Maroc

Unir la gauche : responsabilité historique et clarification nécessaire

Une droite, menée par le RNI, se trouve contrainte de s’inventer un discours social tout en préservant son ADN libéral. Aujourd’hui, le chômage des jeunes demeure élevé, les disparités régionales persistent, et le débat public semble parfois réduit à des confrontations secondaires.


D’aucuns ne peuvent rester indifférents à ce à quoi nous assistons ces dernières années. Une droite, pilotée par un ardent défenseur du libéralisme, à savoir le RNI, se voit contrainte d’élaborer un discours social. Cependant, elle ne renonce pas à son ADN, caractérisé par une « loi économique » façonnée par les partisans du libre-échange (Banque mondiale, Fonds monétaire international), tout en n’hésitant pas à promouvoir le concept d’Etat social, avec ses implications en termes de justice sociale et d’éradication du favoritisme en faveur des plus riches.

Il est évident que, jusqu’à présent, les politiques défendues par le gouvernement Akhannouch se situent aux antipodes de ce que pourrait signifier un Etat social. « Unir la gauche ne signifie cependant pas gommer les différences idéologiques, ni effacer les identités partisanes. Il s’agit de bâtir un socle programmatique commun autour de priorités clairement identifiées. » Peu importe. Cette tentative de récupérer un concept longtemps associé aux partis de gauche devrait les interpeller. D’abord, en essayant de rétablir dans le débat public le clivage gauche-droite. Ensuite, en tirant les leçons de la récente victoire des partis de droite qui, malgré leurs divergences, ont déployé de nombreux moyens pour affaiblir les autres formations. L’affrontement gauche-droite, qui avait été éclipsé en tant que grille de lecture de l’actualité politique, doit retrouver sa force. C’est une manière de signifier le rejet de la loi du plus fort. Cela constitue aussi un appel à rechercher des solutions collectives aux problèmes sociétaux plutôt que de s’en tenir à des réponses individuelles.

Cela pose la question : c’est quoi la gauche ? La réponse à cette interrogation permettrait de ne plus percevoir la gauche comme un ensemble d’îlots si éloignés qu’on peine à y discerner une force politique cohérente. Elle donnerait également du poids aux repères de la question sociale et de la répartition des richesses, permettant ainsi au citoyen, politisé ou non, de comprendre les débats qui traversent le camp progressiste, tout en dissipant l’impression de confusion et d’abandon des fondamentaux qui semble prévaloir parmi les militants des partis de gauche.

L’histoire politique nationale prouve que les grandes avancées démocratiques ont été réalisées grâce à des dynamiques collectives. Les combats pour l’Etat de droit, l’élargissement des libertés publiques, les réformes constitutionnelles successives ou encore les acquis en matière de droits sociaux se sont consolidés lorsque les forces progressistes ont uni leurs efforts. À chaque moment décisif, l’unité a accru la légitimité et la capacité d’influence de la gauche ; à l’inverse, la division a dilué son rôle.

Actuellement, les indicateurs socio-économiques interpellent. Le chômage des jeunes reste élevé, les disparités régionales perdurent, la classe moyenne endure une pression croissante et le débat public semble parfois réduit à des affrontements secondaires. Dans ce contexte, la fragmentation des forces progressistes donne l’image d’un champ politique incapable de proposer une réponse globale aux attentes sociales.

Cependant, l’unité ne suffit pas. Il est essentiel de ne pas se méprendre sur la définition de l’adversaire politique. L’erreur stratégique la plus préjudiciable serait de transformer les divergences internes en lignes de fracture insurmontables, ou de faire de rivalités périphériques l’objet de l’énergie militante. Lorsque les forces progressistes se perdent dans des conflits latéraux, elles détournent l’attention des véritables enjeux : l’évaluation des politiques publiques, la justice fiscale, la qualité des services publics, et la régulation des relations entre pouvoir économique et pouvoir politique.

La clarification est donc essentielle. L’adversaire politique ne se situe pas parmi les partenaires potentiels du progrès démocratique, mais plutôt dans les logiques qui affaiblissent l’Etat social, approfondissent les inégalités et réduisent le débat public à une opposition d’images plutôt qu’à une véritable confrontation de projets. Se tromper d’ennemi prive les citoyens d’un débat de fond et retarde l’émergence d’une alternative structurée.

« La gauche dispose d’un héritage, d’une expérience et d’un capital militant qui peuvent constituer les fondations d’un renouveau, à condition de faire le choix du rassemblement et de la clarté stratégique. » Unir la gauche ne signifie pas effacer les différences idéologiques, ni les identités partisanes. Il s’agit de bâtir un socle programmatique commun autour de priorités claires : consolidation de l’Etat social, égalité territoriale, défense des libertés, renforcement des institutions et moralisation de la vie publique. Cette convergence requiert maturité politique, sens des responsabilités et capacité à établir des priorités.

La véritable question n’est pas celle des alliances arithmétiques, mais celle du sens politique. Une union réduite à un simple arrangement électoral serait précaire et de courte durée. En revanche, une convergence fondée sur un projet partagé pourrait restaurer la confiance des citoyens et rétablir la crédibilité du discours progressiste.

À l’approche des législatives, il est temps de dépasser les réflexes défensifs et les logiques de cloisonnement. La société marocaine attend des réponses concrètes, une vision d’avenir et un discours capable de relier justice sociale et modernité institutionnelle.

« L’histoire jugera la capacité des forces progressistes à saisir cette opportunité. Le moment appelle au courage politique, à la lucidité stratégique et à l’esprit de responsabilité. L’unité n’est pas une option confortable ; elle est désormais une nécessité. L’USFP est convaincu de cette démarche. »

Par Mohamed Assouali
Membre du Bureau politique
Secrétaire provincial de l’Union Socialiste des Forces Populaires – Tétouan