Saïd Ahid s’en est allé, ses mots restent présents.
Saïd Ahid a laissé une œuvre riche et exigeante, comprenant des traductions majeures, des essais, et trois recueils de poésie en langue française. Les titres de ses recueils de poésie sont Un semblant de déraison, Rien… ou presque et Résidus d’un autoportrait.
L’absence se fait fortement ressentir. Il est parti dans un silence qui lui était propre, laissant derrière lui une empreinte indélébile dans la mémoire culturelle et une tristesse difficile à apaiser. Ami des artistes, fidèle compagnon de ses collègues, homme discret et loyal à ses convictions, il était convaincu que la culture devait être un espace d’échange et non de confrontation.
Même après sa retraite, il n’a jamais cessé d’écrire. Articles, traductions, poésie : il jonglait entre les différentes formes d’écriture avec la même loyauté et la même exigence. La poésie était pour lui un refuge, tandis que la traduction nourrissait sa passion, car il percevait la langue non pas seulement comme un outil de communication, mais comme un moyen d’empathie et une passerelle vers l’autre.
Son projet culturel s’articulait autour d’une idée fondamentale : ouvrir des fenêtres au lieu de construire des murs. Il visait à traduire la mémoire, à interroger l’histoire du Maroc à travers le prisme des autres, à restituer les textes « à leurs terres d’origine », et à faire circuler le savoir sans jamais le confisquer. En tant que défenseur d’une société moderne, ouverte et réconciliée avec elle-même, il a élevé la générosité intellectuelle au rang de principe de vie.
Homme peu prolixe, mais d’une écoute attentive, il écrivait avec pudeur et justesse, naviguant entre le récit et la poésie. Sa maîtrise exceptionnelle de la langue arabe et du français lui a permis de bâtir des ponts durables entre deux cultures.
J’ai eu le privilège de travailler à ses côtés, notamment au sein d’Al-Nachra et d’Al Ittihad. À ses côtés, j’ai compris que la culture était un engagement quotidien et que le savoir ne prenait tout son sens que lorsqu’il était partagé.
Il laisse derrière lui une œuvre riche et exigeante comprenant des traductions majeures, des essais, et trois recueils de poésie en français : Un semblant de déraison, Rien… ou presque et Résidus d’un autoportrait. Il affirmait que la poésie était sa « femme légitime », tandis que l’article et la traduction étaient ses « amantes ».
Avec le départ de Saïd Ahid, la scène culturelle perd l’un de ses artisans les plus discrets et essentiels. Que ses mots continuent d’être des passerelles ouvertes, et que sa mémoire éclaire nos chemins.
**Paris. Youssef Lahlali**

