Maroc

L’effondrement de la classe moyenne en France : un constat alarmant.

La classe moyenne, qui représentait plus de 53% des ménages il y a quinze ans, ne pèse plus qu’environ 44% aujourd’hui, avec une tendance clairement aggravée depuis la pandémie. Le chômage atteint plus de 13% au niveau national et plus de 30% chez les jeunes urbains.


L’affaiblissement rapide de la classe moyenne au Maroc ne s’explique ni par des fluctuations conjoncturelles, ni par des crises internationales inévitables. Il résulte directement de choix politiques délibérés, qui ont transformé cette catégorie en variable d’ajustement permanente des politiques publiques. Une classe qui contribue à l’économie, qui participe, mais que l’Etat a délaissée. L’effondrement de la classe moyenne compromet non seulement le pouvoir d’achat, mais aussi le contrat social lui-même.

**Une classe moyenne sacrifiée pour préserver les “équilibres”**

La classe moyenne n’est pas un luxe, elle est essentielle à la stabilité, moteur de la consommation intérieure, principale source de revenus fiscaux, et garante d’une mobilité sociale. Dans tous les pays, sa consolidation est un choix stratégique. Au Maroc, elle est devenue une victime silencieuse.

Pour maintenir les équilibres macroéconomiques, les gouvernements successifs — et surtout l’actuel — ont mis en place un glissement progressif : moins de protection publique, augmentation des charges pour les ménages, hausse des impôts indirects, et baisse de la qualité des services. La classe moyenne ne progresse plus, elle endure. Elle ne se projette plus dans l’avenir, elle se contente de survivre.

Ce changement n’est pas naturel, il reflète un recul délibéré de l’Etat social, remplacé par une administration comptable, sourde aux besoins sociaux et obsédée par la présentation budgétaire.

**Inflation et salaires bloqués : un appauvrissement organisé**

Les chiffres illustrent la réalité : la classe moyenne, qui représentait plus de 53% des ménages il y a quinze ans, ne représente plus qu’environ 44% aujourd’hui, tendance aggravée depuis la pandémie.

L’inflation a été un révélateur brutal. Elle a atteint 6,6% en 2022 et plus de 5% en 2023, érodant le revenu réel des ménages. Face à cette hausse, les salaires sont restés largement stagnants, surtout dans le secteur privé, où plus de 70% des employés n’ont bénéficié d’aucune revalorisation significative.

Parallèlement, les coûts ont explosé :
– Les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 20 à 35% ;
– Le coût du transport a crû de 25% ;
– Les ménages financent près de 55% des dépenses de santé ;
– Le déclin de l’école publique oblige la classe moyenne à se tourner vers l’enseignement privé.
Ce n’est plus une simple perte de confort, mais un processus d’appauvrissement structurel, dissimulé derrière une communication officielle déconnectée de la réalité. La classe moyenne paie plus, reçoit moins et perd toute visibilité sur l’avenir.

**Budgets sociaux : un mirage**

Le budget de la loi de Finances dépasse aujourd’hui 500 milliards de dirhams. Pourtant, son impact social demeure marginal. La santé ne représente qu’environ 6% du budget général, avec des dépenses publiques frôlant à peine 2% du PIB. Bien que l’éducation ait un poids budgétaire considérable, ses crédits sont absorbés par les dépenses de fonctionnement, sans amélioration significative de la qualité.

On évoque un Etat social, mais la réalité est tout autre :
– La fiscalité repose massivement sur les impôts indirects ;
– La classe moyenne finance l’essentiel des efforts nationaux ;
– Les niches fiscales, la rente, et l’évasion fiscale sont toujours tolérées.
C’est une imposture politique. Un Etat qui se dit social tout en transférant le poids de son financement à la classe moyenne ne peut être qualifié d’Etat social. Il s’agit d’un Etat qui impose ses renoncements à ceux qui n’ont ni privilèges ni rentes.

**Chômage massif et rente protégée : un double sabotage**

Le chômage aggrave cette fragilisation. Il dépasse 13% au niveau national, atteint plus de 30% chez les jeunes urbains et près de 20% chez les diplômés : l’ascenseur social est à l’arrêt. Un diplôme ne garantit plus l’emploi, et travailler ne signifie plus être intégré.

Dans le même temps, la rente économique continue de croître. Des secteurs clés sont verrouillés, faussant la concurrence, tandis que les marges augmentent sans bénéfice pour les prix ni pour l’emploi. Les rapports officiels l’affirment : certaines libéralisations ont enrichi quelques individus sans servir l’intérêt collectif.

Face à ces déséquilibres, le gouvernement invoque constamment des alibis : crises internationales, contraintes extérieures, héritage du passé. Jamais de volonté de rupture. La vérité est claire : il manque une volonté politique pour s’attaquer aux intérêts dominants et remettre la justice sociale au cœur de l’action publique.

**Conclusion – 2026 : un choix décisif**

Il n’y a plus de place pour la neutralité politique lorsque la classe moyenne est systématiquement affaiblie. Ce qui se joue actuellement au Maroc n’est pas qu’une conjoncture économique difficile, mais une rupture profonde du contrat social. Un Etat qui ne protège plus sa classe moyenne abandonne sa mission fondamentale : assurer la stabilité, l’équité et l’avenir.

L’appauvrissement de cette catégorie n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat de choix politiques clairs, basés sur le sacrifice silencieux de ceux qui travaillent, paient leurs impôts, et soutiennent l’économie. Pendant que la classe moyenne endure l’inflation, la fiscalité injuste et la dégradation des services publics, la rente est préservée, les privilèges demeurent protégés, et l’irresponsabilité politique s’installe.

En demandant sans cesse à la classe moyenne de “tenir encore”, le pouvoir se fragilise lui-même. Une société sans une classe moyenne forte n’est ni stable, ni juste, ni durable. Elle devient un terreau propice à la colère sociale, à la défiance politique, et au désengagement citoyen. C’est une mise en garde, pas une hypothèse.

L’échéance de 2026 ne doit pas être simplement une date électorale. Elle doit représenter un moment de rupture démocratique, un refus collectif de la résignation. Le Maroc doit choisir entre persister dans un modèle qui socialise les pertes et privatise les profits ou opter pour une transition claire vers un Etat social concret, protecteur et équitable. Il n’y aura pas de demi-mesures. Pas d’Etat social sans justice fiscale. Pas de cohésion sans services publics forts. Pas de stabilité sans travail décent et redistribution équitable.

Protéger la classe moyenne n’est pas qu’un slogan, c’est un acte politique. Ne pas le faire, c’est accepter la fracture sociale. En 2026, il ne s’agira pas seulement de désigner des représentants, mais de trancher sur le contrat social que nous voulons et sur ceux que nous sommes prêts à sacrifier. Car lorsque la classe moyenne est abandonnée, ce n’est pas elle seule qui s’effondre. C’est l’ensemble de la société qui vacille.

**Mohamed Assouali**
*Membre du bureau politique de l’USFP, Secrétaire provincial du parti – Tétouan*