El Mehdi Mezouari : L’endettement, un constat déplorable de gouvernance.
Le Maroc se trouve face à une épreuve politique majeure à quelques mois d’un rendez-vous électoral décisif, caractérisée par un affaiblissement du débat public et par l’abondance des discours creux. L’USFP ambitionne de dépasser les 50 sièges lors des prochaines élections et se positionne comme une force centrale de l’alternance.
A quelques mois d’une importante échéance électorale, le Maroc se confronte à une épreuve politique significative où l’abondance de discours creux contraste avec la rareté des réflexions approfondies. Au cœur de cette inflation verbale qui affaiblit le débat public, «L’info en face» a réussi à replacer la discussion là où elle doit être, au centre du champ politique, au-delà des analyses superficielles. Invité de l’émission, Ahmed El Mehdi Mezouari, membre du Bureau politique de l’USFP, a proposé une analyse exigeante sur le fond, défendant des principes clairs et une vision politique affirmée.
Dès le début, El Mehdi Mezouari a adopté une posture de retenue face à l’annonce du retrait du chef du gouvernement de la compétition électorale. Il refuse de commenter un choix qui appartient à la vie interne d’un parti. Cette réserve témoigne d’une vision rigoureuse de l’éthique politique, ancrée dans la culture ittihadie, où le respect des organisations et la non-ingérence sont des principes fondamentaux. La discussion se concentre plutôt sur ce que, selon Mezouari, représente le véritable enjeu : le retrait lui-même dévoile un affaiblissement des normes démocratiques.
Pour lui, ce qui est frappant, c’est le caractère inédit d’un retrait avant la fin du mandat, sans un véritable débat sur le bilan. «Les Marocains se retrouveront sans interlocuteur pour l’exercice de la reddition des comptes», souligne-t-il gravement. Cette observation ouvre une critique plus profonde : celle d’un pouvoir qui se dérobe alors qu’il devrait se justifier. Dans une démocratie dynamique, la fin d’un mandat est un moment de vérité, un temps de clarification politique et morale. Échapper à cela, c’est miner la confiance entre gouvernants et citoyens.
El Mehdi Mezouari insiste sur l’importance de la norme. Il rappelle qu’un retrait n’est acceptable sur le plan politique qu’après la présentation d’un bilan, c’est-à-dire après une confrontation entre les promesses faites et les résultats obtenus. Il avertit que le risque est maintenant de voir émerger une campagne électorale «sans fond politique», menée par des partis cherchant à regagner l’espace public sans assumer leurs responsabilités face aux citoyens. Cela transforme la politique en une simple communication, où la rhétorique des réalisations remplace les expériences vécues par les Marocains.
Cette critique ouvre sur un diagnostic plus large : une dégradation progressive du champ partisan. Pour le dirigeant ittihadi, l’un des maux majeurs de la politique marocaine est de réduire l’action politique à l’événementiel. «On a beaucoup réduit la politique à cela», déplore-t-il, en parlant de ces démonstrations médiatiques qui remplacent les projets concrets. Face à cette dérive, il appelle à un effort collectif de clarification : partis, médias et citoyens doivent s’accorder sur un standard minimal.
La question de ce qu’est un parti politique en 2026 est centrale. Mezouari rappelle ce qui, selon l’USFP, distingue un parti d’une simple machine électorale : un parti se définit par ses structures, ses militants, sa presse, ses congrès, et son engagement constant aux côtés des citoyens. En d’autres termes, par sa capacité à inscrire l’action politique dans la continuité et la responsabilité.
Cette conception est liée à l’histoire de l’USFP, parti presque septuagénaire, né des luttes démocratiques et sociales, et revendiquant son rôle d’école politique. En revanche, Mezouari dénonce la montée de formations qui accèdent aux responsabilités sans véritable enracinement idéologique ou organisationnel, ce qui altère la qualité de la représentation. «Nous avons des gens qui nous représentent, mais qui ne ressemblent pas aux Marocains», résume-t-il, ce qui pourrait expliquer en partie l’émergence d’une contestation qui s’exprime en dehors des institutions politiques classiques.
La majorité issue des élections de 2021 est donc recontextualisée à travers cette fracture. El Mehdi Mezouari ne remet pas en cause sa force numérique, mais interroge sa légitimité politique. Une majorité peut être institutionnellement stable tout en étant démocratiquement fragile. «La stabilité sans fondement démocratique sain devient légère, elle devient même dangereuse», avertit-il. La concentration des pouvoirs territorial, budgétaire et institutionnel entre les mains de quelques formations n’a pas été accompagnée d’un mandat politique clair ni de résultats tangibles pour le citoyen marocain.
