Keiko Fujimori, Carlos Alvarez et Rafael Lopez Aliaga, atypiques candidats à la présidentielle péruvienne
Keiko Fujimori, 50 ans, incarne l’héritage du fujimorisme et est créditée de 15% des intentions de vote pour les présidentielles péruviennes de dimanche, où 35 candidats sont en lice. Carlos Alvarez, 62 ans, a ravi la deuxième place à Rafael Lopez Aliaga dans les sondages une semaine avant le scrutin, proposant notamment la « peine de mort » pour les tueurs à gages.
La fille d’un ancien président autocrate, un humoriste de la télévision et un homme d’affaires admirateur de Donald Trump : trois figures de la droite émergent dans la présidentielle de dimanche au Pérou, où 35 candidats sont en lice. Keiko Fujimori arrive en tête des derniers sondages, qui prévoient un second tour entre elle et le vainqueur d’un duel entre Carlos Alvarez et Rafael Lopez Aliaga, dans un pays en proie à une instabilité politique chronique et confronté à une montée de la criminalité.
Fille aînée du défunt président Alberto Fujimori (1990-2000), Keiko Fujimori, 50 ans, représente l’héritage du fujimorisme, un mélange d’autoritarisme, de conservatisme sociétal et de libéralisme économique. Son influence reste liée à son père, condamné à 25 ans de prison pour corruption et crimes contre l’humanité, mais qui est toujours reconnu par certains pour avoir vaincu la guérilla du Sentier lumineux (1980-2000) et pour avoir maîtrisé l’hyperinflation. « Notre pays a besoin d’ordre. Et nous y sommes déjà parvenus » dans les années 90, a-t-elle déclaré lors d’un récent débat télévisé. « Après la disparition du père, elle est la cheffe incontestée de la dynastie et du fujimorisme », souligne le politologue Carlos Melendez. À la tête de Fuerza Popular depuis 2006, elle axe son discours sur la lutte contre l’insécurité, promettant une « main ferme » dans un ton plus mesuré qu’auparavant.
Créditée de 15% des intentions de vote, elle propose de rétablir les « juges sans visage », des magistrats anonymes ayant été utilisés sous le régime de son père, une pratique controversée. Candidate pour la quatrième fois, cette mère de deux filles formée aux États-Unis tente de s’imposer après trois échecs consécutifs.
En progression dans les sondages, l’humoriste Carlos Alvarez, 62 ans, se révèle comme la principale surprise de la campagne. Relégué au départ, il a réussi à dépasser Rafael Lopez Aliaga pour s’emparer de la deuxième place à une semaine du scrutin, avec une courte avance. À la tête du parti Pais para todos, il défend un discours de droite radicale, proposant notamment la « peine de mort » pour les tueurs à gages. « Ils ne méritent pas de vivre », a-t-il déclaré à l’AFP. « Alvarez est un outsider à part entière. Ceux qui cherchent quelqu’un de nouveau en politique le perçoivent comme une alternative », note le politologue Carlos Melendez. Il est une figure emblématique de la télévision, connu pour ses imitations de responsables politiques.
Catholique ultraconservateur et homme d’affaires fortuné, Rafael Lopez Aliaga, 65 ans, incarne un nationalisme chrétien assumé, se référant à Donald Trump. Candidat pour la seconde fois à la présidentielle, après être arrivé troisième en 2021, il a été maire de Lima de 2023 à 2025. Dans une récente interview, il a déclaré être engagé en politique « par amour ». Célibataire et membre laïc de l’Opus Dei, il a affirmé par le passé réprimer ses désirs sexuels par la prière et pratiquer la mortification corporelle. À la tête de Renovacion Popular, il promet d’expulser les migrants en situation irrégulière et de durcir la lutte contre la criminalité, allant jusqu’à proposer des colonies pénitentiaires en pleine jungle. Surnommé « Porky » en raison de sa ressemblance supposée avec le personnage de dessin animé Porky Pig, cet ingénieur de formation a fait fortune dans le transport ferroviaire touristique entre Cusco et le Machu Picchu.
D’autres candidats pourraient se qualifier pour le second tour, comme cela a été le cas en 2021, lorsque Pedro Castillo, élu président (2021-2022), n’apparaissait qu’à la septième place dans les sondages une semaine avant le premier tour. Parmi eux figure, à gauche, Roberto Sanchez, 57 ans, psychologue de formation et ancien ministre du Commerce extérieur et du Tourisme sous le gouvernement de Castillo, qui capitalise sur le rejet des partis traditionnels. Son électorat le plus solide se situe dans les zones rurales et pauvres du sud andin. Il propose de convoquer une Assemblée constituante pour remplacer la Constitution de 1993, promulguée par Alberto Fujimori, dont il rejette le modèle économique libéral. Il promet également de gracier Pedro Castillo, qui purge une peine de 11 ans de prison pour un coup d’État avorté.

