L’Algérie ne se nourrit pas de ses propres récoltes, hostilité envers le Maroc.
Les douaniers mauritaniens ont récemment immobilisé plusieurs convois chargés de légumes au « kilomètre 55 », un point de contrôle entre le Maroc et la Mauritanie. En l’espace d’une semaine, les prix des denrées de base ont bondi de plus de trente pour cent sur les marchés locaux, entraînant une pénurie artificielle.
Il arrive parfois que la vérité prenne des chemins imprévus pour se faire connaître. Cette fois-ci, elle a choisi de passer par les routes sablonneuses du Sahara, les bâches de camions anonymes et les documents manquants d’un chargement de pommes de terre. Sur une voie poussiéreuse du nord-est mauritanien, les douaniers ont récemment immobilisé plusieurs convois chargés de légumes. Un geste technique qui semble banal en apparence. Cependant, cette saisie révèle une réalité significative sur l’hypocrisie d’un régime algérien qui s’oppose publiquement à ce dont il dépend secrètement.
**La scène du crime : le kilomètre 55**
Il s’agit d’un point de contrôle sans attrait, le « kilomètre 55 », comme le désignent les autorités mauritaniennes. Ce carrefour anonyme du désert est l’endroit où le bitume commence à céder la place aux incertitudes de la frontière. C’est ici, à la croisée de deux mondes, que les douaniers ont choisi de dresser leur ligne de défense. C’est là que le stratagème a été dévoilé.
Les faits sont simples, presque trop simples au regard de la complexité des enjeux qu’ils révèlent. Des camions transportant des tomates, des oignons et des pommes de terre traversent habituellement le poste de Guerguerat, à la frontière entre le Maroc et la Mauritanie. Rien d’illégal jusqu’à présent : il s’agit d’exportations agricoles tout à fait ordinaires, reflet d’une filière marocaine en pleine expansion vers le sud du continent. Cependant, une fois en territoire mauritanien, une part de ces cargaisons ne s’arrête pas. Elles ne se dirigent ni vers les marchés de Nouakchott ni vers les étals de l’intérieur du pays. Elles poursuivent leur chemin vers le nord-est, vers cette frontière algérienne bien connue, mais que personne, officiellement, n’emprunte pour ce type de commerce.
Déchargés puis rechargés, cachés, redistribués : les légumes marocains commencent ainsi un second voyage, clandestin, vers Tindouf et les zones du sud-ouest algérien.
**Une pénurie qui trahit tout**
Ce qui a alerté les autorités mauritaniennes n’est ni une dénonciation ni un rapport de renseignement, mais les estomacs des Mauritaniens. En une semaine, les prix des produits de base avaient flambé de plus de trente pour cent sur les marchés locaux. Les étals se vidaient. Les ménagères rentraient chez elles sans rien. Il s’agissait d’une pénurie artificielle, causée non par la sécheresse ou une mauvaise récolte, mais par la rapacité d’un trafic qui siphonnait les ressources mauritaniennes pour les rediriger vers un pays voisin incapable de subvenir à ses propres besoins.
Cette réalité économique brute illustre, mieux que n’importe quelle démonstration théorique, la valeur des grands discours algériens sur la souveraineté alimentaire et l’indépendance nationale. Alors que les ministres algériens annoncent des plans quinquennaux et dignifient les mérites d’une agriculture nationale « en perpétuel essor », les habitants de Tindouf attendent que des camions en provenance du Maroc — via la Mauritanie, par des circuits informels, via des intermédiaires qui préfèrent l’ombre — leur apportent les éléments nécessaires pour préparer le dîner.
**Guerguerat, malgré tout, continue**
Un détail dans cette affaire ne doit pas être négligé. Pendant toute la durée des saisies et du renforcement des contrôles mauritaniens, le flux d’exportations marocaines via Guerguerat n’a pas été interrompu. Pas une heure de retard, pas un camion de moins. Le Maroc livre régulièrement, en toute transparence, et respecte ses engagements. Ce sont les détournements qui ont été stoppés, non la source.
Cette continuité envoie un message politique clair. Le Maroc n’a pas besoin de se défendre, de s’expliquer ou de se justifier. Son agriculture parle d’elle-même, quotidiennement, sur les marchés de Nouakchott, de Dakar, d’Abidjan et, malgré tous les obstacles idéologiques, jusqu’aux tables de Tindouf.
**La Mauritanie, souveraine et lucide**
Il convient de rendre hommage au gouvernement mauritanien pour la fermeté dont il a fait preuve. Ayant rapidement compris que son territoire était utilisé comme zone de transit dans un jeu plus vaste, mais dont il subissait des conséquences directes, Nouakchott a agi avec une détermination remarquable. Le blocage des cargaisons suspectes, le renforcement de la surveillance des axes frontaliers nord-est et la communication claire sur les raisons de ces mesures témoignent d’un État qui refuse de laisser sa sécurité alimentaire devenir la variable d’ajustement des contradictions algériennes.
Les effets ont été immédiats et palpables. Dès le début de la semaine, les marchés mauritaniens reprenaient vie. Les légumes réapparaissaient sur les étals. Les prix commençaient à descendre. La vie reprenait son cours normal, débarrassée du parasite que constituait ce circuit illégal.
**Ce que cette affaire dit du Maghreb**
Vu depuis Rabat, cet épisode mauritanien illustre clairement les deux visages du Maghreb contemporain. D’un côté, un Maroc qui construit, qui exporte, qui s’intègre dans les chaînes de valeur africaines avec méthode et ambition, dont les produits franchissent les frontières parce qu’ils sont désirés, recherchés, essentiels. De l’autre, une Algérie qui gesticule, qui ferme, qui interdit et qui dénonce, mais qui tend néanmoins la main vers ce qu’elle prétend rejeter.
L’histoire des légumes marocains n’est pas une simple anecdote. C’est une métaphore. Celle d’un pays, l’Algérie, qui a fait du rejet du Maroc un projet politique, et qui découvre, dans la poussière du désert et à travers les camions saisis au kilomètre 55, que la réalité finit toujours par se venger des postures. Le Maroc, pour sa part, n’a pas besoin de répondre. Ses tomates l’ont déjà fait.
**Mehdi Ouassat**

