« A bientôt 40 ans, je suis dans les plus belles années de ma vie d’homme et d’artiste », estime M. Pokora

Ce vendredi, M. Pokora son dixième album, intitulé Adrénaline. Cette « hormone du stress » est celle qui, assure-t-il, le fait vibrer et le pousse à monter sur scène pour en ressentir tous les effets enivrants. L’artiste, qui fêtera ses 40 ans en septembre partira se lancera cet automne dans une grande tournée avec un passage à l’Accor Arena de Paris le 25 novembre. En « performer » revendiqué, il promet d’y faire le show, et on le croit sur parole. Pour lui, ce nouvel album représente aussi un enjeu. Le précédent, Epicentre, publié il y a trois ans, a dû se contenter d’une certification or avec 50.000 ventes, loin des disques de platine ou de diamant récoltés par Pyramide, My Way ou R.E.D. ces dix dernières années…
Est-ce qu’au bout de dix albums studios, on ressent encore beaucoup d’adrénaline ?
Constamment. C’est ce qui me nourrit depuis vingt ans maintenant et c’est ce pourquoi j’y retourne à chaque fois. Un album, c’est surtout un prétexte pour retourner sur scène, face au public. J’ai commencé ce nouvel album alors que j’étais en plein dans la tournée Epicentre Tour. Je passais d’une Arena un jour au studio le lendemain. J’étais dans un état où je n’étais pas complètement redescendu de cette énergie.
Et la fatigue dans tout ça ?
Je gère très bien, j’ai une bonne hygiène de vie et je n’ai pas besoin d’énormément de sommeil. Au quotidien, j’essaie toujours de me dire : « Aujourd’hui, ça va être une belle journée ». On sort, on profite et on vit. Je sais que tout le temps que je passe assis sur le canapé ou la tête plongée dans mon téléphone me prive de faire certaines choses et me fait perdre du temps que je ne rattraperai pas.
Vous êtes devenu père et vous aurez 40 ans cette année. Vous sentez que vous abordez un jalon de votre vie ?
Ce que je ressens, je l’ai dit il y a quelques semaines sur les réseaux sociaux, c’est que j’arrive à un stade où mon expérience de vie et de carrière me permettent de savourer chaque instant. J’ai le sentiment que je suis dans une phase où j’arrive à profiter de chaque moment sur scène, de chaque instant en studio. Je suis dans les plus belles années de ma vie d’homme et, j’espère aussi, d’artiste.
Comment avez-vous conçu cet album ? Il y avait des thèmes que vous vouliez aborder ?
Je n’ai jamais trop réfléchi en matière de thèmes. Je suis plus dans la production du son, dans le visuel, etc. Je me suis beaucoup pris la tête sur Épicentre [l’album précédent, sorti en 2022], parce que j’ai travaillé dessus alors qu’on venait de passer une longue période de confinement. Ensuite, les enfants sont arrivés. Cela m’a fait aborder des sujets bien précis. Pour ce nouvel album, j’avais envie de choses plus légères, d’être la séduction, dans les histoires d’amour. Il y a deux ou trois titres comme En haut des marches ou Quand même qui prennent davantage au ventre, mais, sinon, je voulais des sons dansants, qui permettent de ne pas trop gamberger et de se laisser aller. Je voulais des gimmicks, des choses catchy.
Dans Adrénaline, vous chantez « Si demain tout s’éteint, j’emmènerai avec moi tout le mal, le bien, que jamais rien de nous ne se perde ». Vous avez peur que ça s’arrête ?
Toujours. Je pense que c’est ce qui, en tant qu’artistes, nous maintient en vie dans ce métier. Avoir cette crainte-là signifie que l’on est encore capable de se remettre en question. Il ne faut jamais croire que tout est acquis. C’est comme dans un couple. Il faut constamment faire des efforts pour plaire et surprendre le public, qu’un album ou une tournée soit un nouveau voyage à chaque fois.
En parlant du public, lors de la tournée, tous les soirs, quatre spectatrices et spectateurs seront tirés au sort…
Oui, on a créé une structure sur la scène pour accueillir ces quatre personnes. Elles seront totalement intégrées dans un décor conçu à cette occasion et partageront avec moi un titre iconique de mon répertoire. Elles seront équipées de capteurs pour que le public voie les battements de leurs cœurs dans les écrans géants. Je souhaite que les gens se rendent compte par eux-mêmes de cette dose d’adrénaline que procure la scène face à des milliers de personnes.
Que dirait le Matthieu de 2003 s’il voyait ce qu’il deviendrait en 2025 ?
Que le rêve s’est concrétisé. En 2003, je sortais des Link-Up et, quand je passais à côté de Bercy, je me disais qu’un jour je chanterai dans cette salle. Aujourd’hui, je peux dire que j’y ai chanté douze fois. Ce n’est pas quelque chose qui, pour moi, était inimaginable parce que je l’ai manifesté : j’ai toujours cru en ça. Le Matthieu de 2003, en voyant ça, aurait des étoiles plein les yeux mais il ne serait pas surpris.
