques envers le Qatar et les a qualifiées de «fabrications».

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Des «études de faisabilité» de l’instance mondiale du football ont ensuite affirmé que le tournoi ne serait pas viable pendant le créneau estival habituel. Néanmoins, le coup d’envoi a été confirmé pour fin novembre-début décembre 2022, au grand désespoir des organisateurs de compétitions européennes et des supporters.

Les États-Unis et le Royaume-Uni, qui avaient posé leur candidature pour les Coupes du monde 2018 et 2022, ainsi que la Corée, le Japon et l’Australie, ont longtemps été considérés comme les favoris. Mais l’intense lobbying du Qatar, le penchant discutable de la FIFA à soutenir un régime autoritaire plutôt que la démocratie pour mettre sur pied l’événement et le potentiel développement du sport dans la région ont joué en faveur de l’émirat. Jérôme Valcke, ancien secrétaire général de la FIFA, admettait en 2013 que «moins de démocratie est parfois mieux pour organiser une Coupe du monde». Depuis, il a été condamné en Suisse pour avoir accepté des pots-de-vin.

En 2015, des enquêtes menées aux États-Unis et en Suisse ont abouti à la révélation d’un vaste scandale de corruption au sein de la FIFA, suivie de l’arrestation de hauts dirigeants et de la fin du mandat de Sepp Blatter.

Bien qu’il ait remporté l’appel d’offres, le Qatar a vu sa réputation en tant qu’hôte sportif crédible et transparent gravement écornée. Les rapports des organisations de défense des droits humains sont venus ternir le discours narratif optimiste que le pays souhaitait livrer. Ils faisaient état d’abus et de décès de travailleurs migrants construisant les infrastructures de la Coupe du monde. 

Avant même sa candidature, le Qatar, conscient de sa mauvaise image internationale, a cherché à obtenir le soutien d’organisations sportives, de chefs d’État et de diplomates. Il a choisi Genève pour mener une vaste campagne de relations publiques.  

Cette enquête en trois parties montre les efforts déployés par l’émirat pour blanchir sa réputation, ainsi que le rôle joué par Genève dans cette opération marketing.  

Traduit de l’anglais par Zélie Schaller

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