Duel « Sinners » contre « Une bataille après l’autre » aux Oscars 2023
Aucune source fournie.
Avec un affrontement serré entre « Sinners » et « Une bataille après l’autre », et une grande part des catégories d’acteurs difficiles à prévoir, la 98e cérémonie des Oscars, qui aura lieu dimanche, s’annonce comme l’une des plus imprévisibles depuis plusieurs années. « Tant que l’enveloppe finale du meilleur film n’aura pas été ouverte, nous ne saurons pas qui va gagner », résume Clayton Davis, chroniqueur du magazine Variety, interrogé par l’AFP. « Sinners » et « Une bataille après l’autre » ont tous deux « une immense chance de battre plusieurs records aux Oscars », précise-t-il.
« Sinners » détient déjà le titre du film le plus nommé de l’histoire : il est en lice dans 16 catégories et pourrait dépasser le record de statuettes (11), détenu conjointement par « Ben-Hur », « Titanic » et le troisième volet du « Seigneur des Anneaux ». Ce film, qui se veut à la fois une œuvre d’époque, un conte de vampires et une comédie musicale, explore la mélancolie des Afro-Américains dans l’Amérique ségrégationniste des années 1930.
Son réalisateur, Ryan Coogler, déjà célèbre pour « Black Panther », pourrait devenir le premier Afro-Américain à remporter l’Oscar du meilleur réalisateur. « L’amour pour Coogler est indéniable », témoignent plusieurs votants interrogés par M. Davis. Cependant, le film « Une bataille après l’autre » reste le grand favori.
Nommée dans 13 catégories, cette fresque réalisée par Paul Thomas Anderson, qui traite des dérives extrémistes aux États-Unis, a dominé la plupart des prix précurseurs cette saison. Comme « Sinners », elle peut également prétendre à un record historique de statuettes. Ce thriller loufoque, dans lequel Leonardo DiCaprio joue un ancien révolutionnaire gauchiste maladroit devant sauver sa fille des griffes d’un suprémaciste blanc, est salué pour sa capacité à saisir les fractures politiques d’une Amérique divisée, où tout se règle par la violence. Paul Thomas Anderson, maintes fois nommé mais jamais récompensé auparavant, a l’expérience nécessaire pour finalement remporter l’Oscar du meilleur réalisateur.
Concernant les acteurs, l’Oscar de la meilleure actrice semble presque assuré pour Jessie Buckley, impressionnante dans « Hamnet », où elle incarne l’épouse de William Shakespeare, pétrifiée par la perte de son fils. « C’est le rouleau compresseur de la saison », constate M. Davis, mentionnant qu’elle a remporté tous les prix depuis janvier.
Les autres courses sont particulièrement disputées. Timothée Chalamet, initialement pressenti pour le prix du meilleur acteur grâce à son rôle d’un joueur de ping-pong ambitieux dans « Marty Supreme », voit sa candidature affaiblie ces dernières semaines, notamment en raison de controverses autour de ses propos jugés polémiques sur l’opéra et le ballet. Cela ouvre la voie à Michael B. Jordan, star de « Sinners », qui vient de décrocher l’Actor Award pour son interprétation de jumeaux mafieux. « Il est vraiment à deux pas de la ligne d’arrivée », évalue M. Davis, tout en laissant une chance à DiCaprio.
Les Oscars du meilleur second rôle masculin sont également âprement disputés. Sean Penn pourrait recevoir un troisième Oscar pour son rôle de militaire torturé par ses préjugés dans « Une bataille après l’autre ». Il est cependant en concurrence avec Stellan Skarsgard, star du cinéma d’auteur, et Delroy Lindo, vétéran américain de « Sinners ».
Chez les femmes, Wunmi Mosaku, magnétique en guérisseuse vaudou dans « Sinners », pourrait l’emporter, mais Amy Madigan et Teyana Taylor ont aussi leurs chances. Pour l’Oscar du meilleur film international, M. Davis estime que les pronostics sont très difficiles cette année. Les deux films favoris sont « Valeur Sentimentale », une œuvre du Dano-Norvégien Joachim Trier sur une relation complexe entre un père réalisateur et ses filles, et « L’Agent Secret », du Brésilien Kleber Mendonça Filho, qui dépeint l’atmosphère pesante sous la dictature brésilienne des années 70. Ces deux films semblent mieux placés que « Un simple accident », du dissident iranien Jafar Panahi, qui représente la France aux Oscars.
Pour l’Oscar du meilleur film d’animation, les productions françaises « Arco » et « Amélie et la métaphysique des tubes » semblent devoir céder la place au favori « KPop Demon Hunters ». « Golden », le tube de cette série phénomène sur Netflix, fera partie des numéros musicaux qui rythmeront la cérémonie animée par l’humoriste Conan O’Brien.

