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Les Cubains ne craignent pas des temps plus difficiles après la chute de Maduro.

En 2021, des milliers de Cubains ont manifesté en poussant des cris tels que « On a faim » et « A bas la dictature ». Selon Jorge Piñón, chercheur à l’Université du Texas, Caracas a livré entre 30.000 et 35.000 barils de pétrole par jour au cours du dernier trimestre de 2025, représentant 50% du déficit pétrolier de l’île.


« 2026 va être dur » : les Cubains, déjà affectés par une grave crise économique, s’attendent à des jours encore plus difficiles après la chute du président Nicolas Maduro au Venezuela, un allié proche de La Havane et son principal fournisseur de pétrole.

« Comme le Venezuela est le principal fournisseur (…) de pétrole » à Cuba, la situation économique va « devenir un peu compliquée », admet Axel Alfonso, un chauffeur de 53 ans qui a vécu toute sa vie, comme 80% des Cubains, sous la pression de l’embargo économique américain en vigueur depuis 1962. « Je ne veux pas être pessimiste, je suis réaliste : 2026 va être dur, très dur », confie-t-il.

Madelin Terris, 55 ans, réceptionniste dans un ministère, admet également que la situation économique de l’île, déjà difficile, risque « d’empirer ». Dimanche, Donald Trump a déclaré que le pays communiste, ayant résisté à la pression d’une douzaine de gouvernements américains, était « prêt à tomber » après l’arrestation de Nicolas Maduro. Il a minimisé la nécessité d’une intervention militaire américaine, estimant qu’il serait compliqué pour le pays de se maintenir sans le pétrole vénézuélien.

« Tout s’écroule », a affirmé le dirigeant qui, durant son premier mandat (2017-2021), a renforcé, plus que tout autre président américain, les sanctions économiques contre l’île, après le bref réchauffement diplomatique initié par Barack Obama.

En 1991, Cuba, située à environ 150 kilomètres des côtes de Floride et affaiblie par la chute du bloc soviétique, avait réussi à surmonter une grave crise économique en s’ouvrant au tourisme et à l’investissement étranger.

À partir de 2000, le pays a pu s’appuyer sur un accord de coopération signé avec le Venezuela du président Hugo Chavez (1999-2013), qui prévoyait un approvisionnement en pétrole en échange de l’envoi de médecins et de professeurs.

Caracas a encore livré, au cours du dernier trimestre de 2025, entre 30.000 et 35.000 barils par jour, soit l’équivalent de 50% du déficit pétrolier de l’île, a précisé à l’AFP Jorge Piñón, chercheur à l’Université du Texas.

Cependant, en raison du durcissement des sanctions américaines, de la faible productivité de son économie planifiée, de la chute du tourisme et de l’échec d’une réforme monétaire, Cuba, qui compte 9,6 millions d’habitants, a replongé dans une crise particulièrement aiguë.

En cinq ans, le PIB cubain a chuté de 11% et le gouvernement manque cruellement de devises pour assurer les services de base, notamment le fonctionnement de son réseau électrique vétuste, le maintien de son système de santé et la fourniture de denrées subventionnées.

Ces difficultés économiques ont été un déclencheur des manifestations antigouvernementales sans précédent du 11 juillet 2021, où des milliers de Cubains ont envahit les rues en criant « On a faim », « À bas la dictature ». Depuis, les coupures d’électricité et les pénuries alimentent le mécontentement et ont entraîné des manifestations sporadiques dans le pays.

Une éventuelle interruption de l’approvisionnement en pétrole vénézuélien suscite des inquiétudes, alors que les coupures de courant ont pu atteindre 40 heures dans certaines provinces.

« Nous vivons une période d’incertitude », reconnaît Daira Pérez, avocate de 30 ans, qui tente de se rassurer en soulignant qu’actuellement, « il n’y a pas eu de changement significatif dans la politique du Venezuela » envers Cuba.

Pour Jorge Piñón, « il n’est pas éclairci si les livraisons de pétrole vénézuélien à destination de Cuba vont se poursuivre ». Mais « Cuba n’a ni les ressources pour acheter ce volume sur les marchés internationaux, ni un allié politique capable de l’en sortir ».

Malgré leurs craintes, les Cubains, habitués depuis plus de soixante ans aux menaces et aux moments de forte tension avec leur puissant voisin, vaquaient lundi à leurs occupations. « Voilà 60 ans que nous nous battons, il faut continuer », assure Axel Alfonso.

Roberto Brown, 80 ans, a vécu le blocus naval imposé par Washington lors de la crise des missiles de 1962, qui a plongé le monde au bord d’une guerre nucléaire.

Donald Trump « sait » dans quel pays « il va mettre les pieds », assure-t-il. « Un missile (…) peut arriver ici, mais peut aussi arriver là-bas », lance-t-il.