De Louise-Marie d’Orléans à la professionnelle Mathilde, qui ont été les sept reines des Belges

L’archiduchesse Marie Henriette d’Autriche (1836-1902) est née à Buda en Hongrie. Cavalière émérite, elle épouse aussi dans le cadre d’un mariage arrangé par les familles Léopold, Duc de Brabant, futur Roi des Belges. Marie Henriette l’épouse en 1853 à l’âge de dix-huit ans. Les époux n’ont jamais eu de grands points communs, Léopold II multipliant les aventures extraconjugales jusqu’à avoir deux fils avec Blanche Delacroix. La personnalité de Marie Henriette a été totalement éclipsée par celle du Roi tout au long de son règne. Elle a été reine pendant 37 ans et donna naissance à trois princesses et un prince mort enfant, ce qui modifia la ligne dynastique portant sur le trône Albert I, neveu de Léopold II. La Reine est morte à Spa où elle s’était retirée loin de la Cour en 1902 à l’âge de 66 ans.

Mariage d’amour

Premier mariage d’amour d’un souverain belge, celui d’Albert I alors encore héritier avec la duchesse Elisabeth en Bavière (1876-1965), nièce de l’impératrice Sissi. Mariée à l’âge de 23 ans en 1900, Elisabeth devient reine aux côtés de son époux en 1909. Elle met au monde trois enfants : le futur Léopold III, Charles qui fut prince régent et Marie José, éphémère reine d’Italie. C’est la première reine des Belges qui occupe pleinement la fonction. Elisabeth est passée à la postérité pour avoir été lors de la Première Guerre mondiale la Reine infirmière auprès d’Albert I, l’emblématique Roi Chevalier. Musicienne (créatrice du concours international reine Elisabeth), grande voyageuse (à la Vallée des Rois et plus tard en Russie et en Chine), la reine Elisabeth vivait sa fonction de souveraine. La mort inopinée d’Albert I en 1934 lors d’une chute d’escalade la plonge dans le plus profond des désarrois. Elisabeth est veuve à l’âge de 57 ans après 33 ans de mariage et 23 ans de « règne ». Après la mort de sa belle-fille la reine Astrid, elle reviendra davantage sur le devant de la scène jusqu’à l’abdication de son fils Léopold III en 1951. Elle s’est éteinte en 1965 à l’âge de 89 ans.

La princesse Astrid de Suède n’a que vingt ans lorsqu’elle débarque en Belgique pour épouser le prince héritier Léopold. S’il s’agit aussi d’un vrai mariage d’amour, le coup de foudre entre la princesse des neiges et la population belge est immédiat. Svelte, élégante mais surtout très naturelle et spontanée, elle ne tarde pas à conquérir tous les cœurs. C’est aussi une mère très proche et attentionnée pour ses trois enfants Joséphine-Charlotte, Baudouin et Albert. Astrid n’a régné que deux étés. Elle s’était investie dans différentes actions caritatives, entre autres pour récolter des vêtements pour les familles en situation de précarité mais elle n’eut pas le temps de laisser une plus grande empreinte que celle de son souvenir iconique suite à sa mort accidentelle en Suisse à l’âge de 29 ans en 1935.

De 1935 à 1960, la Belgique n’eut plus de reine (sauf la reine Elisabeth en tant que mère du roi Léopold III). Le souverain s’était certes remarié en 1941 avec Lilian Baels mais il fut décidé qu’elle ne serait pas reine et leurs enfants non-dynastes. La princesse Lilian subit tout au long de sa vie l’inévitable et désavantageuse comparaison avec la défunte Astrid.

En septembre 1960, le roi Baudouin annonce à la surprise générale ses fiançailles avec doña Fabiola de Mora y Aragon, fille du marquis de Casa Riera, proche de la famille royale espagnole. Déjà polyglotte, Fabiola ne tarde pas à maîtriser rapidement la langue néerlandaise et à s’investir corps et âme dans sa fonction de reine. Le binôme Baudouin-Fabiola est probablement à ce jour le couple royal qui fut le plus uni aussi bien dans sa vie privée que dans sa vie officielle, discutant ensemble des sujets d’actualité et préparant minutieusement leurs déplacements à l’étranger. 32 ans et demi de mariage et de règne qui prirent fin le 31 juillet 1993 avec la mort brutale, des suites d’un malaise cardiaque, du roi Baudouin âgé de 62 ans.

