Maroc

Mémoire et modernité : un enjeu majeur du XXIe siècle.

Le Maroc a poursuivi un travail de fond en matière de culture, de mémoire et de modernité, sous l’impulsion de S.M le Roi Mohammed VI, qui s’affirme comme un élément clé du récit marocain contemporain. La généralisation progressive de l’enseignement de l’amazigh, la multiplication des initiatives artistiques et l’intégration de cette dimension dans l’espace public témoignent d’une volonté de rééquilibrage mémoriel.


Dans le tumulte d’une année marquée par les urgences géopolitiques, les secousses économiques et les recompositions sociales, le Maroc a poursuivi, loin des bruits immédiats, un travail de fond dont l’importance dépasse largement le calendrier de l’actualité.

Ce travail, patient et presque silencieux, inscrit dans le temps long, fait de la culture, de la mémoire et de la modernité des leviers stratégiques de cohésion nationale, et non des slogans ou des ornements. Sous l’impulsion de S.M le Roi Mohammed VI, cette politique culturelle s’est affirmée comme l’un des fils les plus solides du récit marocain contemporain, reliant les multiples héritages du pays à une vision assumée de l’avenir.

Ce qui frappe d’abord dans cette relecture de l’année écoulée, c’est la continuité d’une orientation qui refuse les ruptures artificielles entre passé et présent. Le Maroc n’appréhende pas son histoire comme un musée figé, mais comme une matière vivante, engagée à dialoguer avec les mutations du monde. La restauration des médinas, la réhabilitation des ksours et des kasbahs, la valorisation des sites archéologiques, qu’ils soient amazighs, islamiques, juifs ou andalous, ne relèvent pas d’une nostalgie patrimoniale. Elles s’inscrivent dans un projet politique noble, affirmant que la nation se construit en intégrant la pluralité de ses racines et en les rendant visibles, lisibles et partageables par tous.

L’année écoulée a ainsi confirmé l’importance des lieux de mémoire comme espaces de transmission et de reconnaissance. La valorisation du patrimoine judéo-marocain, à travers la restauration de synagogues, de cimetières et de quartiers historiques, est une démarche rare dans la région. Elle rappelle que l’identité marocaine s’est forgée dans la coexistence de cultures et de confessions diverses. Ce choix, loin d’être anodin ou symbolique, constitue un message fort à l’adresse de la société marocaine et du monde, affirmant que la pluralité n’est pas une concession à la modernité, mais une composante essentielle de l’histoire nationale.

Dans le même esprit, l’importance accordée à la culture amazighe s’est soutenue, non comme un rattrapage tardif, mais comme une reconnaissance structurante. L’enseignement de l’amazigh s’est généralisé, les initiatives artistiques et éditoriales se sont multipliées, et cette dimension a été intégrée dans l’espace public et institutionnel. Cela témoigne d’une volonté de rééquilibrage mémoriel. Il s’agit moins d’ajouter une couche identitaire que de rétablir une continuité historique longtemps fragmentée, en réconciliant les différentes strates du récit marocain.

Cependant, cette politique de mémoire ne se limite pas à la conservation du passé. Elle est étroitement liée à une ambition de modernité culturelle, visible dans le développement des infrastructures dédiées à la création contemporaine. Musées, théâtres, bibliothèques, espaces d’exposition et de débat se multiplient ou se transforment, dessinant une cartographie culturelle plus dense et inclusive. Ces lieux ne sont pas des sanctuaires élitistes, mais des plateformes ouvertes, destinées à accueillir diverses expressions artistiques, à favoriser les rencontres entre générations et à nourrir une réflexion collective sur les mutations sociétales.

L’année passée a également mis en avant le rôle croissant des industries culturelles et créatives dans l’économie nationale. Le cinéma, la musique, l’édition, les arts visuels ne sont plus perçus comme des secteurs périphériques, mais comme des espaces créateurs de valeur, d’emplois et de rayonnement international. Le soutien institutionnel à ces filières, associé à l’émergence d’une nouvelle génération d’artistes et de producteurs, traduit une compréhension fine des enjeux contemporains, où la culture devient un vecteur de soft power, mais aussi un reflet des transformations sociales.

Cette dynamique culturelle prend un sens particulier dans un contexte mondial marqué par la fragmentation identitaire et la tentation du repli. En investissant le domaine de la mémoire partagée et de la création, le Maroc propose une autre voie, basée sur l’articulation plutôt que sur l’opposition, sur l’intégration plutôt que sur l’exclusion. Ainsi, la culture devient un langage commun, capable de transcender les clivages sociaux, territoriaux et générationnels, et de renforcer le sentiment d’appartenance à un destin collectif.

Il serait toutefois réducteur de considérer ces initiatives comme une simple politique d’image ou un exercice de communication. Leur inscription dans la durée, leur cohérence et leur ancrage institutionnel témoignent d’une vision stratégique portée au plus haut niveau de l’État. Sous le règne de S.M Mohammed VI, la culture a cessé d’être un domaine marginal pour devenir un pilier discret mais essentiel du projet national. Elle accompagne les grandes réformes économiques et sociales, leur donnant une profondeur symbolique sans laquelle aucune transformation durable n’est envisageable.

À l’heure de dresser le bilan de l’année, ce volet culturel apparaît ainsi comme l’un des plus révélateurs du Maroc en mouvement. Un Maroc qui avance sans renier son essence, qui assume la complexité de son héritage et la transforme en force. Dans un monde où la vitesse menace souvent la mémoire, le choix du long terme, de la transmission et de la pluralité se présente comme un acte de lucidité politique et de maturité culturelle.

C’est peut-être dans cette alliance patiente entre mémoire et modernité que se joue une part essentielle de la cohésion nationale et de la singularité marocaine au XXIe siècle.