Le quotidien des Cubains sans carburant en 2023
La vente de diesel est désormais suspendue à Cuba et la vente d’essence est rationnée, permettant aux propriétaires de véhicules d’accéder à 20 litres via une application. Selon une étude du cabinet de consultant cubain Auge, 96,4% des petites et moyennes entreprises privées, soit plus de 8.900 entreprises, sont touchées de façon « sévère » à « catastrophique » par la pénurie de carburant.
Coupures de courant prolongées, transport limité, emplois menacés et prix à la hausse : la crise énergétique impacte la vie quotidienne des Cubains, tandis que l’état des réserves de carburant demeure incertain.
Sur l’île de 9,6 millions d’habitants, la vente de diesel a été suspendue et l’essence est fortement rationnée. Les propriétaires de véhicules peuvent accéder à 20 litres d’essence via une application dédiée, ce qui peut prendre plusieurs mois. Le transport public a été considérablement réduit, et les prix des courses des rares taxis privés encore en circulation à La Havane ont doublé, ce qui a également affecté les triporteurs électriques servant de transport collectif.
« Selon une étude du cabinet de consultant cubain Auge, 96,4% des petites et moyennes entreprises privées, représentant plus de 8.900 entreprises, sont touchées de manière ‘sévère’ à ‘catastrophique’ par la pénurie de carburant », indique le rapport. « Les temps sont compliqués », confie à l’AFP Yixander Diaz, un maçon de 27 ans habitant un quartier périphérique de La Havane, qui se déplace à vélo, transportant outils et matériaux. Un chauffeur de taxi a été contraint de « ranger la moto, la voiture et prendre le vélo » pour retrouver son ancien métier de maçon et « continuer à survivre » afin de nourrir ses deux enfants.
Le gouvernement a promis de maintenir à 100% les salaires des employés d’État pendant au moins un mois après l’annonce d’un ensemble de mesures, incluant le télétravail et la semaine de quatre jours, pour réduire la consommation d’électricité et de carburant. Cependant, le ralentissement de l’activité économique commence déjà à affecter les entreprises privées, les travailleurs indépendants et les petits emplois informels.
« A tout moment, je peux me retrouver sans travail et je ne sais pas comment je vais nourrir ma famille », s’inquiète Alexander Callejas, 49 ans, gardien de voiture devant un restaurant de la Vieille Havane, où les clients arrivant en voiture se font de plus en plus rares.
La production de pétrole à Cuba ne suffit qu’à assurer le fonctionnement des centrales thermiques pour la génération d’électricité. Le manque de diesel bloque les générateurs qui complètent la production. Entre le 1er janvier et le 15 février, la disponibilité d’électricité a diminué de 20% par rapport à 2025, une année où Cuba avait à peine satisfait la moitié de ses besoins, selon des données officielles analysées par l’AFP. Cependant, cette baisse est atténuée par une augmentation notable de la production d’énergie solaire depuis début 2026 (+42,3% par rapport à 2025).
Dans le quartier du Centro à La Havane, Eduardo, qui a préféré garder l’anonymat, attend avec résignation le retour de l’électricité « pour pouvoir cuisiner ». « On nous la coupe tous les jours », déplore-t-il.
La montée des prix du carburant et la pénurie de transports ont provoqué une hausse des tarifs de produits tels que l’huile dans les commerces privés, ainsi que de certaines denrées agricoles, ce qui rend l’offre déjà limitée encore plus coûteuse, dans un pays qui importe 80% de sa nourriture. Luis Amauri Morales, 52 ans, vendeur ambulant de fruits et légumes, signale que ces produits frais deviennent chaque jour plus onéreux. « La pénurie peut arriver » si la crise du carburant et l’augmentation du prix du pétrole persistent, redoute-t-il, alors qu’un litre de pétrole s’échange à 5 dollars sur le marché noir.
Dans le même quartier, Yordan Gonzalez, 20 ans, employé d’un petit kiosque vendant des fruits, légumes et quelques produits importés, éprouve déjà les conséquences de cette pénurie. « Nous commençons à travailler à neuf heures du matin et à midi nous devons déjà fermer, parce qu’il n’y a pas de marchandise » et « il n’y a pas de carburant » pour en faire venir davantage.
Au port de Mariel, le principal port commercial de La Havane, les conteneurs s’accumulent en raison du manque de diesel pour distribuer les marchandises, selon une source du secteur contactée par l’AFP.