Vous croyez au destin ?
Je crois au karma, aux ondes qu’on envoie et que si on travaille dur, l’univers nous le rend. La bienveillance attire la bienveillance. Quand j’ai commencé ce métier, on m’a dit de respecter tous les gens que je croiserai en montant, parce que je les recroiserai en descendant.
Vous avez eu beaucoup de remises en question au cours de votre carrière ?
Oui, évidemment. Quand, après mes deux premiers albums, il y en a un qui a marché un peu moins bien, je me suis demandé ce que j’avais mal fait. Est-ce que j’avais fait une erreur dans ma com ? Dans mon attitude ? Dans ma musique ? Après, j’ai renoué avec le succès via une comédie musicale [Robin des bois], même si une partie de mon public n’a pas compris pourquoi, donc, ensuite, je me suis demandé comment revenir à des chansons originales. Je suis un performer, je n’ai pas la vocation d’incarner tel ou tel style musical. Je me sens autant à l’aise pour chanter de la variété, des choses un peu plus pop ou urbaines ou faire des reprises de Claude François.
Il est facile de se défaire des étiquettes en France ?
Ce n’est pas facile mais on vit très bien avec. Même si j’ai l’impression que, pour certains, je n’ai pas d’univers musical défini, j’ai toujours dit que je voulais être un performer. Si on doit se souvenir de moi un jour, je veux qu’on se dise que j’ai toujours fait les choses à 2000 % dans le respect du public. Après, il restera les tubes de ma carrière qui, pour le coup, sont assez différents les uns des autres, de Juste une photo de toi aux Planètes en passant par Tombé. Ce constat est assez représentatif de mon évolution et du fait que j’aime me balader dans des registres différents.
Une tournée intimiste, piano-voix, acoustique, ça serait envisageable pour vous ?
Là, je me sens tellement bien physiquement que je veux continuer à chanter et danser pour proposer des choses spectaculaires. Je sais que j’aurai le temps de le faire un peu plus tard, parce que je ne vais pas pouvoir sauter dans tous les sens pendant encore de nombreuses années.
Dans le refrain d’Adrénaline, vous chantez : « Je sortirai par la grande porte ». Vous pensez à la fin de carrière ?
Je fais référence à cette adrénaline que je ressens sur scène, au partage avec le public et à ces soirées d’effervescence. A chaque fois, je me dis que cela peut être la dernière fois, parce que je ne sais pas de quoi demain sera fait. Mon « Pyramide Tour » a été stoppé net du jour au lendemain [par la pandémie de Covid et les confinements imposés] alors que c’était la plus belle tournée de ma carrière. Je pars donc du principe que c’est peut-être la dernière fois que je monte sur scène et que, quoi qu’il arrive, j’aurai tout donné et respecté le public
L’arrêt de cette tournée en 2020, ça reste une grande blessure ?
Ça a été l’un de mes pires moments professionnels et aussi humains. Devoir arrêter cette tournée et se séparer de toutes mes équipes dans l’incertitude la plus totale a été très difficile à vivre. L’album Pyramide était porté par mes deux plus gros tubes, Les Planètes et Tombé. J’avais un sentiment de fierté. L’arrêt de la tournée m’a frustré. J’ai eu comme un goût d’inachevé sur cet album. Il méritait deux fois plus.
Est-ce que, sur un marché français très tourné vers le rap, il est très difficile aujourd’hui de faire un tube pop ?
C’est très très dur. A une époque, il y avait chaque année une vingtaine d’artistes de variété qui faisaient de gros scores, aujourd’hui, il n’y en a plus que deux ou trois, et encore, parce qu’ils ont eu deux ou trois singles énormes. Aujourd’hui, même un énorme tube ne garantit pas le succès d’un album.
Vous avez enregistré un duo, « Chaque seconde », avec Pierre Garnier, qui est l’un des plus grand succès francophones de l’an passé…
Je regarde « Star Academy ». Quand il y a du talent, ça me plaît. Ces dernières saisons, les candidats arrivent avec, déjà, des univers bien définis. Pierre, j’ai adoré sa voix et ses titres. On avait un bon contact lui et moi et comme on s’est retrouvés sur le même label, les connexions se sont faites rapidement.
Nos articles sur M. Pokora
C’était cool de partager cela avec quelqu’un qui a un peu le même cursus de moi [M. Pokora a été révélé par « Popstars »]. A mon époque, il y avait des étiquettes, il fallait faire tes preuves avant qu’on te propose de faire un duo. Cette prudence-là a été brisée par les artistes de ma génération qui ont prouvé qu’on pouvait sortir d’un télécrochet et faire une longue carrière. Désormais, que tu sortes de « Star Academy » ou « The Voice », il n’y a plus du tout de préjugé. Si tu arrives avec un gros titre, on te prend au sérieux direct.