Sigmund Freud (1856-1939) : Introduction à la psychanalyse I (leçons 1916)
La psychanalyse se définit comme une série d’hypothèses susceptibles d’être modifiées en face de faits nouveaux, selon Michel Haar. Selon Freud, la psychanalyse vise à donner à la psychiatrie la base psychologique qui lui manque, en excluant toute hypothèse d’ordre physiologique, anatomique ou chimique.
« La psychanalyse n’est pas un système philosophique (…) En tant que théorie, la psychanalyse se définit comme une série d’hypothèses, qui d’abord n’ont servi à rendre compte que des phénomènes se produisant au cours d’une cure, puis qui ont bouleversé la compréhension du psychisme humain en général. Mais ces hypothèses restent susceptibles d’être modifiées en face de faits nouveaux » Michel Haar.
Le domaine de la psychanalyse présente des difficultés pour plusieurs raisons. La première difficulté provient de l’enseignement même de la psychanalyse. Dans les disciplines médicales, chirurgicales ou psychiatriques, les médecins peuvent identifier les symptômes d’un mal, offrant ainsi une multitude d’observations qui influencent leur appréciation. En psychanalyse, le processus est inverse. Bien que la psychanalyse se distingue par l’interaction entre le patient et l’analyste, il est souvent difficile de déceler des symptômes clairs.
Le psychanalyste doit maîtriser les mots qui exercent une grande influence sur la psyché du patient : « Les mots faisaient primitivement partie de la magie, et de nos jours encore le mot garde beaucoup de sa puissance de jadis. Avec des mots un homme peut rendre son semblable heureux ou le pousser au désespoir, et c’est à l’aide de mots que le maître transmet son savoir à ses élèves, qu’un orateur entraîne ses auditeurs et détermine leurs jugements et décisions. Les mots provoquent des émotions et constituent pour les hommes le moyen général de s’influencer réciproquement ».
Prenons l’exemple d’un patient névrosé, où le psychiatre peut se fier seulement aux plaintes exprimées par l’hystérique. En revanche, l’analyste doit établir une relation presque intime avec le patient pour qu’il se sente à l’aise d’exprimer ce qu’il cache aux autres, c’est-à-dire ses préoccupations les plus intimes. La confiance entre l’analyste et le patient est donc primordiale.
En comparant cela à un historien, dont le travail repose sur la confiance dans les œuvres de ses prédécesseurs, la psychanalyse semble également manquer de critères objectifs pour juger de sa « véridicité ». Cette situation soulève des questions sur l’apprentissage de la psychanalyse et sur la manière de garantir son authenticité.
L’apprentissage de la psychanalyse ne se fait pas de manière systématique, mais plutôt à travers un travail introspectif, en écho à la célèbre invitation du philosophe : « Connais-toi toi-même ».
En d’autres termes, comprendre la psychanalyse nécessite d’être attentif à sa propre personnalité. Une autre difficulté réside dans le fait que le psychiatre, en se référant à sa formation médicale antérieure, pense pouvoir expliquer les troubles psychiques par des facteurs physiques ou chimiques, ce qui l’éloigne de la psychanalyse. Plutôt que d’aborder la question de façon rigoureuse et scientifique, il laisse la psychanalyse aux poètes, philosophes et mystiques.
Aucune science n’est actuellement en mesure d’élucider les relations entre le corps et l’esprit, ou d’expliquer un trouble psychique. Ni la philosophie spéculative, ni la psychologie descriptive ou expérimentale, liées à la physiologie des sens, ne sont capables de fournir des éléments utiles à la compréhension de l’anomalie psychique. La psychiatrie, qui se concentre sur la description des troubles psychiques, ne peut revendiquer une approche scientifique pure en se basant uniquement sur des classifications descriptives.
La psychanalyse cherche à combler cette lacune en explorant les liens entre les symptômes qui composent la nosologie, se contentant de classer les maladies selon leurs caractéristiques distinctives. Freud précise dans son « Introduction » que la psychanalyse souhaite fournir à la psychiatrie la base psychologique qui lui manque. Son objectif est d’éclairer la relation entre un trouble somatique et psychique, ce qui implique d’exclure toute hypothèse physiologique, anatomique ou chimique, en faveur d’une explication axée sur la psychologie.
De surcroît, deux prémisses de la psychanalyse suscitent bien des réactions, souvent dues à des préjugés intellectuels ou esthétiques. La première stipule que la psychologie étudie le contenu de la conscience, alors que la psychanalyse comprend le psychisme comme un processus intégré aux domaines du sentiment, de la pensée et de la volonté, tout en reconnaissant l’existence d’une pensée et d’une volonté inconscientes.
La seconde entourée d’hostilité, repose sur la découverte que certaines pulsions sexuelles sont à l’origine des maladies nerveuses et psychiques. De plus, la psychanalyse affirme que ces émotions sexuelles pourraient être déterminantes dans la création humaine dans divers domaines tels que l’art, la culture et la société.
Freud évoque également que la psychanalyse soutient que les nécessités vitales et instinctives sont à l’origine de la création culturelle. Ainsi, dans le cadre de ce que Freud appelle le « sacrifice de ses instincts », ces instincts pourraient être refoulés et subir une sublimation vers d’autres objectifs non sexuels. La société, quant à elle, feint d’ignorer cela, considérant que la libération des instincts sexuels est inacceptable.
De ce fait, elle choisit de détourner son attention sur ce domaine. Le fait que la psychanalyse aborde ce sujet entraîne un fort rejet social, jugé condamnable d’un point de vue esthétique et moral. Pourtant, la science ne doit pas redouter cette aversion, selon Freud.
La psychanalyse ne doit pas céder à des logiques non scientifiques. Si la nature humaine confond le juste et le désagréable, cela la concerne, mais la science doit poursuivre son chemin sur la voie de l’objectivité. La société cherche des raisons pour justifier son rejet, mais cela n’a rien à voir avec la psychanalyse.
Par Najib Allioui

