Maroc

La statue vivante de Lumumba, symbole des tribunes congolaises

Michel Kuka Mboladinga a incarné Patrice Lumumba durant la 35e édition de la Coupe d’Afrique au Maroc, se distinguant par sa posture et ses costumes au stade Moulay El Hassan. La République démocratique du Congo a été éliminée en 8e de finale par l’Algérie sur un but à la 119e minute.


Une icône de la CAN. Immuable durant tous les matches de la République Démocratique du Congo, Michel Kuka Mboladinga, supporter congolais, a marqué la 35e édition de la Coupe d’Afrique au Maroc en se transformant en statue vivante à l’effigie de Patrice Lumumba, héros de l’indépendance du Congo.

Debout sur un présentoir dans les tribunes, regardant le ciel, le bras droit levé, la main ouverte, l’autre le long du corps, il s’est d’abord fait remarquer par sa posture solennelle, puis par ses tenues aux couleurs vives : veste jaune ou bleue, cravate assortie et pantalon rouge. Il a fait sensation dans les médias, jusqu’à ce mardi à Rabat, où le parcours de la RDC a brutalement pris fin en 8e de finale.

Pour ce match décisif contre l’Algérie, l' »animateur » vedette est arrivé au stade Moulay El Hassan avec une délégation de plusieurs centaines de supporters congolais, envoyés par le gouvernement de la République Démocratique du Congo, éliminée en prolongation, après un match très serré (1-0).

Comme lors des précédentes rencontres, sa silhouette s’inspirait d’une statue monochrome de Patrice Lumumba, Premier ministre du Congo pendant quelques mois en 1960, qui se trouve sur son mausolée de béton et de verre à Kinshasa, la capitale de la RDC.

Racisme

Selon des historiens, c’est un discours virulent contre le racisme des colons belges qui a propulsé Patrice Lumumba dans la légende, le 30 juin 1960, jour de la proclamation de l’indépendance de l’ancienne colonie belge. Un discours qui a également scellé le destin de ce nationaliste, perçu comme un communiste par ses détracteurs.

Après seulement 75 jours au pouvoir, il fut renversé et assassiné le 17 janvier 1961 à Shilatembo, dans le Haut-Katanga (sud-est), par des séparatistes katangais et des mercenaires belges.

Son corps, dissous dans l’acide, n’a jamais été retrouvé. Il a fallu des décennies pour découvrir que des restes humains avaient été conservés en Belgique, dont une dent. Cette affaire reste l’une des pages les plus sombres des relations entre la Belgique et son ancienne colonie.

Pour ses pairs, l’incarnation de Patrice Lumumba par Michel Kuka Mboladinga est une « fierté », déclare Houssen Ilunga, un supporter congolais de 24 ans rencontré lundi à Casablanca, lors d’une répétition préparant un « spectacle » dans les tribunes.

Une dizaine de personnes se trouvent alors sur le parvis d’un hôtel, chantant et dansant au rythme de maracas, mbonda et ngongi. Vêtus de maillots des Léopards -le surnom de l’équipe nationale- ou de jupes en raphia, ils scandent le nom de « Lumumba », bras levé, à l’image de la statue.

Michel Kuka Mboladinga est « notre frère », souligne Laetitia Malula, supportrice congolaise de 30 ans, les cheveux ornés d’extensions bleues, jaunes et rouges. Il a « choisi d’imiter Lumumba (…) notre héros. C’est pour cela que nous chantons » son nom, affirme-t-elle.

Lors de cette répétition, l’absence de Michel Kuka Mboladinga n’est pas passée inaperçue : est-ce une mise au vert avant le match ou une consigne de discrétion médiatique pour ne pas détourner l’attention de l’équipe ?

Ambassadeur

Le lendemain, la nouvelle icône congolaise est bien présente dans les tribunes de Rabat. Après un long combat, la RDC doit cependant s’incliner face à l’Algérie, sur un but à la 119e minute… Michel Kuka Mboladinga est rapidement escorté hors du stade.

Pour Sofiane Mejot, manager franco-algérien de 40 ans, il aura été un « ambassadeur » de l’équipe nationale, mettant « la lumière sur les supporters et sur le Congo ».

Joujou Soki, chanteur et membre de la délégation congolaise, affiche également un état d’esprit amer. « C’est la première fois que je vois (…) une telle force au niveau de l’équipe, de tels encouragements », souligne le quadragénaire. Est-ce un effet de Michel Kuka Mboladinga ? Parmi les organisateurs de l’animation des supporters congolais, Jered Bitobo, 35 ans, dit connaître très bien celui qui aurait commencé à incarner la statue de Lumumba il y a plusieurs années pour l’AS Vita Club, un club congolais.

« C’est un message fort, à la fois au niveau international et local. La main ouverte est un symbole de paix et nous avons besoin de paix dans notre pays », soutient-il. Il ne connaît cependant pas l’origine exacte de l’inspiration de Michel Kuka Mboladinga, mais évoque une ressemblance physique avec Patrice Lumumba et mentionne même de possibles liens familiaux entre l’ancien Premier ministre et le supporter, tous deux originaires de la même tribu.

« Une fois, je lui ai demandé : +Mais pourquoi est-ce que tu ne regardes pas aussi les matches ?+ Il m’a répondu : +Je prie (…) le Seigneur, qu’il puisse accompagner notre équipe, qu’on puisse gagner+ ».