La reine Fabiola dut apprendre à se récréer un rôle, laissant la pleine visibilité à sa belle-sœur la reine Paola. Elle continua à être active dans le domaine social, de l’émancipation des femmes rurales ainsi qu’au niveau culturel. C’est elle qui avait initié un secrétariat de la reine recevant des milliers de lettres de personnes en détresse ensuite réaiguillées ou aidées par les fonds de sa cassette officielle. Aujourd’hui, le secrétariat de la reine Mathilde continue à soutenir les familles en situation de précarité sociale grâce à une partie de l’héritage de la reine Fabiola. La reine s’est éteinte en décembre 2014 à l’âge de 86 ans. Ses funérailles furent à son image : avec joie et musique avec l’interprétation d’une chorale remarquée, espagnole.

À l’âge où l’on aspire légitimement à la retraite, Paola Ruffo di Calabria, épouse du prince Albert, prince de Liège depuis 1959, devient reine à 55 ans. Arrivée à la Cour royale de Belgique lorsqu’elle a 21 ans, la jeune aristocrate italienne a dû mal à trouver ses marques et le soleil de sa patrie lui manque affreusement. Mère de trois héritiers, elle permet la continuité dynastique du royaume. Pendant ses vingt années de reine, elle s’est tout spécialement impliquée dans la protection de l’enfance avec la création de Child Focus mais aussi de l’enseignement à travers sa fondation. Ayant un caractère bien trempé, la reine Paola ne pouvait pas masquer son humeur lorsque quelque chose ne lui plaisait pas, confiant être tout simplement « cash ». Elle fut un très fidèle soutien au roi Albert II lors des interminables et longues périodes de crises gouvernementales.

Une vie après l’abdication

L’abdication d’Albert II en 2013 fut probablement une certaine forme de soulagement. Paola et Albert plus unis que jamais, allaient enfin pouvoir profiter de leur vie privée rythmée par des voyages et des visites culturelles, la reine étant passionnée d’art contemporain. Malgré une santé délicate, la reine savoure à présent une vie de famille apaisée entre la Belgique, la France et l’Italie. En septembre 1999, après quelques jours pendant lesquels des articles de presse évoquent une possible romance du prince héritier Philippe avec une jeune femme de la noblesse belge, la Cour annonce les fiançailles avec Mathilde d’Udekem d’Acoz. La Belgique connaîtra donc un jour une reine née en Belgique.

D’emblée, la fiancée du prince Philippe fait forte impression par son allure, son style et son aplomb. Mariée à l’âge de 23 ans, la reine Mathilde possède le plus solide bagage (en raison aussi de notre époque) des reines des Belges. Elle est logopède de formation et a ensuite décroché après son mariage une licence en psychologie à l’Université catholique de Louvain. On peut clairement dire qu’en 23 années de mariage, le roi Philippe a bonifié tant par la fonction royale qui fait l’homme depuis dix ans que grâce à la reine Mathilde (comme il aime le souligner) ; il a fondé une famille heureuse et unie avec Elisabeth, Gabriel, Emmanuel et Éléonore.

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La reine Mathilde est aussi incontestablement notre reine la plus professionnelle, la plus impliquée dans des organisations internationales comme l’Unicef et les objectifs du développement durable des Nations Unies. On ne compte plus ses nombreuses prises de parole sur différents thèmes de société comme le harcèlement moral ; son investissement dans la promotion du bénévolat, de l’alphabétisation et de la lecture. Dans la perspective de ses 50 ans, elle a lancé des promenades à vélo ou pédestres pour le bien-être mental, discutant lors de ces escapades avec des membres d’associations et institutions actives dans le domaine. La reine Mathilde est aussi la meilleure ambassadrice de la culture avec le concours reine Elisabeth dont elle assure la présidence d’honneur. C’est d’ailleurs après son mariage qu’elle a appris le piano. Une fibre musicale, culturelle, littéraire et artistique transmise à ses enfants.

Bien que les activités privées du couple royal soient plus qu’hermétiques, on sait qu’ils aiment, en famille, visiter des expositions. Leurs voyages les ont menés en Arménie, en Croatie ou en Égypte, toujours dans un objectif culturel. Si la princesse héritière Elisabeth est à ce jour l’héritière la mieux préparée à son destin avec une parfaite éducation, c’est aussi le sceau de la reine Mathilde qui a toujours été très présente pour ses enfants.

À 50 ans et dix ans en tant que reine, Mathilde de Belgique peut se targuer d’un parcours irréprochable, en plus d’être depuis 1999 la personne qui a donné la confiance dont le roi Philippe avait besoin pour s’épanouir et assumer désormais avec une totale aisance la lourde charge royale.