Henriette de Belgique, princesse oubliée

Henriette de Belgique est l’une des 28 princesses que le royaume de Belgique a compté depuis 1831. Elle fait aujourd’hui partie de ces princesses oubliées de l’Histoire de notre pays. Gros plan sur sa vie.

C’est le 30 novembre 1870 que la comtesse de Flandre, épouse du prince Philippe, frère du roi Léopold II, met au monde des jumelles Henriette et Joséphine à la résidence familiale, un hôtel de maître situé à l’angle de la place Royale et de la rue de la Régence, qui est aujourd’hui le siège de la Cour des Comptes à Bruxelles. La princesse Joséphine décédera deux mois plus tard.

Henriette qui a pour marraine sa tante, la reine Marie-Henriette, grandit au sein d’une famille très pieuse et unie, à l’inverse du foyer du roi Léopold II. Elle est très proche de son frère Baudouin qui sera un jour appelé à devenir le 3e roi des Belges puisque Léopold II n’a pas d’héritier mâle depuis la mort de son fils.

La princesse reçoit une éducation raffinée. La vie de famille se déroule entre Bruxelles, leur résidence de campagne les Amerois et les visites en Allemagne dans la famille de sa mère les Hohenzollern-Sigmaringen.

Une grande douleur sera le décès inopiné de son frère Baudouin en 1891, projetant son plus jeune frère Albert sur le devant de la scène.

Henriette est ce que l’on nomme un excellent parti du Gotha. Elle est deux fois nièce de rois : Léopold II et le roi Carol I de Roumanie (né prince de Hohenzollern), sœur de futur roi, et ses parents disposent d’une fortune importante. Le 12 février 1896, elle épouse le prince Emmanuel d’Orléans, duc de Vendôme, fils du duc d’Alençon et de la duchesse Sophie-Charlotte en Bavière, l’une des sœurs de l’impératrice Sissi.

Le couple va mener grand train de vie jusqu’à la disparition précoce du prince en 1931. Leur hôtel de maître de Neuilly-sur-Seine accueille de brillantes soirées et Henriette est l’une des reines de la Belle Époque. Le couple a eu quatre enfants : Marie Louise (1896-1973), Sophie (1898-1928), Geneviève (1901-1983) et Charles-Philippe, duc de Nemours (1905-1970).

Henriette est restée proche de sa famille belge. Elle revient régulièrement en Belgique en particulier après le décès de la reine Astrid en 1935, se montrant toujours très disponible pour son neveu le roi Léopold III.

Elle ne cache pas dans son abondante correspondance qu’elle est tombée sous le charme de la princesse Lilian, pourtant si décriée par l’opinion publique.

La Seconde Guerre mondiale la plonge dans l’embarras financier. Elle se replie sur son château de Tourronde en Savoie. Elle a dû faire face aux dépenses successives de son fils le duc de Nemours qui épouse en 1928 une roturière américaine Marguerite Watson, au plus grand désespoir de la princesse.

Une affaire Duchesse de Windsor avant l’heure dont la très protocolaire Henriette se serait bien passée. Au fil du temps, elle s’entendra à merveille avec sa belle-fille qui parvint à assagir le bouillant Chappy.

En 1946, elle retrouve le roi Léopold III et les siens à Gstaad en Suisse où ils viennent de s’installer après leur libération en Autriche, et dans l’attente de la résolution de la Question royale. Henriette refuse d’ailleurs de mettre un pied en Belgique avant que son neveu ne soit rétabli dans ses droits.

Jusqu’à la fin de sa vie, elle continue à entretenir des liens avec le Gotha par courrier ou lors de visites comme le prince Rainier de Monaco. Si son patrimoine financier avait fondu comme neige au soleil, la duchesse de Vendôme conservait encore des biens immobiliers et surtout d’importantes archives qu’elle eut toujours à cœur de protéger et qui étaient devenues son obsession quant à leur conservation.

Le 28 mars 1948 à Sierre en Suisse, la princesse Henriette de Belgique rend son dernier souffle en présence de son fils. Les obsèques se déroulent à Dreux, fief de la famille de France. Sa belle-sœur la reine Elisabeth fait le déplacement. C’est d’ailleurs en 1897 à Paris lors des funérailles de la duchesse d’Alençon (belle-mère d’Henriette) que la reine Elisabeth fit la connaissance de son époux le futur roi Albert Ier.

Dans son testament, la princesse stipulait : « Je vous confie aussi nos précieuses archives pour lesquelles j’ai eu tant de travail de classement et qui sont un puits d’histoire pour nos familles. »

Ses enfants décidèrent de les séparer en deux lots. L’un alla à sa fille Geneviève, marquise de Chaponay et l’autre à son fils le duc de Nemours. La marquise de Chaponay en fit don aux Archives nationales à Paris tandis que celle du duc de Nemours fut vendue à l’État belge après sa mort en 1970.

Pour en savoir plus sur le destin de la princesse Henriette de Belgique : Henriette, Duchesse de Vendôme, Dominique Paoli, Éditions Racine, 2000, 272 p.