Bardella de Bourbon des Deux-Siciles : cinq questions sur l’union princière.
Jordan Bardella est président du Rassemblement national et la princesse Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles est héritière de la Maison royale des Deux-Siciles depuis la réforme de 2016. En France, la République ne reconnaît aucun statut nobiliaire, et un mariage entre Jordan Bardella et Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles n’aurait aucune valeur institutionnelle.
Une princesse, un homme politique et une couverture de Paris Match : voici le début d’une histoire qui ne ressemble pas à un conte de fées. Alors que Paris Match a publié des photos de la possible liaison entre Jordan Bardella et la princesse Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, des interrogations émergent. Lui, président du Rassemblement national et prétendant potentiel à l’Élysée. Elle, héritière de la Maison royale des Deux-Siciles et duchesse de Calabre depuis une réforme de 2016, qui a abrogé la loi salique dans sa famille. Quel impact cela pourrait-il avoir s’ils se mariaient ?
Avec l’aide d’Éric Mension-Rigau, historien et auteur de « Enquête sur la noblesse, la permanence aristocratique », nous avons examiné ce que cette union impliquerait… ou non.
Jordan Bardella, peut-il devenir Prince ?
C’est incontestablement la première question que se pose tout le monde. « Dans une famille toujours régnante, le conjoint peut recevoir un titre accordé par le souverain. C’est ainsi que le mari de la reine Élisabeth est devenu duc d’Édimbourg », rappelle Éric Mension-Rigau. Mais dans le cas d’une famille non régnante, comme celle des Bourbon des Deux-Siciles, la situation est bien différente.
« Dans une famille royale, le statut de prince n’est pas un titre mais une qualité donnée par la naissance. Un roturier épousant une princesse ne peut donc devenir prince, sauf décision spécifique d’un souverain régnant », explique l’historien. Il est peu probable qu’un jour il faille lui faire la révérence ou l’appeler « Prince Jordan ».
Prince, non. Mais duc, peut-être. Bien que Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles soit princesse, elle est aussi duchesse de Calabre, un titre d’attente associé à son statut d’héritière. « Dans les familles détrônées, un titre de courtoisie est parfois accordé », rappelle le spécialiste de la noblesse. « Il ne sera pas prince de Bourbon-Sicile, mais il pourrait éventuellement être duc de Calabre comme titre d’attente. »
Jordan Bardella de Bourbon des Deux-Siciles, ou JBBDS, c’est possible ?
Concernant cette question, Éric Mension-Rigau nous invite à examiner le droit français, plus flexible que l’aristocratie de l’Ancien Régime. « En France, depuis 1985, la loi permet à un homme marié d’ajouter à son nom, à titre d’usage, le nom de sa femme. Ce nom d’usage peut être utilisé dans tous les actes de la vie privée, familiale, sociale ou professionnelle. »
Autrement dit : juridiquement, un « Jordan Bardella de Bourbon des Deux-Siciles » pourrait exister en tant que nom d’usage. Mais, en pratique, ce choix demeure entièrement personnel et symbolique.
Des enfants héritiers d’un statut nobiliaire ?
En anticipant peut-être trop rapidement les étapes de cette relation, la question se pose. Pendant des siècles, la transmission dans les familles nobles européennes se faisait essentiellement par les hommes. « Jusqu’à une date récente, en France, et notamment chez les Bourbons où la loi salique avait été instaurée depuis la guerre de Cent Ans, la transmission de la noblesse était exclusivement patrilinéaire », souligne Éric Mension-Rigau.
Cependant, ces règles ont beaucoup évolué. Les monarchies européennes ont progressivement abandonné la prérogative masculine. « Aujourd’hui, les monarchies européennes ont supprimé le privilège de la masculinité, y compris chez les Bourbons en Espagne », explique l’historien. Maria Carolina, quant à elle, est devenue héritière de la maison des Deux-Siciles grâce à une réforme de son père en 2016 instaurant la primogéniture absolue. En clair : si le couple a des enfants, ceux-ci pourraient, sur le plan symbolique, faire partie de cette lignée dynastique. Il est néanmoins important de rappeler qu’en France, la République ne reconnaît aucun statut nobiliaire.
Concernant le nom, dans un tel scénario, le nom Bourbon des Deux-Siciles aurait de fortes chances d’être transmis, « tant la question de la continuité dynastique reste centrale dans ces familles », souligne l’historien.
Des protocoles vont-ils encadrer le couple ?
Le protocole existe encore, même s’il est souvent perçu comme plus souple qu’on ne le pense. « L’épouse, étant altesse royale, a la préséance sur son époux », précisent simplement les spécialistes de la noblesse. « Dans des situations très protocolaires à l’étranger, c’est à elle qu’on devrait faire la révérence, et jamais à son mari », précise l’historien.
Ainsi, lors des cérémonies ou des événements de représentation, Maria Carolina passerait avant Jordan Bardella. Cela peut sembler anecdotique, mais les usages continuent de régir les apparitions publiques.
Est-ce que cela a une vraie portée aujourd’hui ?
« En République, qui ne reconnaît pas le droit nobiliaire, ce type d’union n’a aucune valeur institutionnelle », rappelle Éric Mension-Rigau. Cependant, il ajoute aussitôt : « Un tel mariage ne passe pas inaperçu. Sa dimension symbolique est proportionnelle à la visibilité médiatique des époux. »
C’est sans doute ici que se joue l’essentiel. Cette histoire ne modifie rien au droit français ni au fonctionnement de la République. Cependant, elle alimente un imaginaire collectif fort : celui du mélange entre politique, prestige et récit sentimental. En résumé, pas de couronne à l’horizon pour Jordan Bardella. Mais à une époque où l’image est aussi déterminante que le programme, cette médiatisation n’est pas insignifiante. « La noblesse continue de susciter un réflexe de non-indifférence », conclut Éric Mension-Rigau. Et dans un contexte où l’image est cruciale, apparaître aux côtés d’une princesse contribue également à construire une image plus lisse, plus glamour… et potentiellement plus présidentielle.

