Keiko Fujimori, Carlos Alvarez et Rafael Lopez Aliaga, atypiques candidats à la présidentielle péruvienne
La présidentielle au Pérou se déroulera ce dimanche avec un record de 35 candidats. Keiko Fujimori, fille de l’ancien président Alberto Fujimori, arrive en tête des sondages avec 15% des intentions de vote.
La fille d’un ancien président autocrate, un humoriste de télévision et un homme d’affaires admirateur de Donald Trump : trois figures de la droite se distinguent dans la présidentielle de dimanche au Pérou, où un nombre record de 35 candidats sont en compétition. Keiko Fujimori est en tête des derniers sondages, prévoyant un second tour entre elle et le gagnant d’un duel entre Carlos Alvarez et Rafael Lopez Aliaga, dans un pays en proie à une instabilité politique chronique et à une augmentation de la criminalité.
**La dynastie Fujimori**
Fille aînée du défunt président Alberto Fujimori (1990-2000), Keiko Fujimori, 50 ans, incarne l’héritage du fujimorisme, un assemblage d’autoritarisme, de conservatisme sociétal et de libéralisme économique. Son influence reste liée à celle de son père, condamné à 25 ans de prison pour corruption et crimes contre l’humanité, mais que certains créditent d’avoir vaincu la guérilla du Sentier lumineux (1980-2000) et d’avoir maîtrisé l’hyperinflation. « Notre pays a besoin d’ordre. Et nous y sommes déjà parvenus » dans les années 90, a-t-elle déclaré lors d’un récent débat télévisé. « Après la disparition du père, elle est la cheffe incontestée de la dynastie et du fujimorisme », souligne le politologue Carlos Melendez. À la tête de Fuerza Popular depuis 2006, elle base son discours sur la lutte contre l’insécurité, promettant une « main ferme » tout en adoptant un ton plus mesuré qu’auparavant.
Avec 15% des intentions de vote, elle envisage de rétablir les « juges sans visage », magistrats anonymes utilisés sous le régime de son père, une pratique controversée. Candidate pour la quatrième fois, cette mère de deux filles, formée aux États-Unis, cherche à s’affirmer après trois échecs consécutifs.
**L’outsider**
L’humoriste Carlos Alvarez, 62 ans, émerge comme la principale surprise de la campagne. D’abord marginalisé, il a récemment pris la deuxième place devant Rafael Lopez Aliaga, avec une légère avance. À la tête du parti Pais para todos, il adopte un discours de droite radicale, proposant notamment la « peine de mort » pour les tueurs à gages, affirmant qu’ils « ne méritent pas de vivre ». « Alvarez est un outsider à part entière. Ceux qui recherchent une nouveauté en politique le voient comme une alternative », précise le politologue Carlos Melendez. Figure emblématique de la télévision, il est reconnu pour ses imitations de personnalités politiques.
**Droite chrétienne**
Rafael Lopez Aliaga, 65 ans, homme d’affaires catholique ultraconservateur, incarne un nationalisme chrétien affirmé, agrémenté de références à Donald Trump. Se présentant pour la deuxième fois à la présidentielle après avoir terminé troisième en 2021, il a été maire de Lima de 2023 à 2025. Dans une récente interview, il a déclaré être engagée en politique « par amour ». Célibataire et membre laïc de l’Opus Dei, il a affirmé avoir réprimé ses désirs sexuels par la prière et pratiqué la mortification corporelle. À la tête de Renovacion Popular, il promet d’expulser les migrants en situation irrégulière et de sévir contre la criminalité, allant jusqu’à proposer de créer des colonies pénitentiaires en pleine jungle. Surnommé « Porky » en raison de sa prétendue ressemblance avec le personnage de dessin animé Porky Pig, cet ingénieur a fait fortune dans le transport ferroviaire touristique entre Cusco et Machu Picchu.
**Une gauche en embuscade**
D’autres candidats pourraient se qualifier pour le second tour : en 2021, Pedro Castillo, élu président (2021-2022), ne figurait qu’à la septième place dans les sondages une semaine avant le premier tour. Parmi les autres candidats, Roberto Sanchez, 57 ans, psychologue de formation et ancien ministre du Commerce extérieur et du Tourisme sous le gouvernement de Castillo, capitalise sur le rejet des partis traditionnels. Son électorat le plus solide se situe dans les zones rurales et pauvres du sud andin. Il propose de convoquer une Assemblée constituante pour remplacer la Constitution de 1993, promulguée par Alberto Fujimori, qu’il rejette pour son modèle économique libéral. Il promet aussi de gracier Pedro Castillo, qui purge une peine de 11 ans de prison pour un coup d’État avorté.