Sur le plan économique et social, le discours se renforce. Le membre du Bureau politique de l’USFP rejette une lecture satisfaite des indicateurs macroéconomiques. Il admet l’existence de certains chiffres, mais conteste leur interprétation. Selon lui, le problème fondamental est l’incapacité de l’exécutif à effectuer la transition d’un modèle de croissance vers un véritable modèle de développement. Ce dernier se mesure à la qualité des écoles, à l’accès à la santé, à la création d’emplois dignes et à la réduction des inégalités.
Mezouari critique également le fait que le gouvernement semble avoir ignoré l’esprit du Nouveau Modèle de Développement, élaboré suite à une initiative royale. «Il a été mis dans le tiroir», dénonce-t-il, parlant d’une gestion caractérisée par l’endettement, l’absence de réforme fiscale et une politique sociale réduite à des aides au lieu de droits légitimes. Il dénonce une gouvernance régie par une logique ultralibérale, où la gestion des affaires publiques se dilue dans celle d’une entreprise.
Dans ce contexte, l’USFP réaffirme son choix de rester dans l’opposition. «Aucun regret», souligne Mezouari, non par posture mais par conviction. Gouverner, rappelle-t-il, ce n’est pas uniquement gérer ; c’est exercer un pouvoir de transformation. L’USFP, dit-il, aurait adopté une approche plus attentive aux préoccupations sociales, plus ancrée idéologiquement et soucieuse de justice et d’équilibre. En restant dans l’opposition, le parti s’efforce de travailler en profondeur, que ce soit par des actions parlementaires ou militantes.
Il évoque les motions de censure, les demandes de commissions d’enquête, mais surtout ce qu’il qualifie de «censure populaire». À travers une tournée nationale passant par 72 provinces et des milliers de citoyens rencontrés, l’USFP a cherché à renouer les liens avec la société, transformant l’opposition en un espace de construction et non de simple contestation. Cette approche montre, selon Mezouari, la véritable nature d’un parti politique : convaincre, ressembler et proposer.
À l’approche des prochaines élections, Mezouari appelle à une moralisation effective du processus électoral. Si les règles du jeu sont équitables, soutient-il, alors la composante politique sera plus importante que la dimension financière. Dans ce cadre, l’USFP affiche une ambition claire : dépasser les 50 sièges et se positionner comme une force centrale de l’alternance. Cela repose sur la capacité du parti à former ses élites. L’USFP, rappelle-t-il, n’a jamais eu besoin d’externaliser ses compétences. Ses dirigeants sont issus d’un long apprentissage politique, idéologique et institutionnel, au sein du parti.
La question des coalitions est abordée avec pragmatisme. Dans le Maroc actuel, les alliances ne sont plus strictement idéologiques, mais basées sur des projets. Cependant, Mezouari fixe des priorités claires : la gauche, les convergences modernistes, et surtout, l’intérêt supérieur de la nation. Il rappelle que l’expérience de l’alternance, sous Abderrahmane Youssoufi, a démontré qu’un projet national pouvait transcender les clivages, à condition d’être porté par une vision cohérente et une volonté de réforme.
Interrogé sur l’objectif de se placer en tête aux élections de 2026, El Mehdi Mezouari répond directement. Oui, l’USFP aspire à être premier, mais pas par proclamations vaines. Être premier, clarifie-t-il, cela signifie d’abord être crédible, convaincant, porteur d’un projet réalisable et représenté par des femmes et des hommes qui ressemblent aux Marocains.
De ses propos se dégage une conviction forte : l’USFP n’est ni un parti du passé, ni un simple acteur parmi d’autres. Il se voit comme un mouvement continu, capable de se renforcer dans l’opposition, comme de gouverner quand les conditions politiques et démocratiques le permettent. Face aux enjeux majeurs sociaux, territoriaux et géopolitiques que le Maroc affronte, El Mehdi Mezouari soutient qu’une nouvelle alternance est non seulement possible, mais nécessaire.
Cet entretien va au-delà d’un échange médiatique. Il propose une interprétation politique exigeante de la situation nationale et réaffirme la vocation historique de l’Union socialiste des forces populaires : remettre la politique au centre, restaurer la norme démocratique et offrir une alternative sérieuse, responsable et profondément ancrée dans les aspirations des Marocaines et des Marocains.

