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Juliette Binoche met en avant « la force » du palmarès de Cannes.

Juliette Binoche a déclaré à l’AFP que « c’est la force des films qui fait leur succès » en ce qui concerne l’influence du Festival de Cannes sur les Oscars. Lors des cinq dernières éditions, deux films ont obtenu à la fois la Palme d’Or et l’Oscar du meilleur film: « Parasite », du Sud-Coréen Bong Joon-ho, et « Anora », de Sean Baker.


Aux yeux de Juliette Binoche, la compréhension de l’influence croissante du Festival de Cannes sur les Oscars ne nécessite pas d’explications complexes. Selon elle, ce sont avant tout la puissance des films qui en est la clé, plutôt que les réformes visant à diversifier l’Académie. « C’est la force des films qui fait leur succès », a-t-elle déclaré à l’AFP lors d’un entretien à Los Angeles.

Les neuf jurés dont elle faisait partie sur la Croisette au printemps ont délivré un verdict qui s’est révélé prophétique, alors que l’Académie a annoncé sa sélection en janvier : le dernier cru cannois compte 19 nominations aux Oscars.

Parmi les titres en lice, le Grand prix du festival, « Valeur Sentimentale », et le prix de la mise en scène, « L’Agent Secret », concourent pour l’Oscar du meilleur film, tandis que le prix du jury, « Sirat », et la Palme d’Or, « Un simple accident », les accompagnent dans la catégorie meilleur film international.

« Ces films, qui sont très beaux, très singuliers, forts, vont parfois à contre-courant », a ajouté l’actrice, restant modeste quant à l’impact des choix de son jury. « Ce n’est pas difficile non plus de reconnaître les films qui ont leur propre force », a-t-elle assuré, elle qui a gagné un Oscar pour « Le Patient Anglais » et également été honorée à Venise, Berlin et Cannes.

Les Oscars et Cannes ont longtemps managé de cultiver des différences, avec une Académie penchant pour les blockbusters américains et un festival plus attentif au cinéma d’auteur et à ses thématiques politiques. Cependant, suite à l’intégration de nouveaux votants internationaux après la controverse #OscarsSoWhite en 2015, leurs goûts semblent converger, Cannes jouant un rôle précurseur avant la cérémonie hollywoodienne.

Au cours des cinq dernières éditions, deux films ont remporté à la fois la Palme d’Or et l’Oscar du meilleur film : « Parasite », du Sud-Coréen Bong Joon-ho, et l’an passé, « Anora », de Sean Baker, qui a rencontré un grand succès au sein du cinéma indépendant américain.

Cet exploit, très rare, n’est survenu que quatre fois en huit décennies, et ne sera pas possible cette année puisque « Un simple accident » n’a pas été nommé dans la catégorie meilleur film. Cela signifie-t-il que ce film, où le dissident Jafar Panahi met en scène les disputes d’anciens manifestants iraniens ayant purgé des peines de prison sur le sort réservé à leur ancien geôlier, ne reçoit pas la reconnaissance qu’il mérite ? « Il n’y a pas de juste valeur, ça ne veut rien dire, parce qu’un film appartient à lui-même », a répondu Juliette Binoche.

« Évidemment, on pourrait critiquer en disant : ce n’est pas tout à fait bien joué, ce ne sont pas des acteurs que l’on a l’habitude de voir, car il a d’abord choisi des non-acteurs », a-t-elle concédé. Cependant, son admiration pour ce cinéaste reste immense, pour celui qui « a écrit ce scénario en prison en Iran, qui a fait la grève de la faim », et qui montre « un espace (…) de réconciliation avec son bourreau ».

Pour Juliette Binoche, l’essentiel d’un film est qu’il « change des vies, change des consciences ». Elle promeut actuellement son premier film en tant que réalisatrice, qui retrace une expérience marquante de sa vie. Avec « En nous », elle parle de la préparation d’un spectacle de danse qu’elle a co-créé en 2008 avec le chorégraphe britannique Akram Khan, un projet qui, à travers ses 120 représentations, lui a permis « d’affronter (s)es peurs ».

« Chaque fois, je croyais que j’allais mourir », se remémore-t-elle. Les images des répétitions, qu’elle a montées elle-même, plongent le spectateur dans l’intimité du processus créatif, montrant une actrice cherchant le mouvement juste, et un danseur tentant de trouver le ton adéquat pour exprimer ses émotions.

Avec ce documentaire, Juliette Binoche a réalisé que le métier de réalisatrice « n’est pas si différent » de celui d’actrice. Dans les deux cas, « il faut être en lien avec son intuition, (…) il faut croire à ce qu’on ressent », a-t-elle observé. Après avoir joué dans une soixantaine de films, elle envisage désormais de réaliser un autre long-métrage. Sur quel sujet ? « Je ne peux pas vous en dire plus », a-t-elle répondu avec un sourire.