Maroc

Le découpage électoral : une lutte démocratique avant les élections

L’Union socialiste des forces populaires (USFP) a appelé à l’ouverture d’une concertation nationale sérieuse autour des décrets d’application encadrant le processus électoral. Plus de quatorze ans se sont écoulés depuis l’adoption du découpage électoral actuel sans qu’une révision globale n’intervienne, alors que les dynamiques de migration interne et l’urbanisation accélérée ont profondément modifié la répartition de la population.


À l’approche des élections législatives de 2026, le débat sur les règles régissant les affaires publiques refait surface dans la scène politique. C’est dans ce contexte que l’Union socialiste des forces populaires (USFP) a lancé un appel à une concertation nationale sur les décrets régissant le processus électoral, mettant en lumière une question cruciale : l’équité du découpage électoral et la valeur du vote de chaque citoyen.

**Une concertation nécessaire**

Face à la résurgence du débat national concernant les modalités d’organisation des prochaines élections législatives, le Bureau politique de l’USFP a plaidé en faveur d’une véritable concertation nationale sur les décrets d’application encadrant le processus électoral.

Cette initiative survient à un moment politique particulier, suite à l’annonce unilatérale par le gouvernement de la date des élections législatives, fixée au 23 septembre 2026. Cette décision a rapidement suscité des interrogations légitimes sur les motifs pouvant justifier un tel choix, sans consultation des principaux intéressés, à savoir les partis politiques, concernant l’organisation de cet exercice démocratique majeur.

Une annonce réalisée sans cadre concerté nourrit inévitablement un sentiment de méfiance. Elle donne l’impression que la majorité gouvernementale désire contrôler tous les paramètres du prochain processus électoral.

Au-delà de cette polémique, la déclaration du Bureau politique remet sur le tapis une question fondamentale : celle des règles du jeu démocratique.

En effet, les élections, en tant qu’exercice démocratique, ne se limitent pas au jour du vote. Elles commencent bien plus tôt, dès lors que se dessine la carte électorale qui détermine le poids de chaque voix.

**Les règles du jeu démocratique**

Il n’est pas anodin que le débat sur le système électoral resurgisse, car il est l’un des indicateurs les plus révélateurs de la maturité de l’expérience démocratique marocaine. Une élection ne se résume pas à un simple scrutin. Elle représente un moment fondateur pour la légitimité des institutions et pour l’équilibre des forces politiques au sein de la société.

C’est dans cette optique que l’appel à une concertation nationale autour des décrets d’application prend tout son sens. Il vise à replacer le débat au bon endroit : sur les règles du jeu avant les résultats.

Les textes réglementaires qui régissent les élections — qu’il s’agisse du découpage électoral, de la révision des listes électorales, de l’organisation de la campagne ou de la création des bureaux de vote — peuvent sembler techniques. Cependant, ils constituent l’ossature même de la crédibilité démocratique.

**Une représentation devenue inégalitaire**

Le découpage électoral ne se limite pas à une simple opération administrative divisant le territoire en circonscriptions. C’est une décision hautement politique qui façonne la forme et l’équilibre de la représentation nationale.

Dans de nombreuses démocraties, la carte électorale fait l’objet d’une révision régulière sur la base des recensements de la population, afin de garantir une représentation équitable des citoyens. Au Maroc, plus de quatorze ans se sont écoulés depuis l’adoption de l’actuel découpage électoral, sans qu’une révision globale ait eu lieu, alors même que la carte démographique du pays a considérablement évolué.

Les résultats du recensement général de la population et de l’habitat de 2024 ont d’ailleurs confirmé l’ampleur de ces transformations. Les dynamiques migratoires internes et l’urbanisation rapide ont profondément modifié la répartition de la population entre les régions et les grandes villes.

En prenant comme référence un ratio moyen d’environ 86 000 habitants par député, les écarts observés entre certaines circonscriptions sont particulièrement marquants. Dans plusieurs grandes circonscriptions urbaines, comme Tanger-Assilah, Al Menara ou Sidi Bernoussi, le nombre d’habitants par siège parlementaire dépasse désormais 170 000 à 200 000 habitants. À l’inverse, d’autres circonscriptions peuvent compter moins de 35 000 habitants, ou être proches des 60 000 habitants.

Un tel déséquilibre remet en cause le principe fondamental d’égalité entre les citoyens au regard de la valeur de leur vote. Il introduit également une distorsion dans le poids politique des territoires et influe inévitablement sur la nature de la représentation parlementaire.

**Petites circonscriptions et influence locale**

À ces déséquilibres démographiques s’ajoute un autre problème structurel : la taille de nombreuses circonscriptions électorales. Environ 60% des circonscriptions ne possèdent pas plus de deux ou trois sièges. Dans ces espaces électoraux restreints, la compétition politique tend à s’affaiblir, laissant souvent place à des logiques d’influence locale.

Dans ce type de configuration, réseaux d’intérêts, notabilités locales et parfois argent électoral dominent le débat politique et programmatique.

Il arrive même que les résultats soient prévisibles avant l’ouverture des bureaux de vote. Cette situation fragilise la crédibilité du processus électoral et affaiblit le rôle des partis qui s’efforcent de défendre la transparence et l’intégrité du scrutin.

**Un test démocratique pour 2026**

La question du découpage électoral transcende désormais le cadre technique. Elle constitue un enjeu politique majeur qui touche au cœur de la crédibilité des institutions représentatives.

Après les transformations démographiques révélées par le recensement général de 2024, continuer à s’appuyer sur une carte électorale conçue il y a plus d’une décennie semble difficilement compatible avec les exigences d’une démocratie moderne.

Les élections législatives de 2026 seront, à ce niveau, un moment décisif. Leur réussite ne se mesurera pas seulement par le taux de participation, mais également par la capacité des institutions à assurer des règles du jeu équitables, transparentes et respectueuses du principe d’égalité entre les citoyens. Car la confiance dans la vie politique ne peut être décrétée ; elle se construit par le biais d’institutions crédibles et de procédures justes.

À l’approche de ces échéances, le Maroc se doit d’envoyer un signal clair : celui d’un processus électoral fondé sur l’équité, la transparence et la responsabilité politique.

Car, au final, une démocratie solide ne se juge pas seulement à travers la tenue des élections, mais aussi à la justesse des règles permettant aux citoyens d’y participer sur un pied d’égalité.

**Par Mohamed Assouali**
*Membre du Bureau politique*
*Secrétaire provincial de l’Union socialiste des forces populaires à Tétouan*