Maroc

Sanae Takaichi : la « dame de fer » qui ne dirige pas le Japon

Sanae Takaichi est devenue la première femme Première ministre du Japon en octobre et a convoqué des élections législatives anticipées dimanche. Elle a été la cinquième personne à la tête du gouvernement en autant d’années, alors que le Parti libéral-démocrate avait perdu sa majorité dans les deux chambres du Parlement.


Sanae Takaichi, devenue la première femme Première ministre du Japon en octobre avant de convoquer des élections législatives anticipées dimanche, adopte des positions ultra-nationalistes et un conservatisme éloigné des revendications féministes.

Au cours de cette campagne électorale rapide, sa ligne ferme envers la Chine, sa réputation de travailleuse acharnée et son sens politique aiguisé, accompagnés de son image inédite d’ex-batteuse de heavy metal, contribuent à maintenir des taux de popularité élevés, notamment parmi les jeunes.

Avec la dissolution de la chambre basse, la dirigeante de 64 ans mise sur ses bons sondages pour renforcer les résultats de son Parti libéral-démocrate (PLD, droite nationaliste), sa coalition gouvernementale n’ayant qu’une majorité étroite à la chambre basse.

Une victoire nette lui permettrait de mettre en œuvre son programme ambitieux pour renforcer la défense et adopter des mesures de soutien accrues à l’économie. Mme Takaichi est devenue en octobre la cinquième personne à diriger le gouvernement en cinq ans, alors que le PLD avait perdu sa majorité dans les deux chambres du Parlement.

Cet automne, elle a hérité d’un parti en difficulté, abandonné massivement par les électeurs en raison d’une inflation persistante, d’un récent scandale de « caisses noires » et de la montée du parti populiste anti-immigration Sanseito.

Fidèle à sa réputation d’ultra-conservatrice, la Première ministre a immédiatement pris un ton ferme sur l’immigration et n’a pas hésité à susciter la colère de la Chine. En novembre, devant le Parlement, elle a suggéré que le Japon pourrait intervenir militairement si la Chine devait un jour attaquer Taïwan, une île dont Pékin revendique la souveraineté.

Ses déclarations ont rapidement provoqué la colère de la Chine, qui a répondu en déconseillant à ses ressortissants de voyager au Japon, en renforçant ses contrôles commerciaux et en menant des manœuvres aériennes conjointes avec la Russie. Ce n’était pas une première : ancienne ministre de la sécurité économique, Mme Takaichi avait été une critique virulente de Pékin et de sa montée en puissance militaire en Asie-Pacifique.

Lors d’une visite à Taïwan en avril 2024, elle avait déclaré qu’il était « crucial » de renforcer la coopération en matière de sécurité entre Taipei et Tokyo. Avant de devenir Première ministre, elle s’est également rendue régulièrement au sanctuaire de Yasukuni, qui honore notamment des criminels de guerre condamnés aux côtés de 2,5 millions de morts et est perçu par les pays asiatiques comme un symbole du passé militariste du Japon.

Cependant, elle présente aussi un autre visage : ancienne batteuse dans un groupe de heavy metal à l’université, elle a récemment montré ses talents musicaux en jouant deux chansons de K-pop avec le président sud-coréen Lee Jae Myung, des images devenues virales sur les réseaux sociaux.

Marchant dans les pas de son mentor, l’ex-Premier ministre Shinzo Abe, assassiné en 2022, elle a dès son entrée en fonction tenté de courtiser le président américain Donald Trump, l’accueillant avec faste à Tokyo, le couvrant de louanges et de cadeaux, dont un club de golf ayant appartenu à M. Abe.

Et si Mme Takaichi voit en la Première ministre britannique des années 80 Margaret Thatcher son modèle politique, elle démontre peu d’intérêt pour la lutte contre les normes patriarcales.

Ses opinions sur le genre la placent à droite d’un PLD déjà conservateur : elle s’oppose ainsi à la révision d’une loi du XIXe siècle qui exige des couples mariés qu’ils partagent le même nom de famille, généralement celui de l’homme.

Elle-même a été mariée deux fois – au même homme, l’ex-député Taku Yamamoto, dont elle a pris le nom lors de leur première union. À leur deuxième mariage, c’est lui qui a adopté le nom de son épouse. Le couple n’a pas d’enfants.

Bien qu’elle ait promis un gouvernement paritaire avec une proportion « scandinave » de femmes, elle n’en a finalement nommé que deux sur 19 ministres.

Sanae Takaichi défend un assouplissement monétaire agressif et des dépenses publiques élevées pour lutter contre une inflation tenace, reprenant les « Abenomics » chères à son mentor, quitte à alerter les marchés.

La dirigeante avait promis en octobre : « Je vais travailler, travailler et travailler. » Cet engagement a été respecté : en novembre, elle a révélé ne dormir que de deux à quatre heures par nuit, après avoir suscité des remous en organisant une réunion de son équipe à 03h00 du matin pour préparer une session parlementaire.