Maroc

La résolution onusienne 2797 : ne rien attendre de plus !

Des délégations de haut niveau des Etats-Unis et des Nations unies ont facilité des discussions à Madrid, en Espagne, avec le Maroc, le polisario, l’Algérie et la Mauritanie, portant sur la mise en œuvre de la résolution 2797 (2025) du Conseil de sécurité des Nations unies relative au Sahara occidental. Moussaoui Ajlaoui a précisé que le dossier du Sahara apparaît plus que jamais comme un élément central d’une recomposition des équilibres régionaux.

«Des délégations de haut niveau des Etats-Unis et des Nations unies ont facilité des discussions à Madrid, en Espagne, avec le Maroc, le polisario, l’Algérie et la Mauritanie, portant sur la mise en œuvre de la résolution 2797 (2025) du Conseil de sécurité des Nations unies relative au Sahara occidental».

La mission américaine auprès des Nations unies a donc publié un communiqué très succinct, se contentant de confirmer la tenue de la rencontre et d’identifier les parties présentes, sans fournir de détails sur le contenu des échanges ni sur les avancées concrètes.

Cette réserve de ton et d’informations contraste avec l’importance politique de cette rencontre et suscite diverses interprétations quant à la nature sensible de cette phase de discussions.

La réunion, qui s’est déroulée dans la plus grande discrétion à l’ambassade des Etats-Unis à Madrid, a rassemblé des délégations de haut niveau menées par les ministres des Affaires étrangères du Maroc, Nasser Bourita, de l’Algérie, Ahmed Attaf, de la Mauritanie, Mohamed Salem Ould Merzoug, et un représentant des sépartistes, Mohamed Yeslem Beissat.

Ont également assisté à cette réunion Masad Boulos, envoyé spécial du président Donald Trump pour l’Afrique, Michael Waltz, représentant des Etats-Unis auprès des Nations unies, et Staffan de Mistura, Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara.

« Le dossier du Sahara marocain est entré dans une nouvelle phase décisive, tant au niveau régional qu’international et onusien ». C’est ce qu’affirme Moussaoui Ajlaoui, expert associé à Ames-Center, en commentant la réunion à huis clos consacrée à la question du Sahara marocain, orchestrée par les Etats-Unis à l’ambassade américaine à Madrid.

Selon l’analyste marocain, spécialiste de la question du Sahara, les récents développements attestent un tournant majeur : la question ne se pose plus en termes de référendum d’autodétermination, mais cadre désormais autour de la proposition marocaine d’autonomie comme base unique et réaliste de toute négociation.

« Un consensus s’est progressivement installé au sein des cercles diplomatiques influents. Le plan marocain d’autonomie, enrichi, détaillé et actualisé, constitue désormais le fondement de toute discussion sérieuse. Cette évolution marque la fin d’une approche fondée sur des scénarios irréalistes, en faveur d’une solution politique pragmatique, conforme aux principes des Nations unies et au droit international. Le Maroc, fidèle à sa ligne, continue de défendre la légitimité de son initiative, qu’il présente comme une forme avancée d’autodétermination interne, respectant la souveraineté nationale tout en répondant aux aspirations locales», a précisé Moussaoui Ajlaoui dans une déclaration à Libé.

Il a poursuivi son analyse en affirmant : «Si le camp adverse accepte aujourd’hui de discuter de la nouvelle version de l’initiative marocaine, il reste prisonnier d’une contradiction structurelle, tentant de maintenir un lien artificiel entre autodétermination et indépendance. Une posture de plus en plus affaiblie, alors même que la dynamique internationale évolue nettement en faveur de l’autonomie, perçue comme l’option la plus crédible, durable et stabilisatrice pour la région».

Cette phase est également marquée par une succession de «petits pas» diplomatiques, menés dans un climat de relative discrétion, ce qui explique, selon lui, le silence autour des discussions à Madrid.

Moussaoui Ajlaoui : Le Maroc, fidèle à sa ligne, continue de défendre la légitimité de son initiative, qu’il présente comme une forme avancée d’autodétermination interne, respectant la souveraineté nationale tout en répondant aux aspirations locales

«Un silence calculé, largement encouragé par les Etats-Unis, qui cherchent à créer les conditions favorables à la réussite des premières étapes issues des discussions de Madrid», a souligné Moussaoui Ajlaoui.

L’analyste marocain a également attiré l’attention sur la vision stratégique de Washington pour mettre fin à ce conflit artificiel, tout en incluant l’Algérie, considérée comme partie prenante dans ce dernier.

«Tout en réaffirmant à intervalles réguliers leur reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara, conformément à la décision prise par Donald Trump en 2020, les Etats-Unis adoptent une posture nuancée vis-à-vis de l’Algérie. Les responsables américains s’efforcent de préserver les canaux de communication avec Alger, multipliant les signaux d’apaisement dans leurs déclarations, souvent axées sur la notion de «sécurité régionale». Une approche qui s’explique par la lecture stratégique américaine de la région, où la stabilité du Maghreb est étroitement liée à celle de la Méditerranée occidentale et de la zone sahélo-saharienne».

Selon Moussaoui Ajlaoui, pour les Etats-Unis, le différend autour du Sahara est avant tout un problème régional impliquant le Maroc et l’Algérie. D’où leur volonté de maintenir Alger dans la dynamique actuelle, sans rupture diplomatique, tout en poussant progressivement vers l’acceptation de l’autonomie comme seule solution pour le règlement de ce conflit.

Du côté du polisario, en revanche, les signes de désarroi se multiplient.

«Des prises de position récentes, relayées par certains médias, traduisent un sentiment de frustration, voire d’échec politique. Les discours oscillent entre tentatives de justification, accusations internes et mise en cause du rôle de l’Algérie, révélant de profondes divisions et un malaise croissant face à l’évolution défavorable du contexte international», a observé Moussaoui Ajlaoui en évoquant, à titre d’exemple du malaise et de la déception qui règnent au sein du polisario, un récent article de Bachir Mustapha Sayed, membre dirigeant du polisario et conseiller politique de Brahim Ghali, publié juste avant le début des réunions de Madrid, dans un média proche des séparatistes, « Al Mousakila Li Anbaa ».

Par ailleurs, Moussaoui Ajlaoui a aussi souligné que la diplomatie américaine semble utiliser un levier supplémentaire vis-à-vis d’Alger, celui de la coopération économique et énergétique.

«Les perspectives d’investissements américains dans le secteur des hydrocarbures constituent une incitation majeure, dans un contexte où l’Algérie cherche à relancer sa croissance et à attirer des capitaux étrangers. Les annonces officielles évoquant une «nouvelle ère économique» et une hausse significative du produit intérieur brut s’inscrivent dans cette logique de repositionnement stratégique», a assuré Moussaoui Ajlaoui.

Et l’analyste marocain de préciser qu’une recomposition des équilibres régionaux est en cours. «Le dossier du Sahara apparaît plus que jamais comme un élément central de cette reconfiguration, où l’initiative marocaine d’autonomie s’impose progressivement comme la clé de voûte d’un règlement politique durable, soutenu par les grandes puissances et encadré par les Nations unies», a-t-il déclaré.

Mourad Tabet