Sofia Alaoui, figure montante des cinéastes marocains sans frontières
Sofia Alaoui est membre du jury “Perspectives” à la 76e édition du Festival international du film de Berlin (Berlinale), où elle a remis le prix “Perspectives” au film “Chronicles from the Siege” du cinéaste syro-palestinien Abdallah Al-Khatib. Son premier long-métrage “Animalia” (2023) a été tourné au Haut Atlas et mêle l’amazigh, l’arabe et le français, tout en bousculant les codes traditionnels du cinéma marocain.
À l’occasion de la 76e édition du Festival international du film de Berlin (Berlinale), la participation de Sofia Alaoui au sein du jury “Perspectives” représente l’émergence d’une nouvelle génération de cinéastes marocains audacieux, alliant cosmopolitisme et enracinement culturel. Créative, polyglotte et déjà active sur les scènes internationales, Sofia Alaoui illustre cette nouvelle vague de réalisatrices et réalisateurs marocains qui résonnent fortement sur la scène berlinoise, alors que le Maroc a été désigné premier pays africain à l’honneur de l’European Film Market (EFM) 2026, un des plus importants marchés professionnels du cinéma dans le cadre de la Berlinale.
À Berlin, la réalisatrice fait partie du jury “Perspectives”, qui a pour mission d’attribuer le prix du meilleur premier long-métrage, une section consacrée aux nouvelles voix du cinéma international. Pour Sofia, ce rôle est symbolique, car elle est parfaitement consciente de l’importance d’un premier film, elle-même ayant été révélée au public grâce à son premier long-métrage. “C’est un honneur pour moi de représenter le Maroc dans un festival aussi important que la Berlinale”, déclare à la MAP la native de Casablanca, qui a passé une partie de sa jeunesse entre le Maroc et la Chine, soulignant sa responsabilité de porter “un autre regard” sur ces œuvres inaugurales venues des quatre coins du monde.
Son invitation à la Berlinale, organisée par la directrice du festival, Tricia Tuttle, après la projection de son premier long-métrage “Animalia” au BFI à Londres, témoigne d’un parcours marqué par la création, les courts-métrages et une maturation artistique. Sa carrière, bâtie dans la patience, prend un tournant en 2019 avec son court-métrage “Qu’importe si les bêtes meurent”, qui lui vaut le Grand prix du jury au Festival de Sundance l’année suivante, suivi du César du meilleur court-métrage en France en 2021.
Cette reconnaissance lui ouvre les portes de son premier long-métrage, “Animalia” (2023), qui aborde une intrusion surnaturelle comme prisme d’une exploration sociale et intime. Tourné dans le Haut Atlas, ce film, oscillant entre fantastique et réalisme, remet en question les codes traditionnels du cinéma marocain et suscite des réflexions parmi les critiques. La distinction d’“Animalia”, œuvre qui mêle amazigh, arabe et français, lors du prestigieux Festival de Sundance, parmi d’autres récompenses, confirme l’ascension de Sofia parmi les cinéastes les plus prometteuses de sa génération, en particulier dans le cinéma de genre.
La liberté d’explorer de nouveaux genres semble caractériser cette nouvelle génération de cinéastes marocains engagés, mise en avant à l’EFM 2026, dont le regard, affranchi des frontières, ne se limite plus au récit simple, mais place le public au cœur des questions contemporaines.
Lors de la cérémonie de remise des prix de la Berlinale, samedi soir, Sofia Alaoui, aux côtés de ses co-jurés, Frédéric Hambalek et Dorota Lech, a décerné le prix “Perspectives” au film “Chronicles from the Siege” du cinéaste syro-palestinien Abdallah Al-Khatib, une œuvre dramatique sur le quotidien des habitants d’une ville assiégée.
Après cette première expérience au sein d’un jury international, la cinéaste marocaine se tourne déjà vers son second long-métrage, “Tarfaya”, développé en coproduction avec la France et la Belgique, dans un effort continu de renforcer les partenariats internationaux autour de projets originaires du Maroc. En parallèle, elle développe des œuvres en anglais destinées aux plateformes internationales, séduites par son univers et son approche artistique, axée sur “un ancrage fort dans ses racines marocaines, sans être enfermée dans une identité figée”.
Elle explique que représenter un pays ne consiste pas à produire des images stéréotypées, mais à exister pleinement en tant qu’artiste. “On existe en tant qu’artiste sur la scène internationale, et c’est ainsi que l’on peut parler de notre pays”, résume-t-elle. Son cinéma se concentre également sur un thème qui lui est cher : la femme. À travers ses films, Sofia aspire à dépeindre des portraits de femmes modernes, libres et indépendantes, loin des stéréotypes encore présents dans les représentations du monde arabe. “À travers ce choix narratif, j’essaie d’élargir les imaginaires et de proposer des personnages complexes, pleinement inscrits dans leur époque”, souligne la réalisatrice.
Dans le sillage des figures pionnières qui ont fondé le cinéma marocain moderne, une nouvelle génération s’affaire aujourd’hui à élargir son champ d’influence à l’international. La visibilité du Maroc à la 76e Berlinale met en lumière l’attrait du récit marocain, sa force narrative et l’écho qu’il suscite au-delà des frontières. Comme l’ont souligné plusieurs cinéastes internationaux à Berlin, le Maroc ne se contente plus d’être un simple décor pour des blockbusters, mais s’affirme comme un vivier de talents dynamiques, capables de produire, de coproduire, de raconter leurs propres histoires et d’offrir un nouveau regard sur le paysage cinématographique.
Par Zin El Abidine Taimouri (MAP)

