La haine anti-migrants au Maroc selon le baromètre Migrapress.
Le premier Baromètre Migrapress a été réalisé par Hassan Bentaleb pour analyser 500 publications sur les réseaux sociaux entre le 1ᵉʳ janvier et le 24 mars 2026, révélant que 66% des publications expriment un rejet des populations migrantes. 70% des publications analysées contiennent des informations délibérément fausses ou trompeuses, avec un taux qui atteint 82% pour les contenus négatifs.
Le premier Baromètre Migrapress révèle un constat alarmant concernant l’espace public numérique au Maroc. Parmi les 500 publications analysées, presque deux tiers véhiculent des discours négatifs à l’égard des migrants, et 70% des informations sont considérées comme trompeuses. Dans ce contexte, les plateformes servent d’accélérateurs, renforçant la visibilité des contenus les plus toxiques.
Ces chiffres révèlent une dynamique plus profonde : l’émergence d’une infrastructure invisible de rejet, où la viralité favorise la propagation et la normalisation de récits hostiles. Réalisé par Hassan Bentaleb, chercheur sur la migration et fondateur de Migrapress, le Baromètre, pour le premier trimestre 2026, s’appuie sur l’analyse de 500 publications collectées entre le 1er janvier et le 24 mars 2026 sur Facebook, YouTube et TikTok.
Une image, largement diffusée sur Facebook, illustre la question. À gauche, un enfant à la peau claire, souriant, contraste avec un nourrisson noir présenté dégradant. La légende en arabe suggère : «Marocaine épouse un Marocain : ses enfants. Marocaine épouse un Sénégalais : ses enfants». Bien qu’aucune insulte explicite ne soit présente, le contenu a suscité 159 réactions, 38 commentaires et 64 partages.
Ce type de contenu, identifié par le Baromètre Migrapress, met en lumière que les formes de rejet les plus pernicieuses ne sont pas nécessairement les plus bruyantes. Il s’agit souvent d’allusions, normalisant des représentations sans jamais se désigner clairement.
Le Baromètre montre que 66% des publications analysées nourrissent une logique de rejet des populations migrantes, allant de la haine explicite à la stigmatisation diffuse. Un contenu sur sept seulement apporte une approche informative ou nuancée. Ainsi, l’espace discursif apparaît déséquilibré, où les discours haineux dominent non pas par leur nombre, mais par leur capacité à capter l’attention.
Les contenus haineux, qui représentent 40% des analyses, obtiennent en moyenne 380 interactions par publication, tandis que les contenus informatifs n’atteignent que 22. La nuance, les témoignages humanisants, et les critiques constructives génèrent entre 0 et 15 interactions. Dans l’économie de l’attention numérique, la haine est plus lucrative que la nuance.
Un autre constat majeur concerne l’Indice de haute dangerosité (IHD), qui a crû de 58% en janvier à 83% en février, pour atteindre 91% en mars. Cet accroissement continu indique une intensification des discours haineux, transformant des idées modérées en registres plus radicaux et violents. La catégorie «critique légitime» a presque disparu, soulignant la nécessité d’un contre-discours dans un espace où les voix nuancées sont souvent réduites au silence.
Ce phénomène est comparable à la théorie de la «panique morale» développée par le sociologue Stanley Cohen, où un groupe est progressivement perçu comme une menace à travers une intensification des représentations négatives.
Par ailleurs, le baromètre note que 70% des publications contiennent des informations fausses ou trompeuses, et ce chiffre grimpe à 82% dans le cas des contenus négatifs. Les fake news ne font pas qu’accompagner le discours haineux; elles le constituent. Ces mécanismes incluent des vidéos sorties de leur contexte, des faits divers amplifiés ou totalement inventés, établissant un lien entre migration et criminalité par des statistiques falsifiées.
Concernant la «critique légitime», il est alarmant que les rares contenus qui en relèvent aient également un taux de désinformation de 100%, indiquant qu’une confusion entre critique constructive et stigmatisation est devenue courante.
Le baromètre souligne aussi que Facebook est le principal épicentre du discours de rejet, avec 88% des publications analysées, favorisant des «chambres d’écho» où les mêmes idées se renforcent. Cependant, YouTube et TikTok, bien que représentant un volume plus réduit, génèrent des pics d’engagement marquants, notamment par des contenus émotionnellement chargés.
Le 24 janvier 2026, une vidéo publiée sur YouTube ciblant la communauté sénégalaise illustre ce phénomène. Elle a généré un fort engagement pendant incidents liés à la Coupe d’Afrique des Nations 2025, montrant que la sportivité a servi de prétexte à l’expression d’une hostilité préexistante, une dynamique que les sociologues appellent «crystallisation».
Le baromètre révèle aussi un déplacement de la cible, où les femmes marocaines, en tant que membres de la société, sont stigmatisées à travers le prisme de leur relation avec les migrants, abordant des sujets tels que la concurrence économique et les unions mixtes.
Enfin, l’étude indique l’émergence d’une économie morale du rejet, où les migrants sont évalués selon leur utilité perçue. Cette logique de hiérarchisation classe les “bons” migrants, intégrés et discrets, face aux “mauvais”, que l’on doit rejeter.
Les résultats du Baromètre Migrapress, bien que pionniers, sont modestes sur le plan statistique et devraient inciter à une vigilance accrue dans l’analyse de l’évolution des discours sur la migration au Maroc.
Le score de 70 sur 100 — classé dans la «zone d’alerte élevée» — souligne l’urgence d’une prise de conscience sur le déséquilibre discursif concernant la migration. Pour inverser cette tendance, une action proactive est indispensable, visant à humaniser les récits autour des migrants et rivaliser avec les contenus haineux en termes d’engagement.

