Maroc

Régionaliser pour résister : enjeu crucial pour l’avenir.

Le gouvernement actuel a fait du populisme une méthode et promet la proximité tout en concentrant les décisions. L’Union socialiste, entre le onzième et le douzième Congrès national, choisit de reconstruire le politique là où le populisme l’a vidé de son sens.


**Le populisme, symptôme d’un gouvernement sans projet**

Le populisme n’est pas une dérive discursive accidentelle. Il est devenu le mode de gestion habituel d’un gouvernement dépourvu de vision. Lorsque les politiques publiques échouent, le slogan remplace la stratégie ; lorsque les inégalités s’accentuent, la communication prend le pas sur la décision ; lorsque la société doute, l’exécutif répond par la simplification et l’illusion.

C’est dans ce paysage appauvri que se joue aujourd’hui la responsabilité historique des partis politiques. Soit ils soutiennent la mise en scène permanente du gouvernement, soit ils reconstruisent le politique là où le populisme l’a vidé de son sens. Le chemin emprunté par l’Union socialiste entre le onzième et le douzième Congrès national relève clairement de ce dernier choix.

**Gouverner par le slogan, gouverner par le vide**

Le gouvernement actuel a fait du populisme une méthode. Il parle au nom du peuple sans jamais avoir mis en œuvre les démarches participatives nécessaires pour connaître ses préoccupations et encore moins ses attentes. Il promet la proximité tout en centralisant les décisions, il évoque l’efficacité tout en affaiblissant les institutions intermédiaires, et instrumentalise la détresse sociale pour masquer l’absence de réformes structurelles.

Ce populisme n’est pas simplement bruyant, il est également un instrument de gestion : chiffres sans vision, annonces sans suivi, réformes sans débat. Il produit une politique sans conflit assumé, donc sans choix démocratiques clairs. Face à cette logique, reconstruire des partis organisés n’est pas un luxe : c’est une nécessité démocratique.

**Agir face à la propagande**

Le populisme prospère grâce à la personnalisation du pouvoir et à l’éloignement des citoyens. Il rejette les partis structurés car ceux-ci introduisent débat, contrôle et contradiction.

La régionalisation partisane engagée par l’Union socialiste s’oppose à cette logique. Elle ne cherche pas à créer des images, mais à repolitiser l’organisation. Là où le gouvernement gère par le storytelling, l’Union socialiste privilégie le travail collectif, lent mais structurant. Là où l’exécutif réduit la politique à la gestion, le parti de la Rose la remet dans le champ du conflit social assumé.

**Décentraliser pour briser la logique populiste**

Le populisme se nourrit du centre : centre de décision, centre médiatique, centre de légitimité. En redonnant un rôle politique véritable aux régions et aux provinces, l’Union socialiste rompt cette mécanique. Elle refuse que la politique se fasse loin des territoires, loin des réalités sociales, éloignée des colères concrètes. Cette décentralisation n’est pas simplement administrative, elle est idéologique : elle affirme que la transformation sociale ne peut pas provenir d’un leader providentiel ni d’un cabinet fermé.

**Quand le gouvernement redoute les territoires**

Ce n’est pas un hasard si le gouvernement actuel se méfie des organisations territoriales solides. Elles sont incontrôlables, génèrent du débat et révèlent les contradictions entre le discours national et la réalité locale. En réhabilitant les niveaux provincial et régional, l’Union socialiste réalise exactement ce que le populisme craint : offrir une voix politique structurée aux territoires, capable de contester les récits officiels via l’expérience vécue.

**Démocratie militante contre démocratie d’audience**

Le populisme transforme le citoyen en spectateur. Il réclame l’adhésion, pas la participation. L’expérience de démocratie interne décentralisée menée par l’Union socialiste repose sur une logique inverse : former des militants actifs, capables de produire analyse, critique et propositions. C’est cette démocratie militante, exigeante et parfois conflictuelle, qui constitue le moyen le plus efficace de contrer la dépolitisation orchestrée par le gouvernement.

**Du XIe au XIIe Congrès : préparer l’alternative, pas seulement l’opposition**

Le onzième Congrès a permis de tenir bon dans la tempête. Le douzième doit permettre de passer à l’offensive politique. Face à un gouvernement qui confond stabilité et immobilisme, l’Union socialiste doit assumer une opposition de rupture : rupture avec les politiques d’inégalités, rupture avec la gouvernance par la communication, rupture avec le mépris des corps intermédiaires. L’objectif n’est pas de commenter l’échec du gouvernement, mais de préparer méthodiquement l’alternative.

**Le populisme ne se combat pas par des slogans, mais par des organisations**

On ne combat pas le populisme avec de meilleurs slogans. On le combat avec des partis enracinés, structurés, démocratiques, capables de transformer la colère sociale en projet collectif.

La régionalisation partisane n’est pas une innovation technique : c’est une arme politique contre la confiscation du pouvoir et la dépolitisation de la société. Si l’Union socialiste assume pleinement ce choix, sans compromis ni retour en arrière, elle peut redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une force de transformation démocratique, ancrée dans les territoires, fidèle à ses valeurs et capable de proposer au populisme gouvernemental une alternative crédible, sociale et profondément politique.

**Par Mohamed Assouali
Membre du Bureau politique
de l’Union socialiste des forces populaires